Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Mais vous-m�me, ch�re comtesse, reprit vivement le roi, vous qui parlez, � seize ans vous �tiez ronde, j�en suis s�r, comme les berg�res de notre ami Boucher.
Cette petite adulation raccommoda un peu les choses; cependant, le coup avait port�.
Aussi madame du Barry prit-elle l�offensive en minaudant.
� Ah ��! dit-elle, elle est donc bien belle, cette demoiselle de Taverney?
� Eh! le sais-je? dit Louis XV.
� Comment! vous la vantez et vous ne savez pas, dites-vous, si elle est belle?
� Je sais qu�elle n�est pas maigre, voil� tout.
� Donc, vous l�avez vue et examin�e.
� Ah! ch�re comtesse, vous me poussez dans des traquenards. Vous savez que j�ai la vue basse. Une masse me frappe, au diable les d�tails. Chez madame la dauphine, j�ai vu des os, voil� tout.
� Et, chez mademoiselle de Taverney, vous avez vu des masses, comme vous dites; car madame la dauphine est une beaut� distingu�e, et mademoiselle de Taverney est une beaut� vulgaire.
� Allons donc! dit le roi; � ce compte, Jeanne, vous ne seriez donc pas une beaut� distingu�e? Vous vous moquez, je crois.
� Bon! un compliment, dit tout bas la comtesse; malheureusement, ce compliment sert d�enveloppe � un autre compliment qui n�est point pour moi.
Puis, tout haut:
� Ma foi, dit-elle, je serais bien contente que madame la dauphine se chois�t des dames d�honneur un peu rago�tantes; c�est affreux, une cour de vieilles femmes.
� � qui le dites-vous, ch�re amie? Je le r�p�tais encore hier au dauphin; mais la chose lui est indiff�rente, � ce mari-l�.
� Et pour commencer, tenez, si elle prenait cette demoiselle de Taverney?
� Mais on la prend, je crois, r�pondit Louis XV.
� Ah! vous savez cela, sire?
� Je crois l�avoir entendu dire, du moins.
� C�est une fille sans fortune.
� Oui, mais elle est n�e. Ces Taverney-Maison-Rouge sont de bonne maison et d�anciens serviteurs.
� Qui les pousse?
� Je n�en sais rien. Mais je les crois gueux, comme vous dites.
� Alors ce n�est pas M. de Choiseul, car ils cr�veraient de pensions.
� Comtesse, comtesse, ne parlons pas politique, je vous en supplie.
� C�est donc parler politique de dire que les Choiseul vous ruinent?
� Certainement, dit le roi.
Et il se leva.
Une heure apr�s, Sa Majest� avait regagn� le grand Trianon, toute joyeuse d�avoir inspir� de la jalousie, mais en redisant � demi-voix, comme e�t pu le faire M. de Richelieu � trente ans:
� En v�rit�, c�est bien ennuyeux, les femmes jalouses!
Aussit�t le roi parti, madame du Barry se leva � son tour et passa dans son boudoir, o� l�attendait Chon, impatiente de savoir des nouvelles.
� Eh bien, dit-elle, tu as eu un fier succ�s ces jours-ci: pr�sent�e avant hier � la dauphine, admise � sa table hier.
� C�est vrai. Eh bien, la belle affaire!
� Comment! la belle affaire? Sais-tu qu�il y a � cette heure cent voitures courant apr�s ton sourire du matin sur la route de Luciennes?
� J�en suis f�ch�e.
� Pourquoi cela?
� Parce que c�est du temps perdu; ni voiture ni gens n�auront mon sourire ce matin.
� Oh! oh! comtesse, le temps est � l�orage?
� Oui, ma foi! Mon chocolat, vite, mon chocolat!
Chon sonna.
Zamore parut.
� Mon chocolat, fit la comtesse.
Zamore partit lentement, comptant ses pas et faisant le gros dos.
� Ce dr�le-l� veut donc me faire mourir de faim! cria la comtesse; cent coups de fouet, s�il ne court pas.
� Moi pas courir, moi gouverneur! dit majestueusement Zamore.
� Ah! toi gouverneur! dit la comtesse saisissant une petite cravache � pomme de vermeil, destin�e � maintenir la paix entre les �pagneuls et les griffons de la comtesse; ah! toi gouverneur! attends, attends, tu vas voir, gouverneur!
Zamore, � cette vue, prit sa course en �branlant toutes les cloisons et en poussant de grands cris.
� Mais vous �tes f�roce aujourd�hui, Jeanne, dit Chon.
� J�en ai le droit, n�est-ce pas?
� Oh! � merveille. Mais je vous laisse, ma ch�re.
� Pourquoi cela?
� J�ai peur que vous ne me d�voriez.
Trois coups retentirent � la porte du boudoir.
� Bon! qui frappe maintenant? dit la comtesse avec impatience.
� Celui-l� va �tre bien re�u! murmura Chon.
� Il vaudrait mieux que je fusse mal re�u, moi, dit Jean en poussant la porte avec une ampleur toute royale.
� Eh bien, qu�arriverait-il si vous �tiez mal re�u? car enfin ce serait possible.
� Il arriverait, dit Jean, que je ne reviendrais plus.
� Apr�s?
� Et que vous auriez perdu plus que moi � me mal recevoir.
� Impertinent!
� Bon! voil� que l�on est impertinent parce qu�on n�est pas flatteur� Qu�a t-elle donc ce matin, grande Chon?
� Ne m�en parle pas, Jean, elle est inabordable. Ah! voil� le chocolat.
� Eh bien, ne l�abordons pas. Bonjour, mon chocolat, dit Jean en prenant le plateau; comment te portes-tu, mon chocolat?
Et il alla poser le plateau dans un coin sur une petite table devant laquelle il s�assit.
� Viens, Chon, dit-il, viens; ceux qui sont trop fiers n�en auront pas.
� Ah! vous �tes charmants, vous autres, dit la comtesse voyant Chon faire signe de la t�te � Jean qu�il pouvait d�jeuner tout seul, vous faites les susceptibles et vous ne voyez pas que je souffre.
� Qu�as-tu donc? demanda Chon en se rapprochant.
� Non, s��cria la comtesse, mais c�est qu�il n�y en a pas un d�eux qui songe � ce qui m�occupe.
� Et quelle chose vous occupe donc? Dites.
Jean ne bougea point; il faisait ses tartines.
� Manquerais-tu d�argent? demanda Chon.
� Oh! quant � cela, dit la comtesse, le roi en manquera avant moi.
� Alors, pr�te-moi mille louis, dit Jean: j�en ai grand besoin.
� Mille croquignoles sur votre gros nez rouge.
� Le roi garde donc d�cid�ment cet abominable Choiseul? demanda Chon.
� Belle nouvelle! vous savez bien qu�ils sont inamovibles.
� Alors il est donc amoureux de la dauphine?
� Ah! vous vous rapprochez, c�est heureux; mais voyez donc ce butor, qui se cr�ve de chocolat, et qui ne remue pas seulement le petit doigt pour venir � mon secours. Oh! ces deux �tres-l� me feront mourir de chagrin.
Jean, sans s�occuper le moins du monde de l�orage grondant derri�re lui, fendit un second pain, le bourra de beurre et se versa une seconde tasse.
� Comment! le roi est amoureux? s��cria Chon.
Madame du Barry fit un signe de t�te qui voulait dire: �Vous y �tes.�
� Et de la dauphine? continua Chon en joignant les mains. Eh bien, tant mieux, il ne sera pas incestueux, je suppose, et vous voil� tranquille; mieux vaut qu�il soit amoureux de celle-l� que d�une autre.
� Et s�il n�est pas amoureux de celle-l�, mais d�une autre?
� Bon! fit Chon en p�lissant. Oh! mon Dieu, mon Dieu! que me dis-tu l�?
� Oui, trouve-toi mal maintenant, il ne nous manque plus que cela.
� Ah! mais s�il en est ainsi, murmura Chon, nous sommes perdus! Et tu souffres cela, Jeanne? Mais de qui donc est-il amoureux?
� Demande-le � monsieur ton fr�re, qui est violet de chocolat et qui va �touffer ici; il te le dira, lui, car il le sait, ou du moins il s�en doute.
Jean leva la t�te.
� On me parle? dit-il.
� Oui, monsieur l�empress�, oui, monsieur l�utile, dit Jeanne, on vous demande le nom de la personne qui occupe le roi.
Jean se remplit herm�tiquement la bouche, et, avec un effort qui leur donna p�niblement passage, il pronon�a ces trois mots:
� Mademoiselle de Taverney.
� Mademoiselle de Taverney! cria Chon. Ah! mis�ricorde!
� Il le sait, le bourreau, hurla la comtesse en se renversant sur le dossier de son fauteuil et en levant les bras au ciel, il le sait et il mange!
� Oh! fit Chon quittant visiblement le parti de son fr�re pour passer dans le camp de sa s�ur.
� En v�rit�, s��cria la comtesse, je ne sais � quoi tient que je ne lui arrache pas ses deux gros vilains yeux tout bouffis encore de sommeil, le paresseux! Il se l�ve, ma ch�re, il se l�ve!
� Vous vous trompez, dit Jean, je ne me suis pas couch�.