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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Mais vous-m�me, ch�re comtesse, reprit vivement le roi, vous qui parlez, � seize ans vous �tiez ronde, j�en suis s�r, comme les berg�res de notre ami Boucher.

Cette petite adulation raccommoda un peu les choses; cependant, le coup avait port�.

Aussi madame du Barry prit-elle l�offensive en minaudant.

� Ah ��! dit-elle, elle est donc bien belle, cette demoiselle de Taverney?

� Eh! le sais-je? dit Louis XV.

� Comment! vous la vantez et vous ne savez pas, dites-vous, si elle est belle?

� Je sais qu�elle n�est pas maigre, voil� tout.

� Donc, vous l�avez vue et examin�e.

� Ah! ch�re comtesse, vous me poussez dans des traquenards. Vous savez que j�ai la vue basse. Une masse me frappe, au diable les d�tails. Chez madame la dauphine, j�ai vu des os, voil� tout.

� Et, chez mademoiselle de Taverney, vous avez vu des masses, comme vous dites; car madame la dauphine est une beaut� distingu�e, et mademoiselle de Taverney est une beaut� vulgaire.

� Allons donc! dit le roi; � ce compte, Jeanne, vous ne seriez donc pas une beaut� distingu�e? Vous vous moquez, je crois.

� Bon! un compliment, dit tout bas la comtesse; malheureusement, ce compliment sert d�enveloppe � un autre compliment qui n�est point pour moi.

Puis, tout haut:

� Ma foi, dit-elle, je serais bien contente que madame la dauphine se chois�t des dames d�honneur un peu rago�tantes; c�est affreux, une cour de vieilles femmes.

� � qui le dites-vous, ch�re amie? Je le r�p�tais encore hier au dauphin; mais la chose lui est indiff�rente, � ce mari-l�.

� Et pour commencer, tenez, si elle prenait cette demoiselle de Taverney?

� Mais on la prend, je crois, r�pondit Louis XV.

� Ah! vous savez cela, sire?

� Je crois l�avoir entendu dire, du moins.

� C�est une fille sans fortune.

� Oui, mais elle est n�e. Ces Taverney-Maison-Rouge sont de bonne maison et d�anciens serviteurs.

� Qui les pousse?

� Je n�en sais rien. Mais je les crois gueux, comme vous dites.

� Alors ce n�est pas M. de Choiseul, car ils cr�veraient de pensions.

� Comtesse, comtesse, ne parlons pas politique, je vous en supplie.

� C�est donc parler politique de dire que les Choiseul vous ruinent?

� Certainement, dit le roi.

Et il se leva.

Une heure apr�s, Sa Majest� avait regagn� le grand Trianon, toute joyeuse d�avoir inspir� de la jalousie, mais en redisant � demi-voix, comme e�t pu le faire M. de Richelieu � trente ans:

� En v�rit�, c�est bien ennuyeux, les femmes jalouses!

Aussit�t le roi parti, madame du Barry se leva � son tour et passa dans son boudoir, o� l�attendait Chon, impatiente de savoir des nouvelles.

� Eh bien, dit-elle, tu as eu un fier succ�s ces jours-ci: pr�sent�e avant hier � la dauphine, admise � sa table hier.

� C�est vrai. Eh bien, la belle affaire!

� Comment! la belle affaire? Sais-tu qu�il y a � cette heure cent voitures courant apr�s ton sourire du matin sur la route de Luciennes?

� J�en suis f�ch�e.

� Pourquoi cela?

� Parce que c�est du temps perdu; ni voiture ni gens n�auront mon sourire ce matin.

� Oh! oh! comtesse, le temps est � l�orage?

� Oui, ma foi! Mon chocolat, vite, mon chocolat!

Chon sonna.

Zamore parut.

� Mon chocolat, fit la comtesse.

Zamore partit lentement, comptant ses pas et faisant le gros dos.

� Ce dr�le-l� veut donc me faire mourir de faim! cria la comtesse; cent coups de fouet, s�il ne court pas.

� Moi pas courir, moi gouverneur! dit majestueusement Zamore.

� Ah! toi gouverneur! dit la comtesse saisissant une petite cravache � pomme de vermeil, destin�e � maintenir la paix entre les �pagneuls et les griffons de la comtesse; ah! toi gouverneur! attends, attends, tu vas voir, gouverneur!

Zamore, � cette vue, prit sa course en �branlant toutes les cloisons et en poussant de grands cris.

� Mais vous �tes f�roce aujourd�hui, Jeanne, dit Chon.

� J�en ai le droit, n�est-ce pas?

� Oh! � merveille. Mais je vous laisse, ma ch�re.

� Pourquoi cela?

� J�ai peur que vous ne me d�voriez.

Trois coups retentirent � la porte du boudoir.

� Bon! qui frappe maintenant? dit la comtesse avec impatience.

� Celui-l� va �tre bien re�u! murmura Chon.

� Il vaudrait mieux que je fusse mal re�u, moi, dit Jean en poussant la porte avec une ampleur toute royale.

� Eh bien, qu�arriverait-il si vous �tiez mal re�u? car enfin ce serait possible.

� Il arriverait, dit Jean, que je ne reviendrais plus.

� Apr�s?

� Et que vous auriez perdu plus que moi � me mal recevoir.

� Impertinent!

� Bon! voil� que l�on est impertinent parce qu�on n�est pas flatteur� Qu�a t-elle donc ce matin, grande Chon?

� Ne m�en parle pas, Jean, elle est inabordable. Ah! voil� le chocolat.

� Eh bien, ne l�abordons pas. Bonjour, mon chocolat, dit Jean en prenant le plateau; comment te portes-tu, mon chocolat?

Et il alla poser le plateau dans un coin sur une petite table devant laquelle il s�assit.

� Viens, Chon, dit-il, viens; ceux qui sont trop fiers n�en auront pas.

� Ah! vous �tes charmants, vous autres, dit la comtesse voyant Chon faire signe de la t�te � Jean qu�il pouvait d�jeuner tout seul, vous faites les susceptibles et vous ne voyez pas que je souffre.

� Qu�as-tu donc? demanda Chon en se rapprochant.

� Non, s��cria la comtesse, mais c�est qu�il n�y en a pas un d�eux qui songe � ce qui m�occupe.

� Et quelle chose vous occupe donc? Dites.

Jean ne bougea point; il faisait ses tartines.

� Manquerais-tu d�argent? demanda Chon.

� Oh! quant � cela, dit la comtesse, le roi en manquera avant moi.

� Alors, pr�te-moi mille louis, dit Jean: j�en ai grand besoin.

� Mille croquignoles sur votre gros nez rouge.

� Le roi garde donc d�cid�ment cet abominable Choiseul? demanda Chon.

� Belle nouvelle! vous savez bien qu�ils sont inamovibles.

� Alors il est donc amoureux de la dauphine?

� Ah! vous vous rapprochez, c�est heureux; mais voyez donc ce butor, qui se cr�ve de chocolat, et qui ne remue pas seulement le petit doigt pour venir � mon secours. Oh! ces deux �tres-l� me feront mourir de chagrin.

Jean, sans s�occuper le moins du monde de l�orage grondant derri�re lui, fendit un second pain, le bourra de beurre et se versa une seconde tasse.

� Comment! le roi est amoureux? s��cria Chon.

Madame du Barry fit un signe de t�te qui voulait dire: �Vous y �tes.�

� Et de la dauphine? continua Chon en joignant les mains. Eh bien, tant mieux, il ne sera pas incestueux, je suppose, et vous voil� tranquille; mieux vaut qu�il soit amoureux de celle-l� que d�une autre.

� Et s�il n�est pas amoureux de celle-l�, mais d�une autre?

� Bon! fit Chon en p�lissant. Oh! mon Dieu, mon Dieu! que me dis-tu l�?

� Oui, trouve-toi mal maintenant, il ne nous manque plus que cela.

� Ah! mais s�il en est ainsi, murmura Chon, nous sommes perdus! Et tu souffres cela, Jeanne? Mais de qui donc est-il amoureux?

� Demande-le � monsieur ton fr�re, qui est violet de chocolat et qui va �touffer ici; il te le dira, lui, car il le sait, ou du moins il s�en doute.

Jean leva la t�te.

� On me parle? dit-il.

� Oui, monsieur l�empress�, oui, monsieur l�utile, dit Jeanne, on vous demande le nom de la personne qui occupe le roi.

Jean se remplit herm�tiquement la bouche, et, avec un effort qui leur donna p�niblement passage, il pronon�a ces trois mots:

� Mademoiselle de Taverney.

� Mademoiselle de Taverney! cria Chon. Ah! mis�ricorde!

� Il le sait, le bourreau, hurla la comtesse en se renversant sur le dossier de son fauteuil et en levant les bras au ciel, il le sait et il mange!

� Oh! fit Chon quittant visiblement le parti de son fr�re pour passer dans le camp de sa s�ur.

� En v�rit�, s��cria la comtesse, je ne sais � quoi tient que je ne lui arrache pas ses deux gros vilains yeux tout bouffis encore de sommeil, le paresseux! Il se l�ve, ma ch�re, il se l�ve!

� Vous vous trompez, dit Jean, je ne me suis pas couch�.

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