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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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En effet, Jean paraissait radieux.

Les deux hommes se serr�rent la main.

� Eh bien! vicomte, demanda M. de Sartine, qui vous a amen� si matin?

� D�abord, r�pliqua Jean habitu� avant toute chose � flatter l�amour-propre des gens qu�il avait besoin de m�nager, d�abord j��prouve le besoin de vous complimenter sur la belle ordonnance de votre f�te d�hier.

� Ah! merci. Est-ce officiellement?

� Officiellement, quant � Luciennes.

� C�est tout ce qu�il me faut. N�est-ce pas l� que le soleil se l�ve?

� Et qu�il se couche quelquefois m�me.

Et du Barry se mit � �clater de ce gros rire assez vulgaire, mais qui donnait � son personnage la bonhomie dont souvent il avait besoin.

� Mais, outre les compliments que j�ai � vous faire, je viens encore vous demander un service.

� Deux, s�ils sont possibles.

� Oh! vous allez me dire cela tout de suite. Quand une chose est perdue � Paris, y a-t-il quelque esp�rance de la retrouver?

� Si elle ne vaut rien ou si elle vaut beaucoup, oui.

� Ce que je cherche ne vaut pas grand-chose, dit Jean en secouant la t�te.

� Que cherchez-vous?

� Je cherche un petit gar�on de dix-huit ans � peu pr�s.

M. de Sartine allongea la main vers un papier, prit un crayon et �crivit.

� Dix-huit ans. Comment s�appelle-t-il, votre petit gar�on?

� Gilbert.

� Que fait-il?

� Le moins qu�il peut, je suppose.

� D�o� vient-il?

� De la Lorraine.

� O� �tait-il?

� Au service des Taverney.

� Ils l�ont amen� avec eux?

� Non, ma s�ur Chon l�a ramass� sur la grande route, crevant de faim; elle l�a recueilli dans sa voiture et amen� � Luciennes, et l��

� Eh bien, l�?

� Je crains que le dr�le n�ait abus� de l�hospitalit�.

� Il a vol�?

� Je ne dis pas cela.

� Mais enfin�

� Je dis qu�il a pris la fuite d�une �trange fa�on.

� Maintenant, vous voulez le ravoir?

� Oui.

� Avez-vous quelque id�e de l�endroit o� il peut �tre?

� Je l�ai rencontr� aujourd�hui � la fontaine qui fait le coin de la rue Pl�tri�re, et j�ai tout lieu de penser qu�il demeure dans la rue. � la rigueur m�me, je crois que je pourrais d�signer la maison�

� Eh bien, mais, si vous connaissez la maison, rien n�est plus facile que de l�y faire prendre, dans cette maison. Qu�en voulez-vous faire, une fois que vous le tiendrez? Le faire mettre � Charenton, � Bic�tre?

� Non, pas pr�cis�ment.

� Oh! tout ce que vous voudrez, mon Dieu; ne vous g�nez pas.

� Non, ce gar�on, au contraire, plaisait � ma s�ur, et elle e�t aim� � le garder pr�s d�elle; il est intelligent. Eh bien, si avec de la douceur on pouvait le lui ramener, ce serait charmant.

� On essayera. Vous n�avez fait aucune question rue Pl�tri�re pour savoir chez qui il �tait?

� Oh! non, vous comprenez que je n�ai pas voulu me faire remarquer, compromettre la position; il m�avait aper�u et s��tait sauv� comme si le diable l�emportait; s�il e�t su que je connaissais sa retraite, peut-�tre e�t-il d�m�nag�.

� C�est juste. Rue Pl�tri�re, dites-vous? au bout, au milieu, au commencement de la rue?

� Au tiers � peu pr�s.

� Soyez tranquille, je vais vous envoyer l� un homme adroit.

� Ah! cher lieutenant, un homme adroit, si adroit qu�il soit, parlera toujours un peu.

� Non; chez nous, on ne parle pas.

� Le petit est fin comme l�ambre.

� Ah! je comprends: pardon de n�y �tre point arriv� plus t�t; vous voudriez que moi-m�me?� Au fait, vous avez raison� ce sera mieux� car il y a peut-�tre l�-dedans des difficult�s dont vous ne vous doutez pas.

Jean, quoique persuad� que le magistrat voulait se faire un peu valoir, ne lui �ta rien de l�importance de son r�le.

Il ajouta m�me:

� C�est justement � cause de ces difficult�s que vous pressentez que je d�sire de vous avoir en personne.

M. de Sartine sonna son valet de chambre.

� Qu�on mette les chevaux, dit-il.

� J�ai une voiture, dit Jean.

� Merci, j�aime mieux la mienne; la mienne n�a pas d�armoiries, elle tient le milieu entre un fiacre et un carrosse. C�est une voiture qu�on repeint tous les mois, et qui est difficilement reconnue par cette raison. Maintenant, pendant qu�on attelle, permettez que je m�assure si mes perruques neuves vont � ma t�te.

� Faites, dit Jean.

M. de Sartine appela son perruquier: c��tait un artiste, et il apportait � son client une v�ritable collection de perruques; il y en avait de toutes les formes, de toutes les couleurs et de toutes les dimensions: perruques de robin, perruques d�avocat, perruques de traitant, perruques � la cavali�re. M. de Sartine, pour les explorations, changeait parfois de costume trois ou quatre fois par jour, et il tenait essentiellement � la r�gularit� du costume.

Comme le magistrat essayait sa vingt-quatri�me perruque, on vint lui dire que la voiture �tait attel�e.

� Vous reconna�trez bien la maison? demanda M. de Sartine � Jean.

� Pardieu! je la vois d�ici.

� Vous avez examin� l�entr�e?

� C�est la premi�re chose � laquelle j�ai song�.

� Et comment cette entr�e est-elle faite?

� Une all�e.

� Ah! une all�e au tiers de la rue, avez-vous dit?

� Oui, avec porte � secret.

� Avec porte � secret! diable! Savez-vous l��tage o� demeure votre fugitif?

� Dans les mansardes. Mais, d�ailleurs, vous allez voir, car j�aper�ois la fontaine.

� Au pas, cocher, dit M. de Sartine.

Le cocher mod�ra sa course; M. de Sartine leva les glaces.

� Tenez, dit Jean, c�est cette maison sale.

� Ah! justement! s��cria M. de Sartine en frappant dans ses mains, voil� ce que je craignais.

� Comment! vous craignez quelque chose?

� H�las! oui.

� Et que craignez-vous?

� Vous avez du malheur.

� Expliquez-vous.

� Eh bien, cette maison sale o� demeure votre fugitif, est justement la maison de M. Rousseau, de Gen�ve.

� Rousseau l�auteur?

� Oui.

� Eh bien, que vous importe?

� Comment! que m�importe? Ah! l�on voit bien que vous n��tes pas lieutenant de police et que vous n�avez point affaire aux philosophes.

� Ah! bah! Gilbert chez M. Rousseau, quelle probabilit�?�

� N�avez-vous pas dit que votre jeune homme �tait un philosophe?

� Oui.

� Eh bien, qui se ressemble s�assemble.

� Enfin supposons qu�il soit chez M. Rousseau.

� Oui, supposons cela.

� Qu�en r�sultera-t-il?

� Que vous ne l�aurez point, pardieu!

� Parce que?

� Parce que M. Rousseau est un homme fort � craindre.

� Pourquoi ne le mettez-vous point � la Bastille?

� Je l�ai propos� l�autre jour au roi, il n�a point os�.

� Comment! il n�a point os�?

� Non, il a voulu me laisser la responsabilit� de cette arrestation, et, ma foi, je n�ai pas �t� plus brave que le roi.

� En v�rit�!

� C�est comme je vous le dis; on y regarde � deux fois, je vous jure, avant de se faire mordre les chausses par toutes ces m�choires philosophiques. Peste! un enl�vement chez M. Rousseau, non pas, mon cher ami, non pas.

� En v�rit�, mon cher magistrat, je vous trouve d�une timidit� �trange; le roi n�est-il pas le roi, et vous son lieutenant de police?

� En v�rit�, vous �tes charmants, vous autres bourgeois. Quand vous avez dit: �Le roi n�est-il pas le roi?� vous croyez avoir tout dit. Eh bien, �coutez ceci, mon cher vicomte. J�aimerais mieux vous enlever de chez madame du Barry que de retirer votre M. Gilbert de chez M. Rousseau.

� Vraiment! merci de la pr�f�rence.

� Ah! ma foi, oui, l�on crierait moins. Vous n�avez pas l�id�e comme ces gens de lettres ont l��piderme sensible; ils crient pour la moindre �corchure comme si on les rouait.

� Mais ne nous cr�ons-nous pas des fant�mes? Voyons, est-il bien s�r que M. Rousseau ait recueilli notre fugitif? Cette maison � quatre �tages lui appartient-elle et l�habite-t-il seul?

� M. Rousseau ne poss�de pas un denier, et par cons�quent n�a pas de maison � Paris; peut-�tre y a-t-il, outre lui, quinze ou vingt locataires dans cette baraque. Mais prenez ceci pour r�gle de conduite: toutes les fois qu�un malheur se pr�sente avec quelque probabilit�, comptez-y; si c�est un bonheur, n�y comptez pas. Il y a toujours quatre-vingt-dix-neuf chances pour le mal et une seule pour le bien. Mais, au fait, attendez; comme je me doutais de ce qui nous arrive, j�ai pris des notes.

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