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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� la fontaine de la Conf�rence, il s�arr�ta pour boire.

Puis il reprit son chemin, refusant toujours les propositions des voiturins, qui ne comprenaient pas qu�un jeune homme si proprement mis �conomis�t quinze sous aux d�pens de son cirage � l��uf.

Qu�eussent-ils dit s�ils eussent su que ce jeune homme, qui allait ainsi � pied, avait dans sa poche trois cent mille livres?

Mais Gilbert avait ses raisons pour aller � pied. D�abord, � cause de la ferme r�solution qu�il avait prise de ne pas exc�der d�un liard le strict n�cessaire; ensuite, le besoin d�isolement pour se livrer plus commod�ment � la pantomime et aux monologues.

Dieu seul sait tout ce qu�il se joua de d�nouement heureux dans la t�te de ce jeune homme, pendant les deux heures et demie qu�il marcha.

En deux heures et demie, il avait fait plus de quatre lieues, et cela sans s�apercevoir de la distance, sans ressentir la moindre fatigue, tant c��tait une puissante organisation que celle de ce jeune homme.

Tous ses plans �taient faits, et il s��tait arr�t� � cette fa�on d�introduire sa demande:

Aborder le p�re Taverney avec de pompeuses paroles; puis, quand il aurait l�autorisation du baron, mademoiselle Andr�e, avec des discours d�une telle �loquence, que non seulement elle pardonn�t, mais encore qu�elle con��t du respect et de l�affection pour l�auteur de la path�tique harangue qu�il avait pr�par�e.

� force d�y songer, l�esp�rance avait pris le dessus sur la crainte, et il semblait impossible � Gilbert qu�une fille, dans la position o� se trouvait Andr�e, n�accept�t point la r�paration offerte par l�amour, quand cet amour se pr�sentait avec une somme de cent mille �cus.

Gilbert, b�tissant tous ces ch�teaux en Espagne, �tait na�f et honn�te comme le plus simple enfant des patriarches. Il oubliait tout le mal qu�il avait fait, ce qui �tait peut-�tre d�un c�ur plus honn�te qu�on ne le pense.

Toutes ses batteries pr�par�es, il arriva, le c�ur dans un �tau, sur le territoire de Trianon. Une fois l�, il �tait pr�t � tout: aux premi�res fureurs de Philippe, que la g�n�rosit� de sa d�marche devait cependant, selon lui, dissuader; aux premiers d�dains d�Andr�e, que son amour devait soumettre; aux premi�res insultes du baron, que son or devait adoucir.

En effet, Gilbert, tout �loign� de la soci�t� qu�il avait v�cu, devinait instinctivement que trois cent mille livres dans la poche sont une s�re cuirasse; ce qu�il redoutait le plus, c��tait la vue des souffrances d�Andr�e; contre ce malheur seulement il craignait sa faiblesse, faiblesse qui lui e�t �t� une partie des moyens n�cessaires au succ�s de sa cause.

Il entra donc dans les jardins, regardant, non sans un orgueil qui allait bien � sa physionomie, tous ces ouvriers, hier ses compagnons, aujourd�hui ses inf�rieurs.

La premi�re question qu�il fit porta sur le baron de Taverney. Il s�adressait naturellement au gar�on de service des communs.

� Le baron n�est point � Trianon, r�pondit celui-ci.

Gilbert h�sita un moment.

� Et M. Philippe? demanda-t-il.

� Oh! M. Philippe est parti avec mademoiselle Andr�e.

� Parti! s��cria Gilbert effray�.

� Oui.

� Mademoiselle Andr�e est donc partie?

� Depuis cinq jours.

� Pour Paris?

Le gar�on fit un mouvement qui voulait dire: �Je n�en sais rien.�

� Comment, vous n�en savez rien? s��cria Gilbert. Mademoiselle Andr�e est partie sans qu�on sache o� elle est all�e? Elle n�est point partie sans cause, cependant.

� Tiens, cette b�tise! r�pondit le gar�on peu respectueux pour l�habit marron de Gilbert; certainement qu�elle n�est point partie sans cause.

� Et pour quelle cause est-elle partie?

� Pour changer d�air.

� Pour changer d�air? r�p�ta Gilbert.

� Oui, il para�t que celui de Trianon �tait mauvais pour sa sant�, et, par ordonnance du m�decin, elle a quitt� Trianon.

Il �tait inutile d�en demander davantage; il �tait �vident que le gar�on des communs avait dit tout ce qu�il savait sur mademoiselle de Taverney.

Et cependant Gilbert, stup�fait, ne pouvait croire � ce qu�il entendait. Il courut � la chambre d�Andr�e et trouva la porte close.

Des fragments de verre, des brins de paille et de foin, des fils de la paillasse jonchant le corridor, repr�sentaient � sa vue tous les r�sultats d�un d�m�nagement.

Gilbert rentra dans son ancienne chambre, qu�il retrouva telle qu�il l�avait laiss�e.

La crois�e d�Andr�e �tait ouverte pour donner de l�air � l�appartement; sa vue put plonger jusque dans l�antichambre.

L�appartement �tait parfaitement vide.

Gilbert alors se laissa aller � une extravagante douleur; il se heurta la t�te contre la muraille, se tordit les bras, se roula sur le plancher.

Puis, comme un insens�, il s��lan�a hors de la mansarde, descendit l�escalier comme s�il e�t eu des ailes, s�enfon�a dans le bois les mains noy�es dans ses cheveux, et, avec des cris et des impr�cations, il se laissa tomber au milieu des bruy�res, maudissant la vie et ceux qui la lui avaient donn�e.

� Oh! c�est fini, bien fini, murmura-t-il. Dieu ne veut pas que je la retrouve; Dieu veut que je meure de remords, de d�sespoir et d�amour; c�est ainsi que j�expierai mon crime, c�est ainsi que je vengerai celle que j�ai outrag�e� O� peut-elle �tre?� � Taverney! Oh! j�irai, j�irai! J�irai jusqu�aux extr�mit�s du monde; je monterai jusqu�aux nuages s�il le faut. Oh! je retrouverai sa trace et je la suivrai, duss�-je tomber � moiti� chemin de faim et de fatigue.

Mais peu � peu, soulag� de sa douleur par l�explosion de sa douleur, Gilbert se souleva, respira plus librement, regarda autour de lui d�un air un peu moins hagard, et reprit, � pas lents, le chemin de Paris.

Cette fois, il mit cinq heures pour faire la route.

� Le baron, se disait-il avec une certaine apparence de raison, le baron n�aura peut-�tre pas quitt� Paris; je lui parlerai. Mademoiselle Andr�e a fui. En effet, elle ne pouvait rester � Trianon; mais, en quelque lieu qu�elle soit all�e, son p�re sait o� elle va; un mot de lui m�indiquera sa trace, et puis, d�ailleurs, il rappellera sa fille, si je parviens � convaincre son avarice.

Gilbert, fort de cette nouvelle pens�e, rentra � Paris vers sept heures du soir, c�est-�-dire vers le moment o� la fra�cheur amenait les promeneurs aux Champs-�lys�es, o� Paris flottait entre les premiers brouillards du soir et les premiers feux de ce jour factice qui lui fait une journ�e de vingt-quatre heures.

Le jeune homme, en cons�quence de la r�solution prise, alla droit � la porte du petit h�tel de la rue Coq-H�ron, et frappa sans h�siter un instant.

Le silence seul lui r�pondit.

Il redoubla les coups de marteau, mais sans que le dixi�me obt�nt plus de succ�s que le premier.

Alors cette derni�re ressource, celle sur laquelle il avait compt�, lui �chappa. Fou de rage, mordant ses mains, pour punir son corps de ce qu�il souffrait moins que son �me, Gilbert tourna brusquement la rue, poussa le ressort de la porte de Rousseau, et monta l�escalier.

Le mouchoir qui renfermait les trente billets de caisse attachait aussi la clef du grenier.

Gilbert s�y pr�cipita comme il se f�t pr�cipit� dans la Seine si elle e�t coul� � cet endroit.

Puis, comme la soir�e �tait belle et que les nuages floconneux se jouaient dans l�azur du ciel, comme une douce senteur montait des tilleuls et des marronniers dans le cr�puscule de la nuit, comme la chauve-souris venait battre de ses ailes silencieuses les vitres du petit ch�ssis, Gilbert, rappel� � la vie par toutes ces sensations, s�approcha de la lucarne, et, voyant blanchir au milieu des arbres le pavillon du jardin o� jadis il avait retrouv� Andr�e qu�il croyait � jamais perdue, il sentit son c�ur se briser et tomba presque �vanoui sur l�appui de la goutti�re, les yeux perdus dans une vague et stupide contemplation.

Chapitre 153. O� Gilbert voit qu�un crime est plus facile � commettre qu�un pr�jug� � vaincre

� mesure que diminuait la sensation douloureuse qui s��tait empar�e de Gilbert, ses id�es devenaient plus nettes et plus pr�cises.

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