Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Et qu�avez-vous fait alors, gourgandinier?
� Ma foi! dit Jean, j�ai couru toute la nuit et toute la matin�e.
� Quand je le disais� Oh! qui me servira mieux que l�on ne me sert? Qui me dira ce que cette fille est devenue, o� elle est?
� O� elle est? demanda Jean.
� Oui.
� � Paris, pardieu!
� � Paris?� Mais o� cela, � Paris?
� Rue Coq-H�ron.
� Qui vous l�a dit?
� Le cocher de sa voiture, que j�attendais aux �curies et que j�ai interrog�.
� Et il vous a dit?
� Qu�il venait de conduire tous les Taverney dans un petit h�tel de la rue Coq-H�ron, situ� dans un jardin et attenant � l�h�tel d�Armenonville.
� Ah! Jean, Jean, s��cria la comtesse, voil� qui me raccommode avec vous, mon ami; mais ce sont des d�tails qu�il nous faudrait. Comment vit-elle, qui voit-elle? Que fait-elle? Re�oit-elle des lettres? Voil� ce qu�il est important de savoir.
� Eh bien, on le saura.
� Et comment?
� Ah! voil�: comment? J�ai cherch�, moi; cherchez un peu � votre tour.
� Rue Coq-H�ron? dit vivement Chon.
� Rue Coq-H�ron, r�p�ta flegmatiquement Jean.
� Eh bien, rue Coq-H�ron, il doit y avoir des appartements � louer.
� Oh! excellente id�e! s��cria la comtesse. Il faut vite courir rue Coq-H�ron, Jean, louer une maison. On y cachera quelqu�un; ce quelqu�un verra entrer, verra sortir, verra man�uvrer. Vite, vite, la voiture! et allons rue Coq-H�ron.
� Inutile, il n�y a pas d�appartements � louer rue Coq-H�ron.
� Et comment savez-vous cela?
� Je m�en suis inform�, parbleu! mais il y en a�
� O� cela? Voyons.
� Rue Pl�tri�re.
� Qu�est-ce que cela, rue Pl�tri�re?
� Qu�est-ce que c�est que la rue Pl�tri�re?
� Oui.
� C�est une rue dont les derri�res donnent sur les jardins de la rue Coq H�ron.
� Eh bien, vite, vite! dit la comtesse, louons un appartement rue Pl�tri�re.
� Il est lou�, dit Jean.
� Homme admirable! s��cria la comtesse. Tiens, embrasse-moi, Jean.
Jean s�essuya la bouche, embrassa madame du Barry sur les deux joues, et lui fit une c�r�monieuse r�v�rence en signe de remerciement de l�honneur qu�il venait de recevoir.
� C�est bien heureux! dit Jean.
� On ne vous a pas reconnu, surtout?
� Qui diable voulez-vous qui me reconnaisse, rue Pl�tri�re?
� Et vous avez lou�?�
� Un petit appartement dans une maison borgne.
� On a d� vous demander pour qui?
� Sans doute.
� Et qu�avez-vous r�pondu?
� Pour une jeune veuve. Es-tu veuve, Chon?
� Parbleu! dit Chon.
� � merveille, dit la comtesse; c�est Chon qui s�installera dans l�appartement; c�est Chon qui guettera, qui surveillera; mais il ne faut pas perdre de temps.
� Aussi vais-je partir tout de suite, dit Chon. Les chevaux! les chevaux!
� Les chevaux! cria madame du Barry en sonnant de fa�on � r�veiller le palais tout entier de la Belle au Bois dormant.
Jean et la comtesse savaient � quoi s�en tenir sur le compte d�Andr�e.
Elle avait, rien qu�en paraissant, �veill� l�attention du roi: donc, Andr�e �tait dangereuse.
� Cette fille, dit la comtesse tandis qu�on attelait, ne serait pas une vraie provinciale, si, de son pigeonnier, elle n�avait amen� � Paris quelque amoureux transi; d�couvrons cet amoureux, et vite un mariage! Rien ne refroidira le roi comme un mariage entre amoureux de province.
� Diable! au contraire, fit Jean; d�fions-nous. C�est pour Sa Majest� tr�s chr�tienne, et vous le savez mieux que personne, comtesse, un morceau tr�s friand qu�une jeune mari�e; mais une fille ayant un amant contrarierait bien davantage Sa Majest�.
�Le carrosse est pr�t�, dit-il.
Chon s��lan�a, apr�s avoir serr� la main de Jean, apr�s avoir embrass� sa s�ur.
� Et Jean, pourquoi ne l�emmenez-vous pas? dit la comtesse.
� Non pas, j�irai de mon c�t�, r�pondit Jean. Attends-moi rue Pl�tri�re, Chon. Je serai la premi�re visite que tu recevras dans ton nouveau logement.
Chon partit, Jean se remit � table et avala une troisi�me tasse de chocolat.
Chon toucha d�abord � l�h�tel de famille, changea d�habit et s��tudia � prendre des airs bourgeois. Puis, lorsqu�elle fut contente d�elle, elle enveloppa d�un maigre mantelet de soie noire ses �paules aristocratiques, fit avancer une chaise � porteurs, et, une demi-heure apr�s, elle montait avec mademoiselle Sylvie un raide escalier conduisant � un quatri�me �tage.
C��tait � ce quatri�me �tage qu��tait situ� ce bienheureux logement retenu par le vicomte.
Comme elle arrivait au palier du second �tage, Chon se retourna; quelqu�un la suivait.
C��tait la vieille propri�taire, habitant le premier, qui avait entendu du bruit, qui �tait sortie et qui se trouvait fort intrigu�e de voir deux femmes si jeunes et si jolies entrer dans sa maison.
Elle leva sa t�te renfrogn�e et aper�ut deux t�tes rieuses.
� Hol�, mesdames, dit-elle, hol�! que venez-vous chercher ici?
� Le logement que mon fr�re a d� louer pour nous, madame, dit Chon en prenant son air de veuve; ne l�avez-vous pas vu, ou nous serions-nous tromp�es de maison?
� Non, non, c�est bien au quatri�me, dit la vieille propri�taire. Ah! pauvre jeune femme, veuve � votre �ge!
� H�las! dit Chon en levant les yeux au ciel.
� Mais vous serez tr�s bien rue Pl�tri�re; c�est une rue charmante; vous n�entendrez pas de bruit, votre appartement donne sur les jardins.
� C�est ce que j�ai d�sir�, madame.
� Cependant, par le corridor, vous pourrez voir dans la rue quand passeront les processions et quand joueront les chiens savants.
� Ah! �a me sera une grande distraction, madame, soupira Chon.
Et elle continua de monter.
La vieille propri�taire la suivit des yeux jusqu�au quatri�me �tage, et, quand Chon eut referm� sa porte:
� Elle a l�air d�une honn�te personne, dit-elle.
La porte referm�e, Chon courut aussit�t aux fen�tres donnant sur le jardin.
Jean n�avait pas commis d�erreur; presque au dessous des fen�tres de l�appartement lou� �tait le pavillon d�sign� par le cocher.
Bient�t il n�y eut plus aucun doute � avoir: une jeune fille vint s�asseoir pr�s de la fen�tre du pavillon, une broderie � la main; c��tait Andr�e.
Chapitre 62. L�appartement de la rue Pl�tri�re
Chon examinait la jeune fille depuis quelques instants � peine, quand le vicomte Jean, montant les escaliers quatre � quatre comme un clerc de procureur, apparut sur le seuil de l�appartement de la pr�tendue veuve.
� Eh bien? demanda-t-il.
� C�est toi, Jean? En v�rit�, tu m�as fait peur.
� Qu�en dis-tu?
� Je dis que je serai admirablement ici pour tout voir; malheureusement, je ne pourrai pas tout entendre.
� Ah! ma foi, tu demandes trop. � propos, une autre nouvelle.
� Laquelle?
� Merveilleuse!
� Bah!
� Incomparable!
� Que cet homme est assassinant avec ses exclamations!
� Le philosophe�
� Eh bien, quoi! le philosophe?
� On a beau dire:
� tout �v�nement le sage est pr�par�
Je suis un sage, eh bien, je n��tais pas pr�par� � celui-l�.
� Je vous demande un peu s�il ach�vera. Est-ce cette fille qui vous g�ne? Passez dans la chambre voisine, en ce cas, mademoiselle Sylvie.
� Oh! ce n�est pas la peine, et cette belle enfant n�est pas de trop, au contraire. Reste, Sylvie, reste.
Et le vicomte caressa du doigt le menton de la belle fille, dont le sourcil se fron�ait d�j� � l�id�e qu�on allait dire une chose qu�elle n�entendrait pas.
� Qu�elle reste donc; mais parlez.
� Eh! je ne fais pas autre chose depuis que je suis ici.
� Pour ne rien dire� Taisez-vous alors et laissez-moi regarder; cela vaut mieux.
� Calmons-nous. Je passais donc, comme je disais, devant la fontaine.
� Justement vous ne disiez pas un mot de cela.
� Bon! voil� que vous m�interrompez.
� Non.
� Je passais donc devant la fontaine, et je marchandais quelques vieux meubles pour cet affreux logement, quand tout � coup je sens un jet d�eau qui �clabousse mes bas.
� Comme c�est int�ressant, tout cela!
� Mais attendez donc, vous �tes trop press�e aussi, ma ch�re; je regarde� et vois� devinez quoi� je vous le donne en cent.
� Allez donc.
� Je vois un jeune monsieur obstruant avec un morceau de pain le robinet de la fontaine, et produisant, gr�ce � l�obstacle qu�il opposait � l�eau, cette extravasion et ce rejaillissement.
� C�est �tonnant comme ce que vous me racontez l� m�int�resse! dit Chon en haussant les �paules.
� Attendez donc: j�avais jur� tr�s fort en me sentant �clabouss�; l�homme au pain tremp� se retourne, et je vois�
� Vous voyez?
� Mon philosophe, ou plut�t notre philosophe.
� Qui cela, Gilbert?
� En personne: t�te nue, veste ouverte, bas mal tir�s, souliers sans boucles, en n�glig� galant enfin.
� Gilbert!� et qu�a-t-il dit?
� Je le reconnais, il me reconna�t; je m�avance, il recule; j��tends le bras, il ouvre les jambes, et le voil� courant comme un l�vrier parmi les voitures, les porteurs d�eau.
� Vous l�avez perdu de vue?
� Je le crois parbleu bien! vous ne supposez point que je me sois mis � courir aussi, n�est-ce pas?
� C�est vrai, mon Dieu! c��tait impossible, je comprends; mais le voil� perdu.
� Ah! quel malheur! laissa �chapper mademoiselle Sylvie.
� Oui, certes, dit Jean; je suis son d�biteur d�une bonne ration d��trivi�res, et, si j�eusse mis la main sur son collet r�p�, il n�e�t rien perdu pour attendre, je vous jure; mais il devinait mes bonnes intentions � cet �gard, et il a jou� des jambes. N�importe, le voil� dans Paris, c�est l�essentiel; et � Paris, pour peu qu�on ne soit pas trop mal avec le lieutenant de police, on trouve tout ce qu�on cherche.
� Il nous le faut.
� Et quand nous l�aurons, nous le ferons je�ner.
� On l�enfermera, dit mademoiselle Sylvie; seulement, cette fois il faudra choisir un endroit s�r.
� Et Sylvie lui portera dans cet endroit s�r son pain et son eau; n�est-ce pas, Sylvie? dit le vicomte.
� Mon fr�re, ne rions pas, dit Chon; ce gar�on l� a vu l�affaire des chevaux de poste. S�il avait des motifs de vous en vouloir, il pourrait �tre � craindre.
� Aussi, reprit Jean, suis-je convenu avec moi-m�me, tout en montant ton escalier, d�aller trouver M. de Sartine et de lui raconter ma trouvaille. M. de Sartine me r�pondra qu�un homme nu-t�te, bas d�faits, souliers d�nou�s, et trempant son pain � une fontaine, habite bien pr�s de l�endroit o� on le rencontre ainsi fagot�, et alors il s�engagera � nous le retrouver.
� Que peut-il faire ici sans argent?
� Des commissions.
� Lui! un philosophe de cette sauvage esp�ce? Allons donc!
� Il aura trouv�, dit Sylvie, quelque vieille d�vote, sa parente, qui lui abandonne les cro�tes trop vieilles pour son carlin.
� Assez, assez; mettez le linge dans cette vieille armoire, Sylvie, et vous, mon fr�re, � notre observatoire!
Ils s�approch�rent, en effet, de la fen�tre avec de grandes pr�cautions.
Andr�e quitta sa broderie, elle �tendit nonchalamment ses jambes sur un fauteuil, puis allongea la main vers un livre plac� sur une chaise � sa port�e, l�ouvrit et commen�a une lecture que les spectateurs jug�rent �tre des plus attachantes, car la jeune fille demeura immobile du moment qu�elle eut commenc�.
� Oh! la studieuse personne! dit mademoiselle Chon; que lit-elle l�?
� Premier meuble indispensable, r�pondit le vicomte en tirant de sa poche une lunette qu�il allongea et braqua sur Andr�e, en l�appuyant, pour la fixer, � l�angle de la fen�tre.
Chon le regardait faire avec impatience.
� Eh bien, voyons, est-elle vraiment belle, cette cr�ature? demanda-t-elle au vicomte.
� Admirable, c�est une fille parfaite; quels bras! quelles mains! quels yeux! des l�vres � damner saint Antoine; des pieds, oh! les pieds divins! et la cheville� quelle cheville sous ce bas de soie!
� Allons, bon! devenez-en amoureux, maintenant, il ne vous manquerait plus que cela! dit Chon avec humeur.
� Eh bien, apr�s?� Cela ne serait pas d�j� si mal jou�, surtout si elle voulait m�aimer un peu � son tour; cela rassurerait un peu notre pauvre comtesse.
� Voyons, passez-moi cette lorgnette, et tr�ve de balivernes, si c�est possible� Oui, vraiment, elle est belle, cette fille, et il est impossible qu�elle n�ait pas un amant� Elle ne lit pas, voyez� le livre va lui tomber des mains� il glisse� le voil� qui d�gringole, tenez� Quand je vous le disais, Jean, elle ne lit pas, elle r�ve.
� Ou elle dort.
� Les yeux ouverts! De beaux yeux, sur ma foi!
� En tout cas, dit Jean, si elle a un amant, nous le verrons bien d�ici.
� Oui, s�il vient le jour; mais s�il vient la nuit?�
� Diable! je n�y songeais pas, et c�est cependant la premi�re chose � laquelle j�eusse d� songer� Cela prouve � quel point je suis na�f.
� Oui, na�f comme un procureur.
� C�est bon! me voil� pr�venu, j�inventerai quelque chose.
� Mais que cette lunette est bonne! dit Chon, je lirais presque dans le livre.
� Lisez, et dites-moi le titre. Je devinerai peut-�tre quelque chose d�apr�s le livre.
Chon s�avan�a avec curiosit�, mais elle se recula plus vite encore qu�elle ne s��tait avanc�e.
� Eh bien, qu�y a-t-il donc? demanda le vicomte.
Chon lui saisit le bras.
� Regardez avec pr�caution, mon fr�re, dit-elle, regardez donc quelle est la personne qui se penche hors de cette lucarne, � gauche. Prenez garde d��tre vu!
� Oh! oh! s��cria sourdement du Barry, c�est mon trempeur de cro�tes, Dieu me pardonne!
� Il va se jeter en bas.
� Non pas, il est cramponn� � la goutti�re.
� Mais que regarde-t-il donc avec ces yeux ardents, avec cette ivresse sauvage?
� Il guette.
Le vicomte se frappa le front.
� J�y suis, s��cria-t-il.
� Quoi?
� Il guette la petite, pardieu!
� Mademoiselle de Taverney?
� Eh! oui, voil� l�amoureux du pigeonnier! Elle vient � Paris, il accourt; elle se loge rue Coq-H�ron, il se sauve de chez nous pour aller demeurer rue Pl�tri�re; il la regarde, et elle r�ve.
� Sur ma foi, c�est la v�rit�, dit Chon; voyez donc ce regard, cette fixit�, ce feu livide de ses yeux: il est amoureux � en perdre la t�te.
� Ma s�ur, dit Jean, ne nous donnons plus la peine de guetter l�amoureuse, l�amoureux fera notre besogne.
� Pour son compte, oui.
� Non pas, pour le n�tre. Maintenant, laissez-moi passer, que j�aille un peu voir ce cher Sartine. Pardieu! nous avons de la chance. Mais prenez garde, Chon, que le philosophe ne vous voie; vous savez s�il d�campe vite.