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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Gilbert n�eut pas plus t�t prononc� cette parole, que Rousseau devint plus p�le que Gilbert ne l��tait lui-m�me, et que, perdant toute contenance:

� De quel droit me parlez-vous ainsi? balbutia-t-il.

� C�est parce que, �tant chez vous, monsieur Rousseau, dans cette mansarde o� vous m�aviez donn� l�hospitalit�, j�ai lu ce que vous �criviez sur ce sujet; parce que vous avez d�clare que les enfants n�s dans la mis�re sont � l��tat, qui doit en prendre soin; parce que, enfin, vous vous �tes toujours regard� comme un honn�te homme, bien que vous n�ayez pas recul� devant l�abandon des enfants qui vous �taient n�s.

� Malheureux, dit Rousseau, tu avais lu mon livre et tu viens me tenir un pareil langage!

� Eh bien? fit Gilbert.

� Eh bien, tu n�es qu�un mauvais esprit joint � un mauvais c�ur.

� Monsieur Rousseau!

� Tu as mal lu dans mes livres, comme tu lis mal dans la vie humaine! Tu n�as vu que la surface des feuillets, comme tu ne vois que celle du visage! Ah! tu crois me rendre solidaire de ton crime en me citant les livres que j�ai �crits; en me disant: �Vous avouez avoir fait ceci, donc, je puis le faire!� Mais, malheureux! ce que tu ne sais pas, ce que tu n�as pas lu dans mes livres, ce que tu n�as point devin�, c�est que la vie enti�re de celui que tu as pris pour exemple, cette vie de mis�re et de souffrance, je pouvais l��changer contre une existence dor�e, voluptueuse, pleine de faste et de plaisir. Ai-je moins de talent que M. de Voltaire, et ne pouvais-je pas produire autant que lui? En m�appliquant moins que je ne le fais, ne pouvais-je pas vendre mes livres aussi cher qu�il vend les siens et forcer l�argent � venir rouler dans mon coffre, en tenant sans cesse un coffre � moiti� plein � la disposition de mes libraires? L�or attire l�or: ne le sais-tu pas? J�aurais eu une voiture pour promener une jeune et belle ma�tresse et, crois-le bien, ce luxe n�e�t point tari en moi la source d�une intarissable po�sie. N�ai-je plus de passions? Dis! Regarde bien mes yeux qui, � soixante ans, brillent encore des feux de la jeunesse et du d�sir? Toi qui as lu ou copi� mes livres, voyons, ne te rappelles-tu pas que malgr� le d�clin des ans, malgr� des maux tr�s r�els et tr�s graves, mon c�ur, toujours jeune, semble avoir h�rit�, pour mieux souffrir, h�rit� toutes les forces du reste de mon organisation? Accabl� d�infirmit�s qui m�emp�chent de marcher, je me sens plus de vigueur et de vie pour absorber la douleur que je n�en eus jamais dans la fleur de mon �ge pour accueillir les rares f�licit�s que j�ai re�ues de Dieu.

� Je sais tout cela, monsieur, dit Gilbert. Je vous ai vu de pr�s et vous ai compris.

� Alors, si tu m�as vu de pr�s, alors, si tu m�as compris, ma vie n�a-t-elle pas pour toi une signification qu�elle n�a pas pour les autres? Cette abn�gation �trange qui n�est pas dans ma nature ne te dit-elle pas que j�ai voulu expier�

� Expier! murmura Gilbert.

� N�as-tu pas compris, continua le philosophe, que, cette mis�re m�ayant forc� tout d�abord de prendre une d�termination excessive, je n�avais plus trouv� ensuite d�autre excuse � cette d�termination que le d�sint�ressement et la pers�v�rance dans la mis�re? N�as-tu pas compris que j�ai puni mon esprit par l�humiliation? Car c��tait mon esprit qui �tait coupable; mon esprit, qui avait eu recours aux paradoxes pour se justifier, tandis que, d�un autre c�t�, je punissais mon c�ur par la perp�tuit� du remords.

� Ah! s��cria Gilbert, c�est ainsi que vous me r�pondez! c�est ainsi que, vous autres philosophes, qui jetez des pr�ceptes �crits au genre humain, vous nous plongez dans le d�sespoir, en nous condamnant si nous nous irritons. Eh! que m�importe, � moi, votre humiliation, du moment qu�elle est secr�te, votre remords, d�s qu�il est cach�! Oh! malheur, malheur � vous, malheur! et que les crimes commis en votre nom retombent sur votre t�te!

� Sur ma t�te, dites-vous, la mal�diction et le ch�timent � la fois, car vous oubliez le ch�timent, oh! ce serait trop! Vous qui avez p�ch� comme moi, vous condamnez-vous aussi s�v�rement que moi!

� Plus s�v�rement encore, dit Gilbert; car ma punition, � moi, sera terrible; car, � pr�sent que je n�ai plus foi en rien, je me laisserai tuer par mon adversaire, ou plut�t par mon ennemi; suicide que ma mis�re me conseille, que ma conscience me pardonne; car, maintenant, ma mort n�est plus un vol fait � l�humanit�, et vous avez �crit l� une phrase que vous ne pensiez pas.

� Arr�te, malheureux! dit Rousseau, arr�te; n�as-tu pas fait assez de mal avec l�imb�cile cr�dulit�? Faut-il que tu en fasses plus encore avec le scepticisme stupide? Tu m�as parl� d�un enfant? Tu m�as dit que tu �tais ou que tu allais �tre p�re?

� Je l�ai dit, r�p�ta Gilbert.

� Sais-tu bien ce que c�est, murmura Rousseau � voix basse, que d�entra�ner avec soi, non pas dans la mort, mais dans la honte, des cr�atures n�es pour respirer librement et purement le grand air de la vertu, que Dieu donne pour dot � tout homme sortant du sein de sa m�re? �coute cependant combien ma situation est horrible: quand j�ai abandonn� mes enfants, j�ai compris que la soci�t�, que toute sup�riorit� blesse, allait me jeter cette injure � la face comme un reproche infamant; alors je me suis justifi� avec des paradoxes; alors j�ai employ� dix ans de ma vie � donner des conseils aux m�res pour l��ducation de leurs enfants, moi qui n�avais pas su �tre p�re; � la patrie pour la formation des citoyens forts et honn�tes, moi qui avais �t� faible et corrompu. Puis, un jour, le bourreau qui venge la soci�t�, la patrie et l�orphelin, le bourreau, ne pouvant s�en prendre � moi, s�en est pris � mon livre, et l�a br�l� comme une honte vivante pour le pays dont ce livre avait empoisonn� l�air. Choisis, devine, juge; ai-je bien fait dans l�action? Ai-je fait mal dans les pr�ceptes? Tu ne r�ponds pas; Dieu lui-m�me serait embarrass�; Dieu, qui tient en ses mains l�inflexible balance du juste et de l�injuste. Eh bien, moi, j�ai un c�ur qui r�sout la question, et ce c�ur me dit l�, au fond de ma poitrine: �Malheur � toi, p�re d�natur�, qui as abandonn� tes enfants; malheur � toi si tu rencontres la jeune prostitu�e qui rit impudemment le soir au coin d�un carrefour, car c�est peut-�tre ta fille abandonn�e que la faim a pouss�e � l�infamie; malheur � toi si tu rencontres dans la rue le voleur qu�on arr�te, rouge encore de son larcin, car celui-l� est peut-�tre ton fils abandonn�, que la faim a pouss� au crime!�

� ces mots, Rousseau, qui s��tait soulev�, retomba dans son fauteuil.

� Et, cependant, continua-t-il d�une voix bris�e qui avait l�accent d�une pri�re, moi, je n�ai point �t� coupable autant qu�on pourrait le croire; moi, j�ai vu une m�re sans entrailles, de moiti� dans ma complicit�, oublier, comme font les animaux, et je me suis dit: �Dieu a permis que la m�re oublie, c�est donc qu�elle doit oublier.� Eh bien, je me suis tromp� � ce moment, et, aujourd�hui que tu m�as entendu dire � toi ce que je n�ai jamais dit � personne, aujourd�hui tu n�as plus le droit de t�abuser.

� Ainsi, demanda le jeune homme en fron�ant le sourcil, vous n�eussiez jamais abandonn� vos enfants si vous aviez eu de l�argent pour les nourrir?

� Seulement le strict n�cessaire, non, jamais, je le jure, jamais!

Et Rousseau �tendit solennellement sa main tremblante vers le ciel.

� Vingt mille livres, demanda Gilbert, est-ce assez pour nourrir son enfant?

� Oui, c�est assez, dit Rousseau.

� Bien, dit Gilbert, merci, monsieur; maintenant, je sais ce qui me reste � faire.

� Et, dans tous les cas, jeune comme vous l��tes, avec votre travail, vous pouvez nourrir votre enfant, dit Rousseau. Mais vous avez parl� de crime; on vous cherche, on vous poursuit peut-�tre�

� Oui, monsieur.

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