Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Le roi l�appelant � rester, M. de la Vauguyon put croire que Sa Majest� comprenait cette perte et voulait l�en d�dommager par quelque r�compense. Une �ducation achev�e, d�ordinaire on gratifie le pr�cepteur.
Ce qui engagea M. le duc de la Vauguyon, homme tr�s sensible, � redoubler de sensibilit�; pendant tout le d�ner, il avait port� son mouchoir � ses yeux, pour t�moigner du regret que lui causait la perte de son �l�ve. Une fois le dessert achev�, il avait sanglot�; mais se trouvant enfin seul, il partait plus calme.
L�appel du roi tira de nouveau le mouchoir de sa poche et les larmes de ses yeux.
� Venez, mon pauvre la Vauguyon, dit le roi en s��tablissant � l�aise dans une chaise longue; venez, que nous causions.
� Je suis aux ordres de Votre Majest�, r�pondit le duc.
� Asseyez-vous l�, mon tr�s cher; vous devez �tre fatigu�.
� M�asseoir, sire?
� Oui, l�, sans fa�on, tenez.
Et Louis XV indiqua au duc un tabouret plac� de telle mani�re que les lumi�res tombassent d�aplomb sur le visage du pr�cepteur et laissassent dans l�ombre celui du roi.
� Eh bien, cher duc, dit Louis XV, voil� une �ducation faite.
� Oui, sire.
Et la Vauguyon soupira.
� Belle �ducation, sur ma foi, continua Louis XV.
� Sa Majest� est trop bonne.
� Et qui vous fait bien de l�honneur, duc.
� Sa Majest� me comble.
� M. le dauphin est, je crois, un des savants princes de l�Europe?
� Je le crois, sire.
� Bon historien?
� Tr�s bon.
� G�ographe parfait?
� Sire, M. le dauphin dresse tout seul des cartes qu�un ing�nieur ne ferait pas.
� Il tourne dans la perfection?
� Ah! sire, le compliment revient � un autre, et ce n�est pas moi qui lui ai appris cela.
� N�importe, il le sait.
� � merveille m�me.
� Et l�horlogerie, hein?� quelle dext�rit�!
� C�est prodigieux, sire.
� Depuis six mois, toutes mes horloges courent les unes apr�s les autres, comme les quatre roues d�un carrosse, sans pouvoir se rejoindre. Eh bien, c�est lui seul qui les r�gle.
� Ceci rentre dans la m�canique, sire, et je dois avouer encore que je n�y suis pour rien.
� Oui, mais les math�matiques, la navigation?
� Oh! par exemple, sire, voil� les sciences vers lesquelles j�ai toujours pouss� M. le dauphin.
� Et il y est tr�s fort. L�autre soir, je l�ai entendu parler avec M. de la Peyrouse de grelins, de haubans et de brigantines.
� Tous termes de marine� Oui, sire.
� Il en parle comme Jean Bart.
� Le fait est qu�il y est tr�s fort.
� C�est pourtant � vous qu�il doit tout cela�
� Votre Majest� me r�compense bien au del� de mes m�rites en m�attribuant une part, si l�g�re qu�elle soit, dans les avantages pr�cieux que M. le dauphin a tir�s de l��tude.
� La v�rit�, duc, est que je crois que M. le dauphin sera r�ellement un bon roi, un bon administrateur, un bon p�re de famille� � propos, monsieur le duc, r�p�ta le roi en appuyant sur ces mots, sera-t-il un bon p�re de famille?
� Eh! mais, sire, r�pondit na�vement M. de la Vauguyon, je pr�sume que, toutes les vertus �tant en germe dans le c�ur de M. le dauphin, celle-l� y doit �tre renferm�e comme les autres.
� Vous ne me comprenez pas, duc, dit Louis XV. Je vous demande s�il sera un bon p�re de famille.
� Sire, je l�avoue, je ne comprends pas Votre Majest�. Dans quel sens me fait-elle cette question?
� Mais dans le sens, dans le sens� Vous n��tes pas sans avoir lu la Bible, monsieur le duc?
� Certainement, sire, que je l�ai lue.
� Eh bien, vous connaissez les patriarches, n�est-ce pas?
� Sans doute.
� Sera-t-il un bon patriarche?
M. de la Vauguyon regarda le roi, comme s�il lui e�t parl� h�breu; et, tournant son chapeau entre ses mains:
� Sire, r�pondit-il, un grand roi est tout ce qu�il veut.
� Pardon, monsieur le duc, insista le roi, je vois que nous ne nous entendons pas tr�s bien.
� Sire, je fais cependant de mon mieux.
� Enfin, dit le roi, je vais parler plus clairement. Voyons, vous connaissez le dauphin comme votre enfant, n�est-ce pas?
� Oh! certes, sire.
� Ses go�ts?
� Oui.
� Ses passions?
� Oh! quant � ses passions, sire, c�est autre chose; monseigneur en e�t-il eu, que je les eusse extirp�es radicalement. Mais je n�ai pas eu cette peine, heureusement; monseigneur est sans passions.
� Vous avez dit heureusement?
� Sire, n�est-ce pas un bonheur?
� Ainsi, il n�en a pas?
� Des passions? Non, sire.
� Pas une?
� Pas une, j�en r�ponds.
� Eh bien, voil� justement ce que je redoutais. Le dauphin sera un tr�s bon roi, un tr�s bon administrateur, mais il ne sera jamais un bon patriarche.
� H�las! sire, vous ne m�avez aucunement recommand� de pousser M. le dauphin au patriarcat.
� Et c�est un tort que j�ai eu. J�aurais d� songer qu�il se marierait un jour. Mais, bien qu�il n�ait point de passions, vous ne le condamnez point tout � fait?
� Comment?
� Je veux dire que vous ne le jugez point incapable d�en avoir un jour.
� Sire, j�ai peur.
� Comment, vous avez peur?
� En v�rit�, dit lamentablement le pauvre duc, Votre Majest� me met au supplice.
� Monsieur de la Vauguyon, s��cria le roi, qui commen�ait � s�impatienter, je vous demande clairement si, avec passion ou sans passion, M. le duc de Berry sera un bon �poux. Je laisse de c�t� la qualification de p�re de famille et j�abandonne le patriarche.
� Eh bien, sire, voil� ce que je ne saurais pr�cis�ment dire � Votre Majest�.
� Comment, voil� ce que vous ne sauriez me dire?
� Non, sans doute, car je ne le sais pas, moi.
� Vous ne le savez pas! s��cria Louis XV avec une stup�faction qui fit osciller la perruque sur le chef de M. de la Vauguyon.
� Sire, M. le duc de Berry vivait sous le toit de Votre Majest� dans l�innocence de l�enfant qui �tudie.
� Eh! monsieur, cet enfant n��tudie plus, il se marie.
� Sire, j��tais le pr�cepteur de monseigneur�
� Justement, monsieur, il fallait donc lui apprendre tout ce qu�il doit savoir.
Et Louis XV se renversa dans son fauteuil en haussant les �paules.
� Je m�en doutais, ajouta-t-il avec un soupir.
� Mon Dieu, sire�
� Vous savez l�histoire de France, n�est-ce pas, monsieur de la Vauguyon?
� Sire, je l�ai toujours cru, et je continuerai m�me de le croire, � moins toutefois que Votre Majest� ne me dise le contraire.
� Eh bien, alors, vous devez savoir ce qui m�est arriv�, � moi, la veille de mes noces.
� Non, sire, je ne le sais pas.
� Ah! mon Dieu! mais vous ne savez donc rien?
� Si Votre Majest� voulait m�apprendre ce point qui m�est rest� inconnu?
� �coutez, et que ceci vous serve de le�on pour mes deux autres petits-fils, duc.
� J��coute, sire.
� Moi aussi, j�avais �t� �lev� comme vous avez �lev� le dauphin, sous le toit de mon grand-p�re. J�avais M. de Villeroy, un brave homme, mais un tr�s brave homme, tout comme vous, duc. Oh! s�il m�e�t laiss� plus souvent dans la soci�t� de mon oncle le r�gent! mais non, l�innocence de l��tude, comme vous dites, duc, m�avait fait n�gliger l��tude de l�innocence. Cependant, je me mariai, et, quand un roi se marie, monsieur le duc, c�est s�rieux pour le monde.
� Oh! oui, sire, je commence � comprendre.
� En v�rit�, c�est bien heureux. Je continue donc. M. le cardinal me fit sonder sur mes dispositions au patriarcat. Mes dispositions �taient parfaitement nulles, et j��tais l�-dessus d�une candeur � faire craindre que le royaume de France ne tomb�t en quenouille. Heureusement, M. le cardinal consulta M. de Richelieu l�-dessus: c��tait d�licat; mais M. de Richelieu �tait un grand ma�tre en pareille mati�re. M. de Richelieu eut une id�e lumineuse. Il y avait une demoiselle Lemaure ou Lemoure, je ne sais plus trop, laquelle faisait des tableaux admirables; on lui commanda une s�rie de sc�nes; vous comprenez?
� Non, sire.