Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� la fontaine de la Conf�rence, il s�arr�ta pour boire.
Puis il reprit son chemin, refusant toujours les propositions des voiturins, qui ne comprenaient pas qu�un jeune homme si proprement mis �conomis�t quinze sous aux d�pens de son cirage � l��uf.
Qu�eussent-ils dit s�ils eussent su que ce jeune homme, qui allait ainsi � pied, avait dans sa poche trois cent mille livres?
Mais Gilbert avait ses raisons pour aller � pied. D�abord, � cause de la ferme r�solution qu�il avait prise de ne pas exc�der d�un liard le strict n�cessaire; ensuite, le besoin d�isolement pour se livrer plus commod�ment � la pantomime et aux monologues.
Dieu seul sait tout ce qu�il se joua de d�nouement heureux dans la t�te de ce jeune homme, pendant les deux heures et demie qu�il marcha.
En deux heures et demie, il avait fait plus de quatre lieues, et cela sans s�apercevoir de la distance, sans ressentir la moindre fatigue, tant c��tait une puissante organisation que celle de ce jeune homme.
Tous ses plans �taient faits, et il s��tait arr�t� � cette fa�on d�introduire sa demande:
Aborder le p�re Taverney avec de pompeuses paroles; puis, quand il aurait l�autorisation du baron, mademoiselle Andr�e, avec des discours d�une telle �loquence, que non seulement elle pardonn�t, mais encore qu�elle con��t du respect et de l�affection pour l�auteur de la path�tique harangue qu�il avait pr�par�e.
� force d�y songer, l�esp�rance avait pris le dessus sur la crainte, et il semblait impossible � Gilbert qu�une fille, dans la position o� se trouvait Andr�e, n�accept�t point la r�paration offerte par l�amour, quand cet amour se pr�sentait avec une somme de cent mille �cus.
Gilbert, b�tissant tous ces ch�teaux en Espagne, �tait na�f et honn�te comme le plus simple enfant des patriarches. Il oubliait tout le mal qu�il avait fait, ce qui �tait peut-�tre d�un c�ur plus honn�te qu�on ne le pense.
Toutes ses batteries pr�par�es, il arriva, le c�ur dans un �tau, sur le territoire de Trianon. Une fois l�, il �tait pr�t � tout: aux premi�res fureurs de Philippe, que la g�n�rosit� de sa d�marche devait cependant, selon lui, dissuader; aux premiers d�dains d�Andr�e, que son amour devait soumettre; aux premi�res insultes du baron, que son or devait adoucir.
En effet, Gilbert, tout �loign� de la soci�t� qu�il avait v�cu, devinait instinctivement que trois cent mille livres dans la poche sont une s�re cuirasse; ce qu�il redoutait le plus, c��tait la vue des souffrances d�Andr�e; contre ce malheur seulement il craignait sa faiblesse, faiblesse qui lui e�t �t� une partie des moyens n�cessaires au succ�s de sa cause.
Il entra donc dans les jardins, regardant, non sans un orgueil qui allait bien � sa physionomie, tous ces ouvriers, hier ses compagnons, aujourd�hui ses inf�rieurs.
La premi�re question qu�il fit porta sur le baron de Taverney. Il s�adressait naturellement au gar�on de service des communs.
� Le baron n�est point � Trianon, r�pondit celui-ci.
Gilbert h�sita un moment.
� Et M. Philippe? demanda-t-il.
� Oh! M. Philippe est parti avec mademoiselle Andr�e.
� Parti! s��cria Gilbert effray�.
� Oui.
� Mademoiselle Andr�e est donc partie?
� Depuis cinq jours.
� Pour Paris?
Le gar�on fit un mouvement qui voulait dire: �Je n�en sais rien.�
� Comment, vous n�en savez rien? s��cria Gilbert. Mademoiselle Andr�e est partie sans qu�on sache o� elle est all�e? Elle n�est point partie sans cause, cependant.
� Tiens, cette b�tise! r�pondit le gar�on peu respectueux pour l�habit marron de Gilbert; certainement qu�elle n�est point partie sans cause.
� Et pour quelle cause est-elle partie?
� Pour changer d�air.
� Pour changer d�air? r�p�ta Gilbert.
� Oui, il para�t que celui de Trianon �tait mauvais pour sa sant�, et, par ordonnance du m�decin, elle a quitt� Trianon.
Il �tait inutile d�en demander davantage; il �tait �vident que le gar�on des communs avait dit tout ce qu�il savait sur mademoiselle de Taverney.
Et cependant Gilbert, stup�fait, ne pouvait croire � ce qu�il entendait. Il courut � la chambre d�Andr�e et trouva la porte close.
Des fragments de verre, des brins de paille et de foin, des fils de la paillasse jonchant le corridor, repr�sentaient � sa vue tous les r�sultats d�un d�m�nagement.
Gilbert rentra dans son ancienne chambre, qu�il retrouva telle qu�il l�avait laiss�e.
La crois�e d�Andr�e �tait ouverte pour donner de l�air � l�appartement; sa vue put plonger jusque dans l�antichambre.
L�appartement �tait parfaitement vide.
Gilbert alors se laissa aller � une extravagante douleur; il se heurta la t�te contre la muraille, se tordit les bras, se roula sur le plancher.
Puis, comme un insens�, il s��lan�a hors de la mansarde, descendit l�escalier comme s�il e�t eu des ailes, s�enfon�a dans le bois les mains noy�es dans ses cheveux, et, avec des cris et des impr�cations, il se laissa tomber au milieu des bruy�res, maudissant la vie et ceux qui la lui avaient donn�e.
� Oh! c�est fini, bien fini, murmura-t-il. Dieu ne veut pas que je la retrouve; Dieu veut que je meure de remords, de d�sespoir et d�amour; c�est ainsi que j�expierai mon crime, c�est ainsi que je vengerai celle que j�ai outrag�e� O� peut-elle �tre?� � Taverney! Oh! j�irai, j�irai! J�irai jusqu�aux extr�mit�s du monde; je monterai jusqu�aux nuages s�il le faut. Oh! je retrouverai sa trace et je la suivrai, duss�-je tomber � moiti� chemin de faim et de fatigue.
Mais peu � peu, soulag� de sa douleur par l�explosion de sa douleur, Gilbert se souleva, respira plus librement, regarda autour de lui d�un air un peu moins hagard, et reprit, � pas lents, le chemin de Paris.
Cette fois, il mit cinq heures pour faire la route.
� Le baron, se disait-il avec une certaine apparence de raison, le baron n�aura peut-�tre pas quitt� Paris; je lui parlerai. Mademoiselle Andr�e a fui. En effet, elle ne pouvait rester � Trianon; mais, en quelque lieu qu�elle soit all�e, son p�re sait o� elle va; un mot de lui m�indiquera sa trace, et puis, d�ailleurs, il rappellera sa fille, si je parviens � convaincre son avarice.
Gilbert, fort de cette nouvelle pens�e, rentra � Paris vers sept heures du soir, c�est-�-dire vers le moment o� la fra�cheur amenait les promeneurs aux Champs-�lys�es, o� Paris flottait entre les premiers brouillards du soir et les premiers feux de ce jour factice qui lui fait une journ�e de vingt-quatre heures.
Le jeune homme, en cons�quence de la r�solution prise, alla droit � la porte du petit h�tel de la rue Coq-H�ron, et frappa sans h�siter un instant.
Le silence seul lui r�pondit.
Il redoubla les coups de marteau, mais sans que le dixi�me obt�nt plus de succ�s que le premier.
Alors cette derni�re ressource, celle sur laquelle il avait compt�, lui �chappa. Fou de rage, mordant ses mains, pour punir son corps de ce qu�il souffrait moins que son �me, Gilbert tourna brusquement la rue, poussa le ressort de la porte de Rousseau, et monta l�escalier.
Le mouchoir qui renfermait les trente billets de caisse attachait aussi la clef du grenier.
Gilbert s�y pr�cipita comme il se f�t pr�cipit� dans la Seine si elle e�t coul� � cet endroit.
Puis, comme la soir�e �tait belle et que les nuages floconneux se jouaient dans l�azur du ciel, comme une douce senteur montait des tilleuls et des marronniers dans le cr�puscule de la nuit, comme la chauve-souris venait battre de ses ailes silencieuses les vitres du petit ch�ssis, Gilbert, rappel� � la vie par toutes ces sensations, s�approcha de la lucarne, et, voyant blanchir au milieu des arbres le pavillon du jardin o� jadis il avait retrouv� Andr�e qu�il croyait � jamais perdue, il sentit son c�ur se briser et tomba presque �vanoui sur l�appui de la goutti�re, les yeux perdus dans une vague et stupide contemplation.
Chapitre 153. O� Gilbert voit qu�un crime est plus facile � commettre qu�un pr�jug� � vaincre
� mesure que diminuait la sensation douloureuse qui s��tait empar�e de Gilbert, ses id�es devenaient plus nettes et plus pr�cises.