Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
En effet, Jean paraissait radieux.
Les deux hommes se serr�rent la main.
� Eh bien! vicomte, demanda M. de Sartine, qui vous a amen� si matin?
� D�abord, r�pliqua Jean habitu� avant toute chose � flatter l�amour-propre des gens qu�il avait besoin de m�nager, d�abord j��prouve le besoin de vous complimenter sur la belle ordonnance de votre f�te d�hier.
� Ah! merci. Est-ce officiellement?
� Officiellement, quant � Luciennes.
� C�est tout ce qu�il me faut. N�est-ce pas l� que le soleil se l�ve?
� Et qu�il se couche quelquefois m�me.
Et du Barry se mit � �clater de ce gros rire assez vulgaire, mais qui donnait � son personnage la bonhomie dont souvent il avait besoin.
� Mais, outre les compliments que j�ai � vous faire, je viens encore vous demander un service.
� Deux, s�ils sont possibles.
� Oh! vous allez me dire cela tout de suite. Quand une chose est perdue � Paris, y a-t-il quelque esp�rance de la retrouver?
� Si elle ne vaut rien ou si elle vaut beaucoup, oui.
� Ce que je cherche ne vaut pas grand-chose, dit Jean en secouant la t�te.
� Que cherchez-vous?
� Je cherche un petit gar�on de dix-huit ans � peu pr�s.
M. de Sartine allongea la main vers un papier, prit un crayon et �crivit.
� Dix-huit ans. Comment s�appelle-t-il, votre petit gar�on?
� Gilbert.
� Que fait-il?
� Le moins qu�il peut, je suppose.
� D�o� vient-il?
� De la Lorraine.
� O� �tait-il?
� Au service des Taverney.
� Ils l�ont amen� avec eux?
� Non, ma s�ur Chon l�a ramass� sur la grande route, crevant de faim; elle l�a recueilli dans sa voiture et amen� � Luciennes, et l��
� Eh bien, l�?
� Je crains que le dr�le n�ait abus� de l�hospitalit�.
� Il a vol�?
� Je ne dis pas cela.
� Mais enfin�
� Je dis qu�il a pris la fuite d�une �trange fa�on.
� Maintenant, vous voulez le ravoir?
� Oui.
� Avez-vous quelque id�e de l�endroit o� il peut �tre?
� Je l�ai rencontr� aujourd�hui � la fontaine qui fait le coin de la rue Pl�tri�re, et j�ai tout lieu de penser qu�il demeure dans la rue. � la rigueur m�me, je crois que je pourrais d�signer la maison�
� Eh bien, mais, si vous connaissez la maison, rien n�est plus facile que de l�y faire prendre, dans cette maison. Qu�en voulez-vous faire, une fois que vous le tiendrez? Le faire mettre � Charenton, � Bic�tre?
� Non, pas pr�cis�ment.
� Oh! tout ce que vous voudrez, mon Dieu; ne vous g�nez pas.
� Non, ce gar�on, au contraire, plaisait � ma s�ur, et elle e�t aim� � le garder pr�s d�elle; il est intelligent. Eh bien, si avec de la douceur on pouvait le lui ramener, ce serait charmant.
� On essayera. Vous n�avez fait aucune question rue Pl�tri�re pour savoir chez qui il �tait?
� Oh! non, vous comprenez que je n�ai pas voulu me faire remarquer, compromettre la position; il m�avait aper�u et s��tait sauv� comme si le diable l�emportait; s�il e�t su que je connaissais sa retraite, peut-�tre e�t-il d�m�nag�.
� C�est juste. Rue Pl�tri�re, dites-vous? au bout, au milieu, au commencement de la rue?
� Au tiers � peu pr�s.
� Soyez tranquille, je vais vous envoyer l� un homme adroit.
� Ah! cher lieutenant, un homme adroit, si adroit qu�il soit, parlera toujours un peu.
� Non; chez nous, on ne parle pas.
� Le petit est fin comme l�ambre.
� Ah! je comprends: pardon de n�y �tre point arriv� plus t�t; vous voudriez que moi-m�me?� Au fait, vous avez raison� ce sera mieux� car il y a peut-�tre l�-dedans des difficult�s dont vous ne vous doutez pas.
Jean, quoique persuad� que le magistrat voulait se faire un peu valoir, ne lui �ta rien de l�importance de son r�le.
Il ajouta m�me:
� C�est justement � cause de ces difficult�s que vous pressentez que je d�sire de vous avoir en personne.
M. de Sartine sonna son valet de chambre.
� Qu�on mette les chevaux, dit-il.
� J�ai une voiture, dit Jean.
� Merci, j�aime mieux la mienne; la mienne n�a pas d�armoiries, elle tient le milieu entre un fiacre et un carrosse. C�est une voiture qu�on repeint tous les mois, et qui est difficilement reconnue par cette raison. Maintenant, pendant qu�on attelle, permettez que je m�assure si mes perruques neuves vont � ma t�te.
� Faites, dit Jean.
M. de Sartine appela son perruquier: c��tait un artiste, et il apportait � son client une v�ritable collection de perruques; il y en avait de toutes les formes, de toutes les couleurs et de toutes les dimensions: perruques de robin, perruques d�avocat, perruques de traitant, perruques � la cavali�re. M. de Sartine, pour les explorations, changeait parfois de costume trois ou quatre fois par jour, et il tenait essentiellement � la r�gularit� du costume.
Comme le magistrat essayait sa vingt-quatri�me perruque, on vint lui dire que la voiture �tait attel�e.
� Vous reconna�trez bien la maison? demanda M. de Sartine � Jean.
� Pardieu! je la vois d�ici.
� Vous avez examin� l�entr�e?
� C�est la premi�re chose � laquelle j�ai song�.
� Et comment cette entr�e est-elle faite?
� Une all�e.
� Ah! une all�e au tiers de la rue, avez-vous dit?
� Oui, avec porte � secret.
� Avec porte � secret! diable! Savez-vous l��tage o� demeure votre fugitif?
� Dans les mansardes. Mais, d�ailleurs, vous allez voir, car j�aper�ois la fontaine.
� Au pas, cocher, dit M. de Sartine.
Le cocher mod�ra sa course; M. de Sartine leva les glaces.
� Tenez, dit Jean, c�est cette maison sale.
� Ah! justement! s��cria M. de Sartine en frappant dans ses mains, voil� ce que je craignais.
� Comment! vous craignez quelque chose?
� H�las! oui.
� Et que craignez-vous?
� Vous avez du malheur.
� Expliquez-vous.
� Eh bien, cette maison sale o� demeure votre fugitif, est justement la maison de M. Rousseau, de Gen�ve.
� Rousseau l�auteur?
� Oui.
� Eh bien, que vous importe?
� Comment! que m�importe? Ah! l�on voit bien que vous n��tes pas lieutenant de police et que vous n�avez point affaire aux philosophes.
� Ah! bah! Gilbert chez M. Rousseau, quelle probabilit�?�
� N�avez-vous pas dit que votre jeune homme �tait un philosophe?
� Oui.
� Eh bien, qui se ressemble s�assemble.
� Enfin supposons qu�il soit chez M. Rousseau.
� Oui, supposons cela.
� Qu�en r�sultera-t-il?
� Que vous ne l�aurez point, pardieu!
� Parce que?
� Parce que M. Rousseau est un homme fort � craindre.
� Pourquoi ne le mettez-vous point � la Bastille?
� Je l�ai propos� l�autre jour au roi, il n�a point os�.
� Comment! il n�a point os�?
� Non, il a voulu me laisser la responsabilit� de cette arrestation, et, ma foi, je n�ai pas �t� plus brave que le roi.
� En v�rit�!
� C�est comme je vous le dis; on y regarde � deux fois, je vous jure, avant de se faire mordre les chausses par toutes ces m�choires philosophiques. Peste! un enl�vement chez M. Rousseau, non pas, mon cher ami, non pas.
� En v�rit�, mon cher magistrat, je vous trouve d�une timidit� �trange; le roi n�est-il pas le roi, et vous son lieutenant de police?
� En v�rit�, vous �tes charmants, vous autres bourgeois. Quand vous avez dit: �Le roi n�est-il pas le roi?� vous croyez avoir tout dit. Eh bien, �coutez ceci, mon cher vicomte. J�aimerais mieux vous enlever de chez madame du Barry que de retirer votre M. Gilbert de chez M. Rousseau.
� Vraiment! merci de la pr�f�rence.
� Ah! ma foi, oui, l�on crierait moins. Vous n�avez pas l�id�e comme ces gens de lettres ont l��piderme sensible; ils crient pour la moindre �corchure comme si on les rouait.
� Mais ne nous cr�ons-nous pas des fant�mes? Voyons, est-il bien s�r que M. Rousseau ait recueilli notre fugitif? Cette maison � quatre �tages lui appartient-elle et l�habite-t-il seul?
� M. Rousseau ne poss�de pas un denier, et par cons�quent n�a pas de maison � Paris; peut-�tre y a-t-il, outre lui, quinze ou vingt locataires dans cette baraque. Mais prenez ceci pour r�gle de conduite: toutes les fois qu�un malheur se pr�sente avec quelque probabilit�, comptez-y; si c�est un bonheur, n�y comptez pas. Il y a toujours quatre-vingt-dix-neuf chances pour le mal et une seule pour le bien. Mais, au fait, attendez; comme je me doutais de ce qui nous arrive, j�ai pris des notes.