Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Aussit�t le cadavre, cessant d��tre en rapport avec la pile, retomba morne et immobile comme auparavant.
� Aurais-tu cru cela de la mort, Acharat? dit le vieillard, et la croyais-tu d�aussi bonne composition, dis?
� �trange, en effet, �trange! dit Balsamo en se rapprochant.
� Tu vois qu�on peut arriver � ce que je disais, mon enfant, et que le premier pas est fait. Qu�est-ce que prolonger la vie, quand on est d�j� parvenu � annuler la mort?
� Mais on ne le sait pas encore, objecta Balsamo, car cette vie que vous lui avez rendue est une vie factice.
� Ayons du temps et nous retrouverons la vie r�elle. N�as-tu pas lu dans les po�tes romains que Cassid�e rendait la vie aux cadavres?
� Dans les po�tes, oui.
� Les Romains appelaient les po�tes vates, mon ami, n�oublie pas cela.
� Voyons, dites-moi cependant�
� Une objection encore?
� Oui. Si votre �lixir de vie �tait compos� et que vous en fissiez prendre � ce chien, il vivrait donc �ternellement?
� Sans doute.
� Et s�il tombait dans les mains d�un exp�rimentateur comme vous qui l��gorge�t?
� Bon, bon! s��cria le vieillard avec joie et en frappant ses deux mains l�une contre l�autre, voil� o� je t�attendais.
� Alors, si vous m�attendiez l�, r�pondez-moi.
� Je ne demande pas mieux.
� L��lixir emp�chera-t-il une chemin�e de tomber sur une t�te, une balle de percer un homme d�outre en outre, un cheval d�ouvrir d�un coup de pied le ventre de son cavalier?
Althotas regardait Balsamo du m�me �il qu�un spadassin doit regarder son adversaire dans un coup qui va lui permettre de le toucher.
� Non, non, non, dit-il, et tu es vraiment logicien, mon cher Acharat. Non, la chemin�e, non, la balle, non, le coup de pied de cheval, ne pourront pas �tre �vit�s tant qu�il y aura des maisons, des fusils et des chevaux.
� Il est vrai que vous ressusciterez les morts.
� Momentan�ment, oui; ind�finiment, non. Il faudrait d�abord pour cela que je trouvasse l�endroit du corps o� l��me est log�e, et cela pourrait �tre un peu long; mais j�emp�cherai cette �me de sortir du corps par la blessure qui aura �t� faite.
� Comment cela?
� En la refermant.
� M�me si cette blessure tranche une art�re?
� Sans doute.
� Ah! je voudrais voir cela.
� Eh bien, regarde, dit le vieillard.
Et, avant que Balsamo e�t pu l�arr�ter, il se piqua la veine du bras gauche avec une lancette.
Il restait si peu de sang dans le corps du vieillard, et ce sang roulait si lentement, qu�il fut quelque temps � venir aux l�vres de la plaie; mais enfin il y vint, et, ce passage ouvert, il sortit bient�t abondamment.
� Grand Dieu! s��cria Balsamo.
� Eh bien, quoi? dit Althotas.
� Vous �tes bless�, et gri�vement.
� Puisque tu es comme saint Thomas, et que tu ne crois qu�en voyant et qu�en touchant, il faut bien te faire voir, il faut bien te faire toucher.
Il prit alors une petite fiole qu�il avait plac�e � la port�e de sa main, et, en versant quelques gouttes sur la plaie:
� Regarde! dit-il.
Alors, devant cette eau presque magique, le sang s��carta, la chair se resserra, fermant la veine, et la blessure devint une piq�re trop �troite pour que cette chair coulante qu�on appelle le sang p�t s�en �chapper.
Cette fois, Balsamo regardait le vieillard avec stup�faction.
� Voil� encore ce que j�ai trouv�; qu�en dis-tu, Acharat?
� Oh! je dis, ma�tre, que vous �tes le plus savant des hommes.
� Et que, si je n�ai pas vaincu tout � fait la mort, n�est-ce pas? je lui ai du moins port� un coup dont il lui sera difficile de se relever. Vois-tu, mon fils, le corps humain a des os fragiles et qui peuvent se briser: je rendrai ces os aussi durs que l�acier. Le corps humain a du sang qui, lorsqu�il s��chappe, emm�ne avec lui la vie: j�emp�cherai que le sang ne sorte du corps. La chair est molle et facile � entamer, je la rendrai invuln�rable comme celle des paladins du Moyen �ge, sur laquelle s��moussait le fil des �p�es et le tranchant des haches. Il ne faut pour cela qu�un Althotas qui vive trois cents ans. Eh bien, donne-moi ce que je te demande, et j�en vivrai mille. Oh! mon cher Acharat, cela d�pend de toi. Rends-moi ma jeunesse, rends-moi la vigueur de mon corps, rends-moi la fra�cheur de mes id�es, et tu verras si je crains l��p�e, la balle, le mur qui croule, ou la b�te brute qui mord ou qui rue. � ma quatri�me jeunesse, Acharat, c�est-�-dire avant que j�aie v�cu l��ge de quatre hommes, j�aurai renouvel� la face de la terre, et, je te le dis, j�aurai fait pour moi et pour l�humanit� r�g�n�r�e un monde � mon usage, un monde sans chemin�es, sans �p�es, sans balles de mousquet, sans chevaux qui ruent; car alors, les hommes comprendront qu�il vaut mieux vivre, s�entraider, s�aimer, que de se d�chirer et de se d�truire.
� C�est vrai, ou du moins, c�est possible, ma�tre.
� Eh bien! apporte-moi l�enfant, alors.
� Laissez-moi r�fl�chir encore, et r�fl�chissez vous-m�me.
Althotas lan�a � son adepte un regard de souverain m�pris.
� Va! dit-il, va, je te convaincrai plus tard, et d�ailleurs, le sang de l�homme n�est pas un ingr�dient si pr�cieux qu�il ne puisse se remplacer peut-�tre par une autre mati�re. Va! je chercherai, je trouverai. Je n�ai pas besoin de toi. Va!
Balsamo frappa du pied la trappe, et descendit dans l�appartement inf�rieur, muet, immobile, et tout courb� sous le g�nie de cet homme, qui for�ait de croire aux choses impossibles, en faisant lui-m�me des choses impossibles.
Chapitre 61. Les renseignements
Cette nuit si longue, si fertile en �v�nements et que nous avons promen�e, comme le nuage des dieux mythologiques, de Saint-Denis � la Muette, de la Muette � la rue Coq-H�ron, de la rue Coq-H�ron � la rue Pl�tri�re, et de la rue Pl�tri�re � la rue Saint-Claude, cette nuit, madame du Barry l�avait employ�e � essayer de p�trir l�esprit du roi, selon ses vues, d�une politique nouvelle.
Elle avait surtout beaucoup insist� sur le danger qu�il y aurait � laisser les Choiseul gagner du terrain aupr�s de la dauphine.
Le roi avait r�pondu, en haussant les �paules, que madame la dauphine �tait une enfant et M. de Choiseul un vieux ministre; qu�en cons�quence il n�y avait pas de danger, attendu que l�une ne saurait pas travailler et que l�autre ne saurait pas amuser.
Puis, enchant� de ce bon mot, le roi avait coup� court aux explications.
Il n�en avait pas �t� de m�me de madame du Barry, qui avait cru remarquer des distractions chez le roi.
Louis XV �tait coquet. Son grand bonheur consistait � donner de la jalousie � ses ma�tresses, pourvu cependant que cette jalousie ne se traduis�t point par des querelles et des bouderies trop prolong�es.
Madame du Barry �tait jalouse, d�abord par amour-propre, ensuite par crainte. Sa position lui avait donn� trop de peine � conqu�rir, et la position �lev�e o� elle se trouvait �tait trop �loign�e de son point de d�part pour qu�elle os�t, comme madame de Pompadour, tol�rer d�autres ma�tresses au roi, et lui en chercher m�me quand Sa Majest� paraissait s�ennuyer, ce qui, on le sait, lui arrivait souvent.
Donc, madame du Barry �tant jalouse, comme nous l�avons dit, elle voulut conna�tre � fond les causes de la distraction du roi.
Le roi r�pondit ces paroles m�morables, dont il ne pensait pas un seul mot:
� Je m�occupe beaucoup du bonheur de ma bru, et je ne sais vraiment si M. le dauphin lui donnera tout le bonheur.
� Et pourquoi pas, sire?
� Parce que M. Louis, � Compi�gne, � Saint-Denis et � la Muette, m�a paru regarder beaucoup les autres femmes et tr�s peu la sienne.
� En v�rit�, sire, si Votre Majest� elle-m�me ne me disait une pareille chose, je ne le croirais pas: madame la dauphine est jolie, cependant.
� Elle est un peu maigre.
� Elle est si jeune!
� Bon! voyez mademoiselle de Taverney, elle a l��ge de l�archiduchesse.
� Eh bien?
� Eh bien, elle est parfaitement belle.
Un �clair brilla dans les yeux de la comtesse et avertit le roi de son �tourderie.