Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Quelles notes?
� Mes notes sur M. Rousseau. Est-ce que vous croyez qu�il fait un pas sans qu�on sache o� il va?
� Ah! vraiment! Il est donc v�ritablement dangereux?
� Non, mais il est inqui�tant; un fou pareil peut se rompre � tout moment un bras ou une cuisse, et l�on dirait que c�est nous qui le lui avons cass�.
� Eh! qu�il se torde le cou une bonne fois.
� Dieu nous en garde!
� Permettez-moi de vous dire que voil� ce que je ne comprends point.
� Le peuple lapide de temps en temps ce brave Genevois; mais il se le r�serve pour lui, et, s�il recevait le moindre caillou de notre part, ce serait nous qu�on lapiderait � notre tour.
� Oh! je ne connais pas toutes ces fa�ons-l�, excusez-moi.
� Aussi userons-nous des plus minutieuses pr�cautions. Maintenant, v�rifions la seule chance qui nous reste, celle qu�il ne soit pas chez M. Rousseau. Cachez-vous au fond de la voiture.
Jean ob�it, et M. de Sartine ordonna au cocher de faire quelques pas dans la rue.
Puis il ouvrit son portefeuille et en tira quelques papiers.
� Voyons, dit-il, si votre jeune homme est avec M. Rousseau, depuis quel jour doit-il y �tre?
� Depuis le 16.
� �17. � M. Rousseau a �t� vu herborisant � six heures du matin dans le bois de Meudon; il �tait seul.�
� Il �tait seul?
� Continuons. �� deux heures de l�apr�s-midi, le m�me jour, il herborisait encore, mais avec un jeune homme.�
� Ah! ah! fit Jean.
� Avec un jeune homme, r�p�ta M. de Sartine, entendez-vous?
� C�est cela, mordieu! c�est cela.
� Hein! qu�en dites-vous? �Le jeune homme est ch�tif.�
� C�est cela.
� �Il d�vore.�
� C�est cela.
� �Les deux particuliers arrachent des plantes et les font confire dans une bo�te de fer-blanc.�
� Diable! diable! fit du Barry.
� Ce n�est pas le tout. �coutez bien: �Le soir, il a ramen� le jeune homme; � minuit, le jeune homme n��tait pas sorti de chez lui.�
� Bon.
� �18. � Le jeune homme n�a pas quitt� la maison et para�t �tre install� chez M. Rousseau.�
� J�ai encore un reste d�espoir.
� D�cid�ment, vous �tes optimiste! N�importe, faites-moi part de cet espoir.
� C�est qu�il a quelque parent dans la maison.
� Allons! il faut vous satisfaire, ou plut�t vous d�sesp�rer tout � fait. Halte! cocher.
M. de Sartine descendit. Il n�avait pas fait dix pas qu�il rencontra un homme v�tu de gris et de mine assez �quivoque.
L�homme, en apercevant l�illustre magistrat, �ta son chapeau et le remit sans para�tre attacher au salut plus d�importance, quoique le respect et le d�vouement eussent �clat� dans son regard.
M. de Sartine fit un signe, l�homme s�approcha, re�ut, l�oreille basse, quelques injonctions, et disparut sous l�all�e de Rousseau.
Le lieutenant de police remonta en voiture.
Cinq minutes apr�s, l�homme gris reparut et s�approcha de la porti�re.
� Je tourne la t�te � droite, dit du Barry, pour qu�on ne me voie pas.
M. de Sartine sourit, re�ut la confidence de son agent et le cong�dia.
� Eh bien? demanda du Barry.
� Eh bien, la chance �tait mauvaise comme je m�en doutais; c�est bien chez Rousseau que loge votre Gilbert. Renoncez-y, croyez-moi.
� Que j�y renonce?
� Oui. Vous ne voudriez pas ameuter contre nous, pour une fantaisie, tous les philosophes de Paris, n�est-ce pas?
� Oh! mon Dieu! que dira ma s�ur Jeanne?
� Elle tient donc bien � ce Gilbert? demanda M. de Sartine.
� Mais oui.
� Eh bien alors, il vous reste les moyens de douceur: usez de gentillesse, amadouez M. Rousseau, et, au lieu de se laisser enlever Gilbert malgr� lui, il vous le donnera de bonne volont�.
� Ma foi, autant vaut nous donner � apprivoiser un ours.
� C�est peut-�tre moins difficile que vous ne pensez. Voyons, ne d�sesp�rons pas; il aime les jolis visages: celui de la comtesse est des plus beaux et celui de mademoiselle Chon n�est pas d�sagr�able; voyons, la comtesse fera-t-elle un sacrifice � sa fantaisie?
� Elle en fera cent.
� Consentirait-elle � devenir amoureuse de Rousseau?
� S�il le fallait absolument�
� Ce sera peut-�tre utile; mais, pour rapprocher nos personnages l�un de l�autre, il serait besoin d�un agent interm�diaire. Connaissez-vous quelqu�un qui connaisse Rousseau?
� M. de Conti.
� Mauvais! Il se d�fie des princes. Il faudrait un homme de rien, un savant, un po�te.
� Nous ne voyons pas ces gens-l�.
� N�ai-je pas rencontr�, chez la comtesse, M. de Jussieu?
� Le botaniste?
� Oui.
� Ma foi, je crois que oui; il vient � Trianon, et la comtesse lui laisse ravager ses plates-bandes.
� Voil� votre affaire; justement Jussieu est de mes amis.
� Alors cela ira tout seul?
� � peu pr�s.
� J�aurai donc mon Gilbert?
M. de Sartine r�fl�chit un moment.
� Je commence � croire que oui, dit-il, et sans violence, sans cris; Rousseau vous le donnera pieds et poings li�s.
� Vous croyez?
� J�en suis s�r.
� Que faut-il faire pour cela?
� La moindre des choses. Vous avez bien, du c�t� de Meudon ou de Marly, un terrain vide?
� Oh! cela ne manque pas; j�en connais dix entre Luciennes et Bougival.
� Eh bien! faites-y construire� comment appellerai-je cela? une sourici�re � philosophes.
� Pla�t-il? Comment avez-vous dit cela?
� J�ai dit une sourici�re � philosophes.
� Eh! mon Dieu! comment cela se b�tit-il?
� Je vous en donnerai le plan, soyez tranquille. Et maintenant, partons vite, voil� qu�on nous regarde. Cocher, touche � l�h�tel.
Chapitre 64. Ce qui arriva � M. de la Vauguyon, pr�cepteur des enfants de France, le soir du mariage de Monseigneur le dauphin
Les grands �v�nements de l�histoire sont pour le romancier ce que sont les montagnes gigantesques pour le voyageur. Il les regarde, il tourne autour d�elles, il les salue en passant, mais il ne les franchit pas.
Ainsi allons-nous regarder, tourner et saluer cette c�r�monie imposante du mariage de la dauphine � Versailles. Le c�r�monial de France est la seule chronique que l�on doive consulter en pareil cas.
Ce n�est pas en effet dans les splendeurs du Versailles de Louis XV, dans la description des habits de cour, des livr�es, des ornements pontificaux, que notre histoire � nous, cette suivante modeste qui, par un petit chemin d�tourn�, c�toie la grand-route de l�histoire de France, trouverait � gagner quelque chose.
Laissons s�achever la c�r�monie aux rayons du soleil ardent d�un beau jour de mai; laissons les illustres convi�s se retirer en silence et se raconter ou commenter les merveilles du spectacle auquel ils viennent d�assister, et revenons � nos �v�nements et � nos personnages � nous, lesquels, historiquement, ont bien une certaine valeur.
Le roi, fatigu� de la repr�sentation et surtout du d�ner, qui avait �t� long et calqu� sur le c�r�monial du d�ner des noces de M. le grand dauphin, fils de Louis XIV, le roi se retira chez lui � neuf heures et cong�dia tout le monde, ne retenant que M. de la Vauguyon, pr�cepteur des enfants de France.
Ce duc, grand ami des j�suites, qu�il esp�rait ramener, gr�ce au cr�dit de madame du Barry, voyait une partie de sa t�che termin�e par le mariage de M. le duc de Berry.
Ce n��tait pas la plus rude partie, car il restait encore � M. le pr�cepteur des enfants de France � parfaire l��ducation de M. le comte de Provence et de M. le comte d�Artois, �g�s, � cette �poque, l�un de quinze ans, l�autre de treize. M. le comte de Provence �tait sournois et indompt�; M. le comte d�Artois, �tourdi et indomptable; et puis le dauphin, outre ses bonnes qualit�s, qui le rendaient un pr�cieux �l�ve, �tait dauphin, c�est-�-dire le premier personnage de France apr�s le roi. M. de la Vauguyon pouvait donc perdre gros en perdant sur un tel esprit l�influence que peut-�tre une femme allait conqu�rir.