Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
— Putain de merde, on s’est fait niquer. Il était là ! Surveiller les issues, c’est le B.A-BA des écoles de police ! Quel con !
— Si ça se trouve, il nous avait repérés, remarqua Legal, en se penchant à une autre fenêtre donnant sur la rue. Il pouvait voir nos voitures depuis ici.
Patrick s’en voulut. Il ne répondit pas. Dans le couloir, arrivait l’Identité judiciaire.
— C’est vous qui avez besoin de nous ? demanda l’un des techniciens.
— Oui, répondit le chef de groupe. C’est pour ici. Il faut relever toutes les traces et les indices…
Le spécialiste de scène de crime s’arrêta à l’entrée et jeta un regard réprobateur vers les quatre policiers en train de piétiner dans la pièce au milieu du désordre.
— C’est ce que vous appelez préserver les lieux.
– Ça va, c’est pas le moment !
41
Retour au service sans fanfare, bredouille ! Aucune trace de Waheed, volatilisé. Les deux ripeurs étaient restés sur place, à continuer de fouiller les immeubles alentour. Voisinage, visite des caves… Plus le temps passait, plus les chances de mettre la main sur lui s’amenuisaient.
Quand Isabelle Hervier vit Patrick devant son bureau, elle comprit qu’il ne servait à rien d’en rajouter. Son chef de groupe savait très bien qu’il avait merdé. La police n’était pas une science exacte et le passé du commandant plaidait largement en sa faveur.
— Bordel, il a réussi à nous filer entre les doigts. Il était chez lui. Je suis certain qu’il nous avait repérés.
Elle haussa les épaules.
— On ne peut pas gagner à tous les coups.
— J’ai diffusé son blaze aux aéroports et aux frontières.
— De mon côté, j’ai envoyé son identité à l’attaché de sécurité intérieure au Maroc. Il nous dira s’il est connu, et les Marocains ne manqueront pas de lui signaler si Waheed rentre au pays.
Patrick s’enfonça en soupirant dans un fauteuil. Il se passa la main dans les cheveux et se frotta les yeux rougis par la fatigue.
— Ne reste pas au bureau. Va te reposer. Demain, les Niçois débarquent. On « tape » après-demain dans la cité.
La chef n’avait pas tort. Tout le monde était épuisé. Le lendemain, il faudrait mettre la procédure en ordre. La fin de la période de flagrance approchait. La substitut exigerait l’ensemble des procès-verbaux pour ouvrir une information chez un juge. Découragé, il eut la conviction que les dernières chances d’interpeller le second tueur durant la période de flag venaient de s’évanouir.
42
À l’arrivée des Niçois, le groupe Girard ne fut pas mécontent de voir enfin à quoi ressemblait cette Léanne avec laquelle leur chef avait bossé dans le Midi.
La commandant débarqua directement dans le bureau où Patrick était en train de travailler tout en écoutant ses classiques.
— Ah ! mais c’est de la musique moderne, Mouloudji ! En dehors de ma mère, je crois que je n’ai jamais rencontré personne capable d’écouter ça.
– Ça me fait plaisir de te voir, tu m’as manqué !
Ils s’embrassèrent, déclenchant des sourires en coin, aussi bien de la part des ripeurs et de Legal que des membres du groupe de Léanne.
La flic prit le temps de s’imprégner des lieux.
— Dix ans que je n’étais pas venue à la PP. Rien n’a changé ici. Vous avez vraiment des conditions de travail de merde. Tu dois bien être le seul à t’accrocher à ces vieux murs.
Le commandant fit comme s’il n’avait rien entendu.
— On ira voir la chef tout à l’heure. Il y a un briefing en soirée pour désigner les objectifs.
— J’espère qu’on sera ensemble !
— Je crois bien, répondit Patrick. Tout nous sera confirmé pendant la réunion.
— Je sais, notre juge d’instruction doit arriver en avion de Marseille, elle vient avec mon patron pour participer à l’opération. J’ai un truc pour toi, ajouta-t-elle en ouvrant une grande sacoche. Je suis certaine que tu écoutes encore des vinyls !
Patrick approuva, sans cacher sa surprise, et elle continua :
— J’ai essayé de te trouver quelque chose de moderne, sans toutefois risquer de trop te brusquer.
Sortant un album d’Eddy Mitchell, Léanne poursuivit ses explications :
— Il est accompagné d’un Big band, façon Glenn Miller, et ce sont surtout des reprises, ça devrait être dans tes cordes. Tu peux me faire la bise, je ne me vexerai pas. Et me trouver un café, s’il te plaît !
En fin de journée, Patrick guida les Niçois par la cour du « 36 » jusqu’à la salle Bertillon, l’un des espaces les plus symboliques de la Préfecture de police, une ancienne chapelle maintenant réservée aux réunions d’importance.
La tribune avait été aménagée pour les autorités, la juge d’instruction marseillaise, le procureur de la République de Paris, les représentants des différents services de la PP, avec son directeur PJ, assisté du chef de la Crim’ et de celui des Stups, la DCPJ représentée par le sous-directeur de la lutte contre le crime organisé et la délinquance financière, la DGSI qui devrait effectuer des perquisitions administratives dans le cadre de l’état d’urgence et enfin, pour assurer la sécurisation et la mise en œuvre de l’opération, le chef de la BRI, celui du RAID sans compter plusieurs corps en tenue… L’antenne de Nice, pourtant initiatrice, faisait un peu parent pauvre, représentée seulement par Vignon. À son arrivée dans la salle, le commissaire croisa Léanne qui ne put s’empêcher de le taquiner gentiment :
– Ça va vous faire drôle d’être le moins gradé au milieu de tous ces inspecteurs et contrôleurs généraux. Ils risquent de vous demander de faire le service du café.
— Au contraire, je prends rang. Dans dix ans, je serai à leur place.
Elle lui sourit, c’était bien tout le malheur qu’elle lui souhaitait. Elle pensait, ce qu’elle n’oserait jamais lui dire, qu’il le mériterait bien.
L’exposé des chefs de service débuta par une rapide présentation du trafic de drogue, puis des meurtres, en insistant sur les liens réunissant les deux dossiers. Des dizaines d’interpellations et de perquisitions étaient au programme : tout le réseau de Saïd Nasri, ses lieutenants, ses dealers, les gamins qui couvraient le trafic, et aussi la masse de toxicomanes demeurant dans la cité. La DGSI aurait ses propres objectifs, des « barbus » dont le caïd s’accommodait en leur accordant sa protection et vraisemblablement des aides financières.
À la fin, les groupes PJ se virent remettre les dossiers de procédure reprenant les lieux d’intervention, les personnes à interpeller et les renseignements ou documents pouvant être utiles, sans omettre une copie de la commission rogatoire marseillaise. En sortant, Léanne ne put cacher son sentiment :
— Je me doutais de l’ampleur de l’opération à venir puisqu’on a ciblé les objectifs et préparé des dizaines de chemises avec les gens de l’office des Stups. Mais je crois n’avoir jamais participé à un briefing aussi important.
Patrick lui adressa un sourire satisfait, qu’elle traduisit par : Nous, à la PP, on sait faire. Elle n’en doutait pas.
— Je suis allé dans la cité de Saïd Nasri, ajouta Patrick. C’est un supermarché de la came.
Léanne n’avait aucune illusion sur la suite.
— On donnera un coup de pied dans la fourmilière… Ils arrêteront une semaine, et ça repartira avec d’autres dealers.
— Si on a du bol, on trouvera Waheed là-bas.
— Tu crois qu’il peut être chez Nasri ?