Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Sans doute, les hommes seront �gaux, �gaux devant la loi.
� Et devant la mort, imb�cile, devant la mort, cette loi des lois, seront-ils �gaux, quand l�un mourra � trois jours et quand l�autre mourra � cent ans? �gaux! les hommes �gaux, tant que les hommes n�auront pas vaincu la mort! Oh! la brute! la double brute!
Et Althotas se renversa pour rire plus librement, tandis que Balsamo, s�rieux et sombre, s�asseyait la t�te basse.
Althotas le regarda en piti�.
� Je suis donc l��gal, dit-il, du man�uvre qui mord dans son pain grossier, du bambin qui t�te sa nourrice, du vieillard h�b�t� qui boit son petit-lait et pleure ses yeux �teints?� Oh! malheureux sophiste que tu es, r�fl�chis donc � une chose, c�est que les hommes ne seront �gaux que lorsqu�ils seront immortels; car, lorsqu�ils seront immortels, ils seront dieux, et il n�y a que les dieux qui soient �gaux.
� Immortels! murmura Balsamo; immortels. Chim�re!
� Chim�re! s��cria Althotas. Chim�re! oui, chim�re, comme la vapeur, chim�re comme le fluide, chim�re comme tout ce qu�on cherche, qu�on n�a pas encore d�couvert et qu�on d�couvrira. Mais remue donc avec moi la poussi�re des mondes, mets � nu les unes apr�s les autres ces couches superpos�es qui chacune repr�sentent une civilisation; et dans ces couches humaines, dans ce d�tritus de royaumes, dans ces filons de si�cles, que coupe comme des tranches le fer de l�investigation moderne, que lis-tu? C�est qu�en tout temps les hommes ont cherch� ce que je cherche sous les diff�rents titres du mieux, du bien, de la perfection. Et quand cherchaient-ils cela? Au temps d�Hom�re o� les hommes vivaient deux cents ans, au temps des patriarches, quand ils vivaient huit si�cles! Ils ne l�ont pas trouv�, ce mieux, ce bien, cette perfection: car, s�ils l�eussent trouv�, ce monde d�cr�pit, ce monde serait frais, vierge et rose comme l�aube matinale. Au lieu de cela, la souffrance, le cadavre, le fumier. Est-ce doux, la souffrance? Est-ce beau, le cadavre? Est-ce d�sirable, le fumier?
� Eh bien, dit Balsamo r�pondant au vieillard, qu�une petite toux s�che venait d�interrompre; eh bien, vous dites que personne n�a trouv� encore cet �lixir de vie. Je vous dis, moi, que personne ne le trouvera. Confessez Dieu.
� Niais! personne n�a trouv� tel secret; donc, personne ne le trouvera. � ce compte, il n�y aurait jamais eu de d�couvertes. Or, crois-tu que les d�couvertes soient des choses nouvelles qu�on invente? Non, ce sont des choses oubli�es qu�on retrouve. Et pourquoi les choses une fois trouv�es s�oublient-elles? Parce que la vie est trop courte pour que l�inventeur puisse tirer de son invention toutes les d�ductions qu�elle enferme. Vingt fois, cet �lixir de vie, on a failli le trouver. Crois-tu que le Styx soit une imagination d�Hom�re? Crois-tu que cet Achille presque immortel, puisqu�il n�est vuln�rable qu�au talon, soit une fable? Non. Achille �tait l��l�ve de Chiron comme tu es le mien. Chiron veut dire sup�rieur ou pire. Chiron �tait un savant qu�on repr�sente sous la forme d�un centaure, parce que sa science avait dou� l�homme de la force et de la l�g�ret� du cheval. Eh bien! il avait � peu pr�s trouv� l��lixir d�immortalit�, lui aussi. Il ne lui manquait peut-�tre � lui aussi, comme � moi, que ces trois gouttes de sang que tu me refuses. Ces trois gouttes de sang absentes ont rendu Achille vuln�rable au talon; la mort a trouv� un passage, elle est entr�e. Oui, je le r�p�te, Chiron, l�homme universel, l�homme sup�rieur, l�homme pire, n�est qu�un autre Althotas emp�ch� par un autre Acharat de compl�ter l��uvre qui e�t sauv� l�humanit� tout enti�re, en l�arrachant � l�effet de la mal�diction divine. Eh bien! qu�as-tu � dire � cela?
� Je dis, r�pondit Balsamo, visiblement �branl�, je dis que j�ai mon �uvre et que vous avez la v�tre. Accomplissons-la, chacun de notre c�t�, et � nos risques et p�rils. Je ne vous seconderai pas par un crime.
� Par un crime?
� Oui, et quel crime encore! un de ceux qui lancent apr�s vous toute une population aboyante; un crime qui vous fait accrocher � ces potences inf�mes dont votre science n�a pas encore plus garanti les hommes sup�rieurs que les hommes pires.
Althotas frappa de ses deux mains s�ches sur la table de marbre.
� Voyons, voyons, dit-il, ne sois pas un idiot humanitaire, la pire race d�idiots qui existe au monde. Voyons, viens, et causons un peu de la loi, de ta brutale et absurde loi �crite par des animaux de ton esp�ce, que r�volte une goutte de sang vers�e intelligemment, mais qu�affriandent des torrents de liqueur vitale r�pandus sur les places publiques, au pied des remparts des villes, dans ces plaines qu�on appelle des champs de bataille; de ta loi toujours inepte et �go�ste qui sacrifie l�homme de l�avenir � l�homme pr�sent, et qui a pris pour devise: �Vive aujourd�hui! meure demain!� Causons de cette loi, veux-tu?
� Dites ce que vous avez � dire, je vous �coute, r�pondit Balsamo de plus en plus sombre.
� As-tu un crayon, une plume? Nous allons faire un petit calcul.
� Je calcule sans plume et sans crayon. Dites ce que vous avez � dire.
� Voyons ton projet. Oh! je me le rappelle� tu renverses un minist�re, tu casses les Parlements, tu �tablis des juges iniques, tu am�nes une banqueroute, tu fomentes des r�voltes, tu allumes une r�volution, tu renverses une monarchie, tu laisses s��lever un protectorat, et tu pr�cipites le protecteur.
�La R�volution t�aura donn� la libert�.
�Le protectorat, l��galit�.
�Or, les Fran�ais �tant libres et �gaux, ton �uvre est accomplie.
�N�est-ce pas cela?
� Oui; regardez-vous la chose comme impossible?
� Je ne crois pas � l�impossibilit�. Tu vois que je te fais beau jeu, moi!
� Eh bien?
� Attends; d�abord, la France n�est pas comme l�Angleterre, o� l�on fit tout ce que tu veux faire, plagiaire que tu es; la France n�est pas une terre isol�e o� l�on puisse renverser les minist�res, casser les Parlements, �tablir des juges iniques, amener une banqueroute, fomenter des r�voltes, allumer des r�volutions, renverser des monarchies, �lever des protectorats et culbuter les protecteurs, sans que les autres nations se m�lent un peu de ces mouvements. La France est soud�e � l�Europe, comme le foie aux entrailles de l�homme; elle a des racines chez toutes les autres nations, des fibres chez tous les peuples; essaye d�arracher le foie � cette grande machine qu�on appelle le continent europ�en, et pendant vingt ans, trente ans, quarante ans peut-�tre, tout le corps fr�mira; mais je cote au plus bas, et je prends vingt ans; est-ce trop, sage philosophe?
� Non, ce n�est pas trop, dit Balsamo, ce n�est pas m�me assez.
� Eh bien! moi, je m�en contente. Vingt ans de guerre, de lutte acharn�e, mortelle, incessante; voyons, je mets cela � deux cent mille morts par ann�e, ce n�est pas trop quand on se bat � la fois en Allemagne, en Italie, en Espagne, que sais-je, moi! Deux cent mille hommes par ann�e, pendant vingt ans, cela fait quatre millions d�hommes; en accordant � chaque homme dix-sept livres de sang, c�est � peu pr�s le compte de la nature, cela fait, multipliez� 17 par 4, voyons� cela fait soixante-huit millions de livres de sang vers� pour arriver � ton but. Moi, je t�en demandais trois gouttes. Dis maintenant quel est le fou, le sauvage, le cannibale de nous deux? Eh bien! tu ne r�ponds pas?
� Si fait, ma�tre, je vous r�ponds que ce ne serait rien, trois gouttes de sang, si vous �tiez s�r de r�ussir.
� Et toi, toi qui en r�pands soixante-huit millions de livres, es-tu s�r? Dis! Alors l�ve-toi, et, la main sur ton c�ur, r�ponds: �Ma�tre, moyennant ces quatre millions de cadavres, je garantis le bonheur de l�humanit�.�
� Ma�tre, dit Balsamo en �ludant la r�ponse, ma�tre, au nom du ciel, cherchez autre chose.
� Ah! tu ne r�ponds pas, tu ne r�ponds pas? s��cria Althotas triomphant.
� Vous vous abusez, ma�tre, sur l�efficacit� du moyen: il est impossible.
� Je crois que tu me conseilles, je crois que tu me nies, je crois que tu me d�mens, dit Althotas roulant avec une froide col�re ses yeux gris sous ses sourcils blancs.
� Non, ma�tre, mais je r�fl�chis, moi qui vis chacun de mes jours en contact avec les choses de ce monde, en contradiction avec les hommes, en lutte avec les princes, et non pas, comme vous, s�questr� dans un coin, indiff�rent � tout ce qui se passe, � tout ce qui se d�fend, ou � tout ce qui s�autorise, pure abstraction du savant et du citateur; moi, enfin, qui sais les difficult�s, je les signale, voil� tout.