Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� C�est cela, et vous lui avez fait payer ce respect: vous vous �tes veng� de ses m�pris, par quoi? par un guet-apens.
� Oh! non, non; le guet-apens ne vient pas de moi; une occasion de commettre le crime m�a �t� fournie.
� Par qui?
� Par vous.
Balsamo se redressa comme si un serpent l�e�t piqu�.
� Par moi? s��cria-t-il.
� Par vous, oui, monsieur, par vous, r�p�ta Gilbert; monsieur, vous avez endormi mademoiselle Andr�e; puis vous vous �tes enfui; � mesure que vous vous �loigniez, les jambes lui manquaient; elle a fini par tomber. Je l�ai prise dans mes bras alors pour la reporter dans sa chambre; j�ai senti sa chair pr�s de ma chair: un marbre f�t devenu vivant!� moi, qui aimais, j�ai c�d� � mon amour. Suis-je donc aussi criminel qu�on le dit, monsieur? Je vous le demande � vous, � vous la cause de mon malheur.
Balsamo reporta sur Gilbert son regard charg� de tristesse et de piti�.
� Tu as raison, enfant, dit-il, c�est moi qui ai caus� ton crime et l�infortune de cette jeune fille.
� Et, au lieu d�y porter rem�de, vous qui �tes un homme si puissant et qui devriez �tre si bon, vous avez aggrav� le malheur de la jeune fille, vous avez suspendu la mort sur la t�te du coupable.
� C�est vrai, r�pliqua Balsamo, et tu parles sagement. Depuis quelque temps, vois-tu, jeune homme, je suis une cr�ature maudite, et tous mes desseins en sortant de mon cerveau, prennent des formes mena�antes et nuisibles; cela tient � des malheurs que, moi aussi, j�ai subis, et que tu ne comprends pas. Toutefois, ce n�est point une raison pour que je fasse souffrir les autres: que demandes-tu? Voyons.
� Je vous demande le moyen de tout r�parer, monsieur le comte, crime et malheur.
� Tu aimes cette jeune fille?
� Oh! oui.
� Il y a bien des sortes d�amour. De quel amour l�aimes-tu?
� Avant de la poss�der, je l�aimais avec d�lire; aujourd�hui, je l�aime avec fureur. Je mourrais de douleur si elle me recevait avec col�re; je mourrais de joie si elle me permettait de baiser ses pieds.
� Elle est fille noble, mais elle est pauvre, dit Balsamo r�fl�chissant.
� Oui.
� Cependant, son fr�re est un homme de c�ur que je crois peu entich� du vain privil�ge de la noblesse. Qu�arriverait-il si tu demandais � ce fr�re d��pouser sa s�ur?
� Il me tuerait, r�pondit froidement Gilbert; cependant, comme je d�sire plut�t la mort que je ne la crains, si vous me conseillez de faire cette demande, je la ferai.
Balsamo r�fl�chit.
� Tu es un homme d�esprit, dit-il, et l�on dirait encore que tu es un homme de c�ur, bien que tes actions soient vraiment criminelles, ma complicit� � part. Eh bien, va trouver, non pas M. de Taverney le fils, mais le baron de Taverney, son p�re, et dis-lui, dis-lui, entends-tu bien, que le jour o� il t�aura permis d��pouser sa fille, tu apporteras une dot � mademoiselle Andr�e.
� Je ne puis pas dire cela, monsieur le comte: je n�ai rien.
� Et moi, je te dis que tu lui porteras en dot cent mille �cus que je te donnerai pour r�parer le malheur et le crime, ainsi que tu le disais tout � l�heure.
� Il ne me croira pas, il me sait pauvre.
� Eh bien, s�il ne te croit pas, tu lui montreras ces billets de caisse, et, en les voyant, il ne doutera plus.
En disant ces mots, Balsamo ouvrit le tiroir d�une table et compta trente billets de caisse de dix mille livres chacun.
Puis il les remit � Gilbert.
� Et c�est de l�argent, cela? demanda le jeune homme.
� Lis.
Gilbert jeta un avide regard sur la liasse qu�il tenait � la main et reconnut la v�rit� de ce que lui disait Balsamo.
Un �clair de joie brilla dans ses yeux.
� Il serait possible! s��cria-t-il. Mais non, une pareille g�n�rosit� serait trop sublime.
� Tu es d�fiant, dit Balsamo; tu as raison, mais habitue-toi � choisir tes sujets de d�fiance. Prends donc ces cent mille �cus, et va chez M. de Taverney.
� Monsieur, dit Gilbert, tant qu�une pareille somme m�aura �t� donn�e sur une simple parole, je ne croirai pas � la r�alit� de ce don.
Balsamo prit une plume et �crivit:
�Je donne en dot � Gilbert, le jour o� il signera son contrat de mariage avec mademoiselle Andr�e de Taverney, la somme de cent mille �cus que je lui ai remise d�avance, dans l�espoir d�une heureuse n�gociation.
�Joseph Balsamo.�
� Prends ce papier, va, et ne doute plus.
Gilbert re�ut le papier d�une main tremblante.
� Monsieur, dit-il, si je vous dois un pareil bonheur, vous serez le dieu que j�adorerai sur la terre.
� Il n�y a qu�un Dieu qu�il faille adorer, r�pondit gravement Balsamo, et ce n�est pas moi. Allez, mon ami.
� Une derni�re gr�ce, monsieur?
� Laquelle?
� Donnez-moi cinquante livres.
� Tu me demandes cinquante livres quand tu en tiens trois cent mille entre tes mains?
� Ces trois cent mille livres ne seront � moi, dit Gilbert, que le jour o� mademoiselle Andr�e consentira � m��pouser.
� Et pourquoi faire ces cinquante livres?
� Afin que j�ach�te un habit d�cent avec lequel je puisse me pr�senter chez le baron.
� Tenez, mon ami, voil�, dit Balsamo.
Et il lui donna les cinquante livres qu�il d�sirait.
L�-dessus, il cong�dia Gilbert d�un signe de t�te, et, du m�me pas lent et triste, il rentra dans ses appartements.
Chapitre 152. Les projets de Gilbert
Une fois dans la rue, Gilbert laissa refroidir cette fi�vreuse imagination qui, aux derniers mots du comte, l�avait emport� au del�, non seulement du probable, mais encore du possible.
Arriv� � la rue Pastourel, il s�assit sur une borne, et, jetant les yeux autour de lui pour s�assurer que personne ne l�espionnait, il tira de sa poche les billets de caisse tout froiss�s par le serrement de sa main.
C�est qu�une id�e terrible lui �tait pass�e par l�esprit et lui avait fait venir la sueur au front.
� Voyons, dit-il en regardant les billets, si cet homme ne m�a point tromp�; voyons s�il ne m�a pas tendu un pi�ge; voyons s�il ne m�envoie pas � une mort certaine sous le pr�texte de me procurer un bonheur certain; voyons s�il ne fait pas pour moi ce que l�on fait pour le mouton qu�on attire � l�abattoir en lui offrant une poign�e d�herbe fleurie. J�ai ou� dire qu�il courait un grand nombre de faux billets de caisse, � l�aide desquels les rou�s de la cour trompaient les filles d�Op�ra. Voyons si le comte ne m�aurait pas pris pour dupe.
Et il d�tacha de la liasse un de ces billets de dix mille livres; puis, entrant chez un marchand, il demanda, en montrant le billet, l�adresse d�un banquier pour le changer, ainsi que son ma�tre, disait-il, l�en avait charg�.
Le marchand regarda le billet, le tourna et le retourna en l�admirant fort, car la somme �tait pompeuse et sa boutique bien modeste; puis il indiqua, rue Saint-Avoie, le financier dont Gilbert avait besoin.
Donc, le billet �tait bon.
Gilbert, joyeux et tout gonfl� de sa joie, rendit aussit�t les r�nes � son imagination, serra plus pr�cieusement que jamais la liasse dans son mouchoir, et, avisant rue Saint-Avoie un fripier dont l��talage le s�duisit, il fit emplette pour vingt-cinq livres, c�est-�-dire pour un des deux louis que Balsamo lui avait donn�s, d�un habit complet de petit drap marron, dont la propret� le charma, d�une paire de bas de soie noire un peu fan�s, et de souliers � boucles luisantes; une chemise de toile assez fine compl�ta le costume, plus d�cent que riche, dans lequel Gilbert s�admira par un seul coup d��il donn� dans le miroir du fripier.
Puis, laissant ses vieilles hardes comme appoint des vingt-cinq livres, il serra le pr�cieux mouchoir dans sa poche et passa de la boutique du fripier dans celle du perruquier, lequel, en un quart d�heure, acheva de rendre �l�gante et m�me belle cette t�te si remarquable du prot�g� de Balsamo.
Enfin, lorsque toutes ces op�rations furent accomplies, Gilbert entra chez un boulanger qui demeurait pr�s de la place Louis XV, et acheta dans sa boutique pour deux sous de pain, qu�il mangea rapidement en suivant la route de Versailles.