Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Comme c�est int�ressant, tout cela!
� Mais attendez donc, vous �tes trop press�e aussi, ma ch�re; je regarde� et vois� devinez quoi� je vous le donne en cent.
� Allez donc.
� Je vois un jeune monsieur obstruant avec un morceau de pain le robinet de la fontaine, et produisant, gr�ce � l�obstacle qu�il opposait � l�eau, cette extravasion et ce rejaillissement.
� C�est �tonnant comme ce que vous me racontez l� m�int�resse! dit Chon en haussant les �paules.
� Attendez donc: j�avais jur� tr�s fort en me sentant �clabouss�; l�homme au pain tremp� se retourne, et je vois�
� Vous voyez?
� Mon philosophe, ou plut�t notre philosophe.
� Qui cela, Gilbert?
� En personne: t�te nue, veste ouverte, bas mal tir�s, souliers sans boucles, en n�glig� galant enfin.
� Gilbert!� et qu�a-t-il dit?
� Je le reconnais, il me reconna�t; je m�avance, il recule; j��tends le bras, il ouvre les jambes, et le voil� courant comme un l�vrier parmi les voitures, les porteurs d�eau.
� Vous l�avez perdu de vue?
� Je le crois parbleu bien! vous ne supposez point que je me sois mis � courir aussi, n�est-ce pas?
� C�est vrai, mon Dieu! c��tait impossible, je comprends; mais le voil� perdu.
� Ah! quel malheur! laissa �chapper mademoiselle Sylvie.
� Oui, certes, dit Jean; je suis son d�biteur d�une bonne ration d��trivi�res, et, si j�eusse mis la main sur son collet r�p�, il n�e�t rien perdu pour attendre, je vous jure; mais il devinait mes bonnes intentions � cet �gard, et il a jou� des jambes. N�importe, le voil� dans Paris, c�est l�essentiel; et � Paris, pour peu qu�on ne soit pas trop mal avec le lieutenant de police, on trouve tout ce qu�on cherche.
� Il nous le faut.
� Et quand nous l�aurons, nous le ferons je�ner.
� On l�enfermera, dit mademoiselle Sylvie; seulement, cette fois il faudra choisir un endroit s�r.
� Et Sylvie lui portera dans cet endroit s�r son pain et son eau; n�est-ce pas, Sylvie? dit le vicomte.
� Mon fr�re, ne rions pas, dit Chon; ce gar�on l� a vu l�affaire des chevaux de poste. S�il avait des motifs de vous en vouloir, il pourrait �tre � craindre.
� Aussi, reprit Jean, suis-je convenu avec moi-m�me, tout en montant ton escalier, d�aller trouver M. de Sartine et de lui raconter ma trouvaille. M. de Sartine me r�pondra qu�un homme nu-t�te, bas d�faits, souliers d�nou�s, et trempant son pain � une fontaine, habite bien pr�s de l�endroit o� on le rencontre ainsi fagot�, et alors il s�engagera � nous le retrouver.
� Que peut-il faire ici sans argent?
� Des commissions.
� Lui! un philosophe de cette sauvage esp�ce? Allons donc!
� Il aura trouv�, dit Sylvie, quelque vieille d�vote, sa parente, qui lui abandonne les cro�tes trop vieilles pour son carlin.
� Assez, assez; mettez le linge dans cette vieille armoire, Sylvie, et vous, mon fr�re, � notre observatoire!
Ils s�approch�rent, en effet, de la fen�tre avec de grandes pr�cautions.
Andr�e quitta sa broderie, elle �tendit nonchalamment ses jambes sur un fauteuil, puis allongea la main vers un livre plac� sur une chaise � sa port�e, l�ouvrit et commen�a une lecture que les spectateurs jug�rent �tre des plus attachantes, car la jeune fille demeura immobile du moment qu�elle eut commenc�.
� Oh! la studieuse personne! dit mademoiselle Chon; que lit-elle l�?
� Premier meuble indispensable, r�pondit le vicomte en tirant de sa poche une lunette qu�il allongea et braqua sur Andr�e, en l�appuyant, pour la fixer, � l�angle de la fen�tre.
Chon le regardait faire avec impatience.
� Eh bien, voyons, est-elle vraiment belle, cette cr�ature? demanda-t-elle au vicomte.
� Admirable, c�est une fille parfaite; quels bras! quelles mains! quels yeux! des l�vres � damner saint Antoine; des pieds, oh! les pieds divins! et la cheville� quelle cheville sous ce bas de soie!
� Allons, bon! devenez-en amoureux, maintenant, il ne vous manquerait plus que cela! dit Chon avec humeur.
� Eh bien, apr�s?� Cela ne serait pas d�j� si mal jou�, surtout si elle voulait m�aimer un peu � son tour; cela rassurerait un peu notre pauvre comtesse.
� Voyons, passez-moi cette lorgnette, et tr�ve de balivernes, si c�est possible� Oui, vraiment, elle est belle, cette fille, et il est impossible qu�elle n�ait pas un amant� Elle ne lit pas, voyez� le livre va lui tomber des mains� il glisse� le voil� qui d�gringole, tenez� Quand je vous le disais, Jean, elle ne lit pas, elle r�ve.
� Ou elle dort.
� Les yeux ouverts! De beaux yeux, sur ma foi!
� En tout cas, dit Jean, si elle a un amant, nous le verrons bien d�ici.
� Oui, s�il vient le jour; mais s�il vient la nuit?�
� Diable! je n�y songeais pas, et c�est cependant la premi�re chose � laquelle j�eusse d� songer� Cela prouve � quel point je suis na�f.
� Oui, na�f comme un procureur.
� C�est bon! me voil� pr�venu, j�inventerai quelque chose.
� Mais que cette lunette est bonne! dit Chon, je lirais presque dans le livre.
� Lisez, et dites-moi le titre. Je devinerai peut-�tre quelque chose d�apr�s le livre.
Chon s�avan�a avec curiosit�, mais elle se recula plus vite encore qu�elle ne s��tait avanc�e.
� Eh bien, qu�y a-t-il donc? demanda le vicomte.
Chon lui saisit le bras.
� Regardez avec pr�caution, mon fr�re, dit-elle, regardez donc quelle est la personne qui se penche hors de cette lucarne, � gauche. Prenez garde d��tre vu!
� Oh! oh! s��cria sourdement du Barry, c�est mon trempeur de cro�tes, Dieu me pardonne!
� Il va se jeter en bas.
� Non pas, il est cramponn� � la goutti�re.
� Mais que regarde-t-il donc avec ces yeux ardents, avec cette ivresse sauvage?
� Il guette.
Le vicomte se frappa le front.
� J�y suis, s��cria-t-il.
� Quoi?
� Il guette la petite, pardieu!
� Mademoiselle de Taverney?
� Eh! oui, voil� l�amoureux du pigeonnier! Elle vient � Paris, il accourt; elle se loge rue Coq-H�ron, il se sauve de chez nous pour aller demeurer rue Pl�tri�re; il la regarde, et elle r�ve.
� Sur ma foi, c�est la v�rit�, dit Chon; voyez donc ce regard, cette fixit�, ce feu livide de ses yeux: il est amoureux � en perdre la t�te.
� Ma s�ur, dit Jean, ne nous donnons plus la peine de guetter l�amoureuse, l�amoureux fera notre besogne.
� Pour son compte, oui.
� Non pas, pour le n�tre. Maintenant, laissez-moi passer, que j�aille un peu voir ce cher Sartine. Pardieu! nous avons de la chance. Mais prenez garde, Chon, que le philosophe ne vous voie; vous savez s�il d�campe vite.
Chapitre 63. Plan de campagne
M. de Sartine �tait rentr� � trois heures du matin et �tait tr�s fatigu�, mais en m�me temps tr�s satisfait, de la soir�e qu�il avait improvis�e au roi et � madame du Barry.
R�chauff� par l�arriv�e de madame la dauphine, l�enthousiasme populaire avait salu� Sa Majest� de plusieurs cris de �Vive le roi!� fort diminu�s de volume depuis cette fameuse maladie de Metz durant laquelle on avait vu toute la France dans les �glises ou en p�lerinage, pour obtenir la sant� du jeune Louis XV, appel� � cette �poque Louis XV le Bien-Aim�.
D�un autre c�t�, madame du Barry, qui ne manquait gu�re d��tre insult�e en public par quelques acclamations d�un genre particulier, avait au contraire, contre son attente, �t� gracieusement accueillie par plusieurs rang�es de spectateurs adroitement plac�s au premier plan, de sorte que le roi, satisfait, avait envoy� son petit sourire � M. de Sartine et que le lieutenant de police �tait assur� d�un bon remerciement.
Aussi avait-il cru pouvoir se lever � midi, ce qui ne lui �tait pas arriv� depuis bien longtemps, et avait-il profit�, en se levant, de cette esp�ce de jour de cong� qu�il se donnait pour essayer une ou deux douzaines de perruques neuves, tout en �coutant les rapports de la nuit, lorsqu�� la sixi�me perruque et au tiers de la lecture, on annon�a le vicomte Jean du Barry.
� Bon! pensa M. de Sartine, voici mon remerciement qui m�arrive! Qui sait, cependant? les femmes sont si capricieuses! Faites entrer M. le vicomte dans le salon.
Jean, d�j� fatigu� de sa matin�e, s�assit dans un fauteuil, et le lieutenant de police, qui ne tarda point � le venir trouver, put se convaincre qu�il n�y aurait rien de f�cheux dans l�entretien.