Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Eh bien, cachez-vous ici, mon enfant; le petit grenier est toujours libre.
� Vous �tes un homme que j�aime, mon ma�tre! s��cria Gilbert, et l�offre que vous me faites me comble de joie; je ne vous demande, en effet, qu�un abri; quant � mon pain, je le gagnerai; vous savez que je ne suis pas un paresseux.
� Eh bien, dit Rousseau d�un air inquiet, si la chose est convenue ainsi, montez l�-haut; que madame Rousseau ne vous voie pas ici; elle ne monte plus au grenier, puisque, depuis votre d�part, nous n�y serrons plus rien; votre paillasse y est rest�e, arrangez-vous du mieux possible.
� Merci, monsieur; cela �tant ainsi, je serai plus heureux que je ne le m�rite.
� Maintenant, est-ce l� tout ce que vous d�sirez? dit Rousseau en poussant du regard Gilbert hors de la chambre.
� Non, monsieur; mais encore un mot, s�il vous pla�t.
� Dites.
� Vous m�avez un jour, � Luciennes, accus� de vous avoir trahi; je ne trahissais personne, monsieur, je suivais mon amour.
� Ne parlons plus de cela. Est-ce tout?
� Oui; maintenant, monsieur Rousseau, quand on ne sait pas l�adresse de quelqu�un � Paris, est-il possible de se la procurer?
� Sans doute, quand cette personne est connue.
� Celle dont je veux parler est fort connue.
� Son nom?
� M. le comte Joseph Balsamo.
Rousseau frissonna; il n�avait pas oubli� la s�ance de la rue Pl�tri�re.
� Que voulez-vous � cet homme? demanda-t-il.
� Une chose toute simple. Je vous avais accus�, vous, mon ma�tre, d��tre moralement la cause de mon crime, puisque je croyais n�avoir ob�i qu�� la loi naturelle.
� Et je vous ai d�tromp�? s��cria Rousseau tremblant � l�id�e de cette responsabilit�.
� Vous m�avez �clair�, du moins.
� Eh bien, que voulez-vous dire?
� Que mon crime a non seulement eu une cause morale, mais une cause physique.
� Et ce comte de Balsamo est la cause physique, n�est-ce pas?
� Oui. J�ai copi� des exemples, j�ai saisi une occasion, et, en cela, je le reconnais maintenant, j�ai agi en animal sauvage, et non en homme. L�exemple, c�est vous; l�occasion, c�est M. le comte de Balsamo. O� demeure-t-il? le savez-vous?
� Oui.
� Donnez-moi son adresse, alors.
� Rue Saint-Claude, au Marais.
� Merci, je vais chez lui de ce pas.
� Prenez garde, mon enfant, s��cria Rousseau en le retenant, c�est un homme puissant et profond.
� Ne craignez rien, monsieur Rousseau, je suis r�solu, et vous m�avez appris � me poss�der.
� Vite, vite, montez l�-haut! s��cria Rousseau, j�entends se fermer la porte de l�all�e; c�est sans doute madame Rousseau qui rentre; cachez-vous dans ce grenier jusqu�� ce qu�elle soit revenue ici; ensuite vous sortirez.
� La clef, s�il vous pla�t?
� Au clou, dans la cuisine, comme d�habitude.
� Adieu, monsieur, adieu.
� Prenez du pain, je vous pr�parerai du travail pour cette nuit.
� Merci!
Et Gilbert s�esquiva si l�g�rement, qu�il �tait d�j� dans son grenier avant que Th�r�se e�t mont� le premier �tage.
Muni du pr�cieux renseignement que lui avait donn� Rousseau, Gilbert ne fut pas long � ex�cuter son projet.
En effet, Th�r�se n�eut pas plus t�t referm� la porte de son appartement, que le jeune homme, qui, de la porte de la mansarde, avait suivi tous ses mouvements, descendit l�escalier avec autant de rapidit� que s�il n�e�t pas �t� affaibli par un long je�ne. Il avait la t�te pleine d�id�es d�esp�rance, de rancunes, et derri�re tout cela planait une ombre vengeresse qui l�aiguillonnait de ses plaintes et de ses accusations.
Il arriva rue Saint-Claude dans un �tat difficile � d�crire.
Comme il entrait dans la cour de l�h�tel, Balsamo reconduisait jusqu�� la porte le prince de Rohan, qu�un devoir de politesse avait amen� chez son g�n�reux alchimiste.
Or, comme le prince en sortait, s�arr�tant une derni�re fois pour renouveler ses remerciements � Balsamo, le pauvre enfant, d�guenill�, s�y glissait comme un chien, n�osant regarder autour de lui de peur de s��blouir.
Le carrosse du prince Louis l�attendait au boulevard; le pr�lat traversa lestement l�espace qui le s�parait de sa voiture, qui partit avec rapidit� d�s que la porti�re fut referm�e sur lui.
Balsamo l�avait suivi d�un regard m�lancolique et, quand la voiture eut disparu, il se tourna vers le perron.
Sur ce perron �tait une esp�ce de mendiant dans l�attitude de la supplication.
Balsamo marcha � lui; quoique sa bouche f�t muette, son regard expressif interrogeait.
� Un quart d�heure d�audience, s�il vous pla�t, monsieur le comte, dit le jeune homme aux habits d�guenill�s.
� Qui �tes-vous, mon ami? demanda Balsamo avec une supr�me douceur.
� Ne me reconnaissez-vous pas? demanda Gilbert.
� Non; mais n�importe, venez, r�pliqua Balsamo sans s�inqui�ter de la mine �trange du solliciteur, non plus que de ses v�tements et de son importunit�.
Et, marchant devant lui, il le conduisit dans la premi�re chambre, o�, s��tant assis, sans changer de ton et de visage:
� Vous demandiez si je vous reconnaissais? dit-il.
� Oui, monsieur le comte.
� En effet, il me semble vous avoir vu quelque part.
� � Taverney, monsieur, lorsque vous y v�ntes, la veille du jour du passage de la dauphine.
� Que faisiez-vous � Taverney?
� J�y demeurais.
� Comme serviteur de la famille?
� Non pas; comme commensal.
� Vous avez quitt� Taverney?
� Oui, monsieur, voil� pr�s de trois ans.
� Et vous �tes venu?�
� � Paris, o� d�abord j�ai �tudi� chez M. Rousseau; apr�s quoi, j�ai �t� plac� dans les jardins de Trianon en qualit� d�aide-jardinier-fleuriste, par la protection de M. de Jussieu.
� Voil� de beaux noms que vous me citez l�, mon ami. Que me voulez vous?
� Je vais vous le dire.
Et, faisant une pause, il fixa sur Balsamo un regard qui ne manquait pas de fermet�.
� Vous rappelez-vous, continua-t-il, �tre venu � Trianon pendant la nuit du grand orage, il y aura vendredi six semaines?
Balsamo devint sombre, de s�rieux qu�il �tait.
� Oui, je me souviens, dit-il; m�auriez-vous vu, par hasard?
� Je vous ai vu.
� Alors, vous venez pour vous faire payer le secret? dit Balsamo d�un ton mena�ant.
� Non, monsieur; car ce secret, j�ai plus d�int�r�t encore que vous � le garder.
� Alors vous �tes celui qu�on nomme Gilbert? dit Balsamo.
� Oui, monsieur le comte.
Balsamo enveloppa de son regard profond et d�vorant le jeune homme dont le nom emportait une accusation si terrible.
Il fut surpris, lui qui se connaissait en hommes, de l�assurance de son maintien, de la dignit� de sa parole.
Gilbert s��tait pos� devant une table sur laquelle il ne s�appuyait pas; une de ses mains effil�es, blanches m�me malgr� l�habitude des travaux rustiques, �tait cach�e dans sa poitrine; l�autre tombait avec gr�ce � son c�t�.
� Je vois � votre contenance, dit Balsamo, ce que vous venez faire ici: vous savez qu�une d�nonciation terrible a �t� faite contre vous par mademoiselle de Taverney, qu�avec l�aide de la science j�ai forc�e de dire la v�rit�; vous venez me reprocher ce t�moignage, n�est-ce pas? cette �vocation d�un secret qui, sans moi, f�t rest� envelopp� dans les t�n�bres comme dans une tombe?
Gilbert se contenta de secouer la t�te.
� Vous auriez tort cependant, continua Balsamo; car, en admettant que j�eusse voulu vous d�noncer sans y �tre forc� par mon int�r�t, � moi que l�on accusait; en admettant que je vous eusse trait� en ennemi, que je vous eusse attaqu� tandis que je me contentais de me d�fendre; en admettant, dis-je, tout cela, vous n�avez le droit de rien dire, car, en v�rit�, vous avez commis une l�che action.
Gilbert froissa rudement sa poitrine avec ses ongles, mais il ne r�pondit encore rien.
� Le fr�re vous poursuivra, et la s�ur vous fera tuer, reprit Balsamo, si vous avez l�imprudence de vous promener comme vous faites dans les rues de Paris.
� Oh! quant � cela, peu m�importe, dit Gilbert.
� Comment, peu vous importe?
� Oui; j�aimais mademoiselle Andr�e; je l�aimais comme elle ne sera aim�e de personne; mais elle m�a m�pris�, moi qui avais des sentiments si respectueux pour elle; elle m�a m�pris�, moi qui d�j� deux fois l�avais tenue entre mes bras, sans m�me oser approcher mes l�vres du bas de sa robe.