Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Ces difficult�s, tu les vaincrais bien vite si tu voulais.
� Dites si je croyais.
� Tu ne crois donc pas?
� Non, dit Balsamo.
� Tu me tentes! tu me tentes! s��cria Althotas.
� Non, je doute.
� Eh bien, voyons; crois-tu � la mort?
� Je crois � ce qui est, or, la mort est.
Althotas haussa les �paules.
� Donc la mort est, dit-il; c�est un point que tu ne contestes pas?
� C�est une chose incontestable.
� C�est une chose infinie, invincible, n�est-ce pas? ajouta le vieux savant avec un sourire qui fit frissonner son adepte.
� Oh! oui, ma�tre, invincible, infinie surtout.
� Et quand tu vois un cadavre, la sueur te monte au front, le regret te vient au c�ur?
� La sueur ne me monte pas au front, parce que je suis familiaris� avec toutes les mis�res humaines; le regret ne me vient pas au c�ur, parce que j�estime la vie peu de chose; mais je me dis en pr�sence du cadavre: �Mort! mort! tu es puissante comme Dieu! Tu r�gnes souverainement, � mort! et nul ne pr�vaut contre toi!�
Althotas �couta Balsamo en silence et sans donner d�autre signe d�impatience que de tourmenter un scalpel entre ses doigts; et, lorsque son �l�ve eut achev� la phrase douloureuse et solennelle, le vieillard jeta en souriant un regard autour de lui, et ses yeux, si ardents, qu�il semblait que pour eux la nature ne d�t point avoir de secrets, ses yeux s�arr�t�rent sur un coin de la salle o�, couch� sur quelques brins de paille, tremblait un pauvre chien noir, le seul qui rest�t de trois animaux de m�me esp�ce qu�Althotas avait demand� pour ses exp�riences, et que Balsamo lui avait fait apporter.
� Prends ce chien, dit Althotas � Balsamo, et apporte-le sur cette table.
Balsamo ob�it; il alla prendre le chien noir et l�apporta sur le marbre.
L�animal, qui semblait pressentir sa destin�e, et qui d�j� sans doute s��tait rencontr� sous la main de l�exp�rimentateur, se mit � frissonner, � se d�battre et � hurler lorsqu�il sentit le contact du marbre.
� Eh! eh! dit Althotas, tu crois � la vie, n�est-ce pas, puisque tu crois � la mort?
� Sans doute.
� Voil� un chien qui me para�t tr�s vivant, qu�en dis-tu?
� Assur�ment, puisqu�il crie, puisqu�il se d�bat, puisqu�il a peur.
� Que c�est laid, les chiens noirs! T�che, la premi�re fois, de m�en procurer des blancs.
� J�y t�cherai.
� Ah! nous disons donc que celui-ci est vivant! Aboie, petit, ajouta le vieillard avec son rire lugubre, aboie, pour convaincre le seigneur Acharat que tu es vivant.
Et il toucha le chien du doigt sur un certain muscle, et le chien aboya, ou plut�t g�mit aussit�t.
� Bon! avance la cloche; c�est cela: introduis le chien dessous� L�!� � propos, j�oubliais de te demander � quelle mort tu crois le mieux.
� Je ne sais ce que vous voulez dire, ma�tre; la mort est la mort.
� C�est juste, tr�s juste, ce que tu viens de me dire l�, et c�est mon avis, � moi aussi. Eh bien! puisque la mort est la mort, fais le vide, Acharat.
Balsamo tourna une roue qui d�gagea par un tuyau l�air enferm� sous la cloche avec le chien, et peu � peu l�air s�enfuit avec un sifflement aigu. Le petit chien s�inqui�ta d�abord, puis il chercha, fouilla, leva la t�te, respira bruyamment et pr�cipitamment, et enfin il tomba suffoqu�, gonfl�, inanim�.
� Voil� le chien mort d�apoplexie, n�est-ce pas? dit Althotas. Une belle mort qui ne fait pas souffrir longtemps!
� Oui.
� Il est bien mort?
� Sans doute.
� Tu ne me parais pas bien convaincu, Acharat?
� Si fait, au contraire.
� Oh! c�est que tu connais mes ressources, n�est-ce pas? Tu supposes que j�ai trouv� l�insufflation, hein? cet autre probl�me qui consiste � faire circuler la vie avec l�air dans un corps intact, comme on le peut faire dans une outre qui n�est pas perc�e?
� Non, je ne suppose rien; je crois que le chien est mort, voil� tout.
� N�importe, pour plus grande s�curit�, nous allons le tuer deux fois. L�ve la cloche, Acharat.
Acharat enleva l�appareil de cristal, le chien ne bougea point; ses paupi�res �taient closes, son c�ur ne battait plus.
� Prends ce scalpel, et, tout en laissant le larynx intact, tranche-lui la colonne vert�brale.
� C�est uniquement pour vous ob�ir.
� Et aussi pour achever le pauvre animal, au cas o� il ne serait pas tout � fait mort, r�pondit Althotas avec ce sourire d�opini�tret� particulier aux vieillards.
Balsamo donna un seul coup de la lame tranchante. L�incision s�para la colonne vert�brale � deux pouces du cervelet � peu pr�s, et ouvrit une large plaie sanglante.
L�animal ou plut�t le cadavre de l�animal demeura immobile.
� Oui, ma foi, il �tait bien mort, dit Althotas; pas une fibre ne tressaille, pas un muscle ne fr�mit, pas un atome de chair ne s�insurge contre ce nouvel attentat. N�est-ce pas, il est mort, et bien mort?
� Je le reconnais autant de fois que vous d�sirerez que je le reconnaisse, dit Balsamo impatient.
� Et voil� un animal inerte, glac�, � jamais immobile. Rien ne pr�vaut contre la mort, as-tu dit. Nul n�a la puissance de rendre la vie ni m�me l�apparence de la vie � la pauvre b�te.
� Nul, si ce n�est Dieu!
� Oui, mais Dieu ne sera pas assez incons�quent pour le faire. Quand Dieu tue, comme il est la supr�me sagesse, c�est qu�il a une raison ou un b�n�fice � tuer. Un assassin, je ne sais plus comment on l�appelle, un assassin disait cela, et c��tait fort bien dit. La nature a un int�r�t dans la mort.
�Ainsi voil� un chien aussi mort que possible, et la nature a pris son int�r�t sur lui.
Althotas attacha son �il per�ant sur Balsamo. Celui-ci, fatigu� d�avoir soutenu si longtemps le radotage du vieillard, inclina la t�te pour toute r�ponse.
� Eh bien, que dirais-tu, continua Althotas, si ce chien ouvrait l��il et te regardait?
� Cela m��tonnerait beaucoup, ma�tre, r�pondit Balsamo en souriant.
� Cela t��tonnerait? Ah! c�est bien heureux!
En achevant ces paroles avec son rire faux et lugubre, le vieillard attira pr�s du chien un appareil compos� de pi�ces de m�tal s�par�es par des tampons de drap. Le drap de cet appareil trempait dans un m�lange d�eau acidul�e; les deux extr�mit�s ou les deux p�les, comme on les appelle, sortaient du baquet.
� Quel �il veux-tu qu�il ouvre, Acharat? demanda le vieillard.
� Le droit.
Les deux extr�mit�s rapproch�es, mais s�par�es l�une de l�autre par un morceau de soie, s�arr�t�rent sur un muscle du cou.
Aussit�t l��il droit du chien s�ouvrit, et regarda fixement Balsamo, qui recula effray�.
� Maintenant, passons � la gueule, veux-tu?
Balsamo ne r�pondit rien, il �tait sous l�empire d�un profond �tonnement.
Althotas toucha un autre muscle, et � la place de l��il, qui s��tait referm�, ce fut la gueule qui s�ouvrit, laissant voir les dents blanches et aigu�s, � la racine desquelles la gencive rouge fr�missait comme dans la vie.
Balsamo eut peur et ne put cacher son �motion.
� Oh! voil� qui est �trange! dit-il.
� Vois comme la mort est peu de chose, dit Althotas triomphant de la stup�faction de son �l�ve, puisqu�un pauvre vieillard comme moi, qui va lui appartenir bient�t, la fait d�vier de son inexorable chemin.
Et tout � coup, avec un rire strident et nerveux:
� Prends garde, Acharat, dit-il, voil� un chien mort qui tout � l�heure voulait te mordre, et qui maintenant va courir apr�s toi. Prends garde!
Et en effet, le chien, avec son cou tranch�, sa gueule b�ante et son �il tressaillant, se leva soudain sur ses quatre pattes, et, la t�te hideusement pendante, vacilla sur ses jambes.
Balsamo sentit ses cheveux se h�risser; la sueur lui tomba du front, et il alla � reculons se coller contre la porte d�entr�e, incertain s�il devait fuir ou demeurer.
� Allons, allons, je ne veux pas te faire mourir de peur en essayant de t�instruire, dit Althotas repoussant le cadavre et la machine, assez d�exp�riences comme cela.