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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Mais, aussit�t que la porte fut referm�e, Rousseau profita de son isolement pour s��tendre avec d�lices sur sa chaise, regarda les oiseaux qui becquetaient sur la fen�tre un peu de mie de pain, et respira tout le soleil qui filtrait entre les chemin�es des maisons voisines.

Sa pens�e, jeune et rapide, n�eut pas plus t�t senti la libert� qu�elle ouvrit ses ailes comme faisaient ces passereaux apr�s leurs joyeux repas.

Tout � coup la porte d�entr�e cria sur ses gonds et vint arracher le philosophe � sa douce somnolence.

� Eh quoi! se dit-il, d�j� de retour!� me serais-je endormi quand je croyais r�ver seulement?

La porte de son cabinet s�ouvrit lentement � son tour.

Rousseau tournait le dos � cette porte; convaincu que c��tait Th�r�se qui rentrait, il ne se d�rangea m�me pas.

Il se fit un moment de silence.

Puis, au milieu de ce silence:

� Pardon, monsieur, dit une voix qui fit tressaillir le philosophe.

Rousseau se retourna vivement.

� Gilbert! dit-il.

� Oui, Gilbert; encore une fois, pardon, monsieur Rousseau.

C��tait Gilbert, en effet.

Mais Gilbert h�ve et les cheveux �pars, cachant mal, sous ses v�tements en d�sordre, ses membres amaigris et tremblotants; Gilbert, en un mot, dont l�aspect fit fr�mir Rousseau et lui arracha une exclamation de piti� qui ressemblait � de l�inqui�tude.

Gilbert avait le regard fixe et lumineux des oiseaux de proie affam�s; un sourire de timidit� affect�e contrastait avec ce regard comme ferait, avec le haut d�une t�te s�rieuse d�aigle, le bas d�une t�te railleuse de loup ou de renard.

� Que venez-vous faire ici? s��cria vivement Rousseau, qui n�aimait pas le d�sordre et le regardait chez autrui comme un indice de mauvais dessein.

� Monsieur, r�pondit Gilbert, j�ai faim.

Rousseau frissonna en entendant le son de cette voix qui prof�rait le plus terrible mot de la langue humaine.

� Et comment �tes-vous entr� ici? demanda-t-il. La porte �tait ferm�e.

� Monsieur, je sais que madame Th�r�se met ordinairement la clef sous le paillasson; j�ai attendu que madame Th�r�se f�t sortie, car elle ne m�aime pas et aurait peut-�tre refus� de me recevoir ou de m�introduire pr�s de vous; alors, vous sachant seul, j�ai mont�, j�ai pris la clef dans la cachette, et me voici.

Rousseau se souleva sur les deux bras de son fauteuil.

� �coutez-moi, dit Gilbert, un moment, un seul moment, et je vous jure, monsieur Rousseau, que je m�rite d��tre entendu.

� Voyons, r�pondit Rousseau saisi de stupeur � la vue de cette figure qui n�offrait plus aucune expression des sentiments communs � la g�n�ralit� des hommes.

� J�aurais d� commencer par vous dire que je suis r�duit � une telle extr�mit�, que je ne sais si je dois voler, me tuer ou faire pis encore� Oh! ne craignez rien, mon ma�tre et mon protecteur, dit Gilbert d�une voix pleine de douceur; car je crois, en y r�fl�chissant, que je n�aurai pas besoin de me tuer et que je mourrai bien sans cela� Depuis huit jours que je me suis enfui de Trianon, je parcours les bois et les plaines sans manger autre chose que des l�gumes verts ou quelques fruits sauvages dans les bois. Je suis sans forces. Je tombe de fatigue et d�inanition. Quant � voler, ce n�est pas chez vous que je le tenterai; j�aime trop votre maison, monsieur Rousseau. Quant � cette troisi�me chose, oh! pour l�accomplir�

� Eh bien? fit Rousseau.

� Eh bien, il me faudrait une r�solution que je viens chercher ici.

� �tes-vous fou? s��cria Rousseau.

� Non, monsieur; mais je suis bien malheureux, bien d�sesp�r�, et je me serais noy� dans la Seine ce matin, sans une r�flexion qui m�est venue.

� Laquelle?

� C�est que vous avez �crit: �Le suicide est un vol fait au genre humain.�

Rousseau regarda le jeune homme comme pour lui dire: �Avez-vous l�amour-propre de croire que c�est � vous que je pensais en �crivant cela?�

� Oh! je comprends, murmura Gilbert.

� Je ne crois pas, dit Rousseau.

� Vous voulez dire: �Est-ce que votre mort, � vous, mis�rable qui n��tes rien, qui ne poss�dez rien, qui ne tenez � rien, serait un �v�nement?�

� Ce n�est point de cela qu�il s�agit, dit Rousseau honteux d��tre devin�; mais vous aviez faim, je crois?

� Oui, je l�ai dit.

� Eh bien, puisque vous saviez o� est la porte, vous savez aussi o� est le pain: allez au buffet, prenez du pain, et partez.

Gilbert ne bougea point.

� Si ce n�est pas du pain qu�il vous faut, si c�est de l�argent, je ne vous crois pas assez m�chant pour maltraiter un vieillard qui fut votre protecteur, dans la maison m�me qui vous a donn� asile. Contentez-vous donc de ce peu� Tenez.

Et, fouillant � sa poche, il lui pr�senta quelques pi�ces de monnaie.

Gilbert lui arr�ta la main.

� Oh! dit-il avec une douleur poignante, ce n�est ni d�argent ni de pain qu�il s�agit; vous n�avez pas compris ce que je voulais dire quand je parlais de me tuer. Si je ne me tue pas, c�est que maintenant ma vie peut �tre utile � quelqu�un, c�est que ma mort volerait quelqu�un, monsieur. Vous qui connaissez toutes les lois sociales, toutes les obligations naturelles, est-il en ce monde un lien qui puisse rattacher � la vie un homme qui veut mourir?

� Il en est beaucoup, dit Rousseau.

� �tre p�re, murmura Gilbert, est-ce un de ces liens-l�? Regardez-moi en me r�pondant, monsieur Rousseau, que je voie la r�ponse dans vos yeux.

� Oui, balbutia Rousseau; oui, bien certainement. � quoi bon cette question de votre part?

� Monsieur, vos paroles vont �tre un arr�t pour moi, dit Gilbert; pesez-les donc bien, je vous en conjure, monsieur; je suis si malheureux, que je voudrais me tuer; mais� mais, j�ai un enfant!

Rousseau fit un bond d��tonnement sur son fauteuil.

� Oh! ne me raillez pas, monsieur, dit humblement Gilbert; vous croiriez ne faire qu�une �gratignure � mon c�ur, et vous l�ouvririez comme avec un poignard: je vous le r�p�te, j�ai un enfant.

Rousseau le regarda sans lui r�pondre.

� Sans cela, je serais d�j� mort, continua Gilbert; dans cette alternative, je me suis dit que vous me donneriez un bon conseil, et je suis venu.

� Mais, demanda Rousseau, pourquoi donc ai-je des conseils � vous donner, moi? est-ce que vous m�avez consult� quand vous avez fait la faute?

� Monsieur, cette faute�

Et Gilbert, avec une expression �trange, s�approcha de Rousseau.

� Eh bien? fit celui-ci.

� Cette faute, reprit Gilbert, il y a des gens qui l�appellent un crime.

� Un crime! raison de plus alors pour que vous ne m�en parliez pas. Je suis un homme comme vous, et non un confesseur. D�ailleurs, ce que vous me dites ne m��tonne point; j�ai toujours pr�vu que vous tourneriez mal; vous �tes une m�chante nature.

� Non, monsieur, r�pondit Gilbert en secouant m�lancoliquement la t�te. Non, monsieur, vous vous trompez; j�ai l�esprit faux ou plut�t fauss�; j�ai lu beaucoup de livres qui m�ont pr�ch� l��galit� des castes, l�orgueil de l�esprit, la noblesse des instincts; ces livres, monsieur, �taient sign�s de si illustres noms, qu�un pauvre paysan comme moi a bien pu s��garer� Je me suis perdu.

� Ah! ah! je vois o� vous voulez en venir, monsieur Gilbert.

� Moi?

� Oui; vous accusez ma doctrine; n�avez-vous pas le libre arbitre?

� Je n�accuse pas, monsieur; je vous dis ce que j�ai lu; ce que j�accuse, c�est ma cr�dulit�; j�ai cru, j�ai failli; il y a deux causes � mon crime: vous �tes la premi�re, et je viens d�abord � vous; j�irai ensuite � la seconde, mais � son tour et quand il en sera temps.

� Enfin, voyons, que me demandez-vous?

� Ni bienfait, ni abri, ni pain m�me, quoique je sois abandonn�, affam�; non, je vous demande un soutien moral, je vous demande une sanction de votre doctrine, je vous demande de me rendre par un mot toute ma force, qui s�est bris�e, non pas par l�inanition, en mes bras et en mes jambes, mais par le doute, en ma t�te et en mon c�ur. Monsieur Rousseau, je vous adjure donc de me dire si ce que j��prouve depuis huit jours est la douleur de la faim, dans les muscles de mon estomac, ou si c�est la torture du remords, dans les organes de ma pens�e. J�ai engendr� un enfant, monsieur, en commettant un crime; eh bien, maintenant, dites-moi, faut-il que je m�arrache les cheveux dans un d�sespoir amer et que je me roule sur le sable en criant: �Pardon!� ou faut-il que je crie, comme la femme de l��criture, en disant: �J�ai fait comme tout le monde; s�il en est parmi les hommes un meilleur que moi, qu�il me lapide?� En un mot, monsieur Rousseau, vous qui avez d� �prouver ce que j��prouve, r�pondez � cette question. Dites, dites, est-il naturel qu�un p�re abandonne son enfant?

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