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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Sans doute, les hommes seront �gaux, �gaux devant la loi.

� Et devant la mort, imb�cile, devant la mort, cette loi des lois, seront-ils �gaux, quand l�un mourra � trois jours et quand l�autre mourra � cent ans? �gaux! les hommes �gaux, tant que les hommes n�auront pas vaincu la mort! Oh! la brute! la double brute!

Et Althotas se renversa pour rire plus librement, tandis que Balsamo, s�rieux et sombre, s�asseyait la t�te basse.

Althotas le regarda en piti�.

� Je suis donc l��gal, dit-il, du man�uvre qui mord dans son pain grossier, du bambin qui t�te sa nourrice, du vieillard h�b�t� qui boit son petit-lait et pleure ses yeux �teints?� Oh! malheureux sophiste que tu es, r�fl�chis donc � une chose, c�est que les hommes ne seront �gaux que lorsqu�ils seront immortels; car, lorsqu�ils seront immortels, ils seront dieux, et il n�y a que les dieux qui soient �gaux.

� Immortels! murmura Balsamo; immortels. Chim�re!

� Chim�re! s��cria Althotas. Chim�re! oui, chim�re, comme la vapeur, chim�re comme le fluide, chim�re comme tout ce qu�on cherche, qu�on n�a pas encore d�couvert et qu�on d�couvrira. Mais remue donc avec moi la poussi�re des mondes, mets � nu les unes apr�s les autres ces couches superpos�es qui chacune repr�sentent une civilisation; et dans ces couches humaines, dans ce d�tritus de royaumes, dans ces filons de si�cles, que coupe comme des tranches le fer de l�investigation moderne, que lis-tu? C�est qu�en tout temps les hommes ont cherch� ce que je cherche sous les diff�rents titres du mieux, du bien, de la perfection. Et quand cherchaient-ils cela? Au temps d�Hom�re o� les hommes vivaient deux cents ans, au temps des patriarches, quand ils vivaient huit si�cles! Ils ne l�ont pas trouv�, ce mieux, ce bien, cette perfection: car, s�ils l�eussent trouv�, ce monde d�cr�pit, ce monde serait frais, vierge et rose comme l�aube matinale. Au lieu de cela, la souffrance, le cadavre, le fumier. Est-ce doux, la souffrance? Est-ce beau, le cadavre? Est-ce d�sirable, le fumier?

� Eh bien, dit Balsamo r�pondant au vieillard, qu�une petite toux s�che venait d�interrompre; eh bien, vous dites que personne n�a trouv� encore cet �lixir de vie. Je vous dis, moi, que personne ne le trouvera. Confessez Dieu.

� Niais! personne n�a trouv� tel secret; donc, personne ne le trouvera. � ce compte, il n�y aurait jamais eu de d�couvertes. Or, crois-tu que les d�couvertes soient des choses nouvelles qu�on invente? Non, ce sont des choses oubli�es qu�on retrouve. Et pourquoi les choses une fois trouv�es s�oublient-elles? Parce que la vie est trop courte pour que l�inventeur puisse tirer de son invention toutes les d�ductions qu�elle enferme. Vingt fois, cet �lixir de vie, on a failli le trouver. Crois-tu que le Styx soit une imagination d�Hom�re? Crois-tu que cet Achille presque immortel, puisqu�il n�est vuln�rable qu�au talon, soit une fable? Non. Achille �tait l��l�ve de Chiron comme tu es le mien. Chiron veut dire sup�rieur ou pire. Chiron �tait un savant qu�on repr�sente sous la forme d�un centaure, parce que sa science avait dou� l�homme de la force et de la l�g�ret� du cheval. Eh bien! il avait � peu pr�s trouv� l��lixir d�immortalit�, lui aussi. Il ne lui manquait peut-�tre � lui aussi, comme � moi, que ces trois gouttes de sang que tu me refuses. Ces trois gouttes de sang absentes ont rendu Achille vuln�rable au talon; la mort a trouv� un passage, elle est entr�e. Oui, je le r�p�te, Chiron, l�homme universel, l�homme sup�rieur, l�homme pire, n�est qu�un autre Althotas emp�ch� par un autre Acharat de compl�ter l��uvre qui e�t sauv� l�humanit� tout enti�re, en l�arrachant � l�effet de la mal�diction divine. Eh bien! qu�as-tu � dire � cela?

� Je dis, r�pondit Balsamo, visiblement �branl�, je dis que j�ai mon �uvre et que vous avez la v�tre. Accomplissons-la, chacun de notre c�t�, et � nos risques et p�rils. Je ne vous seconderai pas par un crime.

� Par un crime?

� Oui, et quel crime encore! un de ceux qui lancent apr�s vous toute une population aboyante; un crime qui vous fait accrocher � ces potences inf�mes dont votre science n�a pas encore plus garanti les hommes sup�rieurs que les hommes pires.

Althotas frappa de ses deux mains s�ches sur la table de marbre.

� Voyons, voyons, dit-il, ne sois pas un idiot humanitaire, la pire race d�idiots qui existe au monde. Voyons, viens, et causons un peu de la loi, de ta brutale et absurde loi �crite par des animaux de ton esp�ce, que r�volte une goutte de sang vers�e intelligemment, mais qu�affriandent des torrents de liqueur vitale r�pandus sur les places publiques, au pied des remparts des villes, dans ces plaines qu�on appelle des champs de bataille; de ta loi toujours inepte et �go�ste qui sacrifie l�homme de l�avenir � l�homme pr�sent, et qui a pris pour devise: �Vive aujourd�hui! meure demain!� Causons de cette loi, veux-tu?

� Dites ce que vous avez � dire, je vous �coute, r�pondit Balsamo de plus en plus sombre.

� As-tu un crayon, une plume? Nous allons faire un petit calcul.

� Je calcule sans plume et sans crayon. Dites ce que vous avez � dire.

� Voyons ton projet. Oh! je me le rappelle� tu renverses un minist�re, tu casses les Parlements, tu �tablis des juges iniques, tu am�nes une banqueroute, tu fomentes des r�voltes, tu allumes une r�volution, tu renverses une monarchie, tu laisses s��lever un protectorat, et tu pr�cipites le protecteur.

�La R�volution t�aura donn� la libert�.

�Le protectorat, l��galit�.

�Or, les Fran�ais �tant libres et �gaux, ton �uvre est accomplie.

�N�est-ce pas cela?

� Oui; regardez-vous la chose comme impossible?

� Je ne crois pas � l�impossibilit�. Tu vois que je te fais beau jeu, moi!

� Eh bien?

� Attends; d�abord, la France n�est pas comme l�Angleterre, o� l�on fit tout ce que tu veux faire, plagiaire que tu es; la France n�est pas une terre isol�e o� l�on puisse renverser les minist�res, casser les Parlements, �tablir des juges iniques, amener une banqueroute, fomenter des r�voltes, allumer des r�volutions, renverser des monarchies, �lever des protectorats et culbuter les protecteurs, sans que les autres nations se m�lent un peu de ces mouvements. La France est soud�e � l�Europe, comme le foie aux entrailles de l�homme; elle a des racines chez toutes les autres nations, des fibres chez tous les peuples; essaye d�arracher le foie � cette grande machine qu�on appelle le continent europ�en, et pendant vingt ans, trente ans, quarante ans peut-�tre, tout le corps fr�mira; mais je cote au plus bas, et je prends vingt ans; est-ce trop, sage philosophe?

� Non, ce n�est pas trop, dit Balsamo, ce n�est pas m�me assez.

� Eh bien! moi, je m�en contente. Vingt ans de guerre, de lutte acharn�e, mortelle, incessante; voyons, je mets cela � deux cent mille morts par ann�e, ce n�est pas trop quand on se bat � la fois en Allemagne, en Italie, en Espagne, que sais-je, moi! Deux cent mille hommes par ann�e, pendant vingt ans, cela fait quatre millions d�hommes; en accordant � chaque homme dix-sept livres de sang, c�est � peu pr�s le compte de la nature, cela fait, multipliez� 17 par 4, voyons� cela fait soixante-huit millions de livres de sang vers� pour arriver � ton but. Moi, je t�en demandais trois gouttes. Dis maintenant quel est le fou, le sauvage, le cannibale de nous deux? Eh bien! tu ne r�ponds pas?

� Si fait, ma�tre, je vous r�ponds que ce ne serait rien, trois gouttes de sang, si vous �tiez s�r de r�ussir.

� Et toi, toi qui en r�pands soixante-huit millions de livres, es-tu s�r? Dis! Alors l�ve-toi, et, la main sur ton c�ur, r�ponds: �Ma�tre, moyennant ces quatre millions de cadavres, je garantis le bonheur de l�humanit�.�

� Ma�tre, dit Balsamo en �ludant la r�ponse, ma�tre, au nom du ciel, cherchez autre chose.

� Ah! tu ne r�ponds pas, tu ne r�ponds pas? s��cria Althotas triomphant.

� Vous vous abusez, ma�tre, sur l�efficacit� du moyen: il est impossible.

� Je crois que tu me conseilles, je crois que tu me nies, je crois que tu me d�mens, dit Althotas roulant avec une froide col�re ses yeux gris sous ses sourcils blancs.

� Non, ma�tre, mais je r�fl�chis, moi qui vis chacun de mes jours en contact avec les choses de ce monde, en contradiction avec les hommes, en lutte avec les princes, et non pas, comme vous, s�questr� dans un coin, indiff�rent � tout ce qui se passe, � tout ce qui se d�fend, ou � tout ce qui s�autorise, pure abstraction du savant et du citateur; moi, enfin, qui sais les difficult�s, je les signale, voil� tout.

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