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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Avant de partir, elle va jeter un œil dans la chambre. Le trophée de foot traîne sur le lit. Le coin est ensanglanté avec pas mal de cheveux collés. Ça représente un footballeur saisi pendant un tir qu’on devine gagnant. Le gagnant, sur le plumard, a l’air beaucoup moins victorieux. L’acide a fait fondre toute sa gorge qui n’est plus qu’un amas de chairs dissoutes blanches et roses. On dirait qu’en tirant un peu fort, on pourrait détacher la tête d’un seul coup. Il a gardé les yeux ouverts, écarquillés mais on sent bien qu’une ombre est passée dessus, un voile terne a éteint le regard, comme les yeux de verre des ours en peluche, Alex en a eu un comme ça.

Sans le retourner, Alex fouille par-dessous, dans sa veste pour prendre ses clés. La voici dans l’escalier, puis sur le parking.

Elle déclenche l’ouverture au dernier instant, quand elle est prête à monter dans la voiture.

En cinq secondes elle démarre. Elle ouvre la vitre en grand, l’odeur de tabac froid, c’est pénible. Alex pense que Félix vient de s’arrêter de fumer, c’est une bonne nouvelle pour lui.

Un peu avant d’arriver à la porte de Paris, elle fait un petit détour et arrête la voiture un instant le long du canal, face à l’entrepôt des Fonderies Générales. L’immense bâtiment, plongé dans la nuit, ressemble à un animal préhistorique. Alex en a froid dans le dos, rien que de repenser à ce qu’elle a vécu là-dedans. Elle ouvre la portière, fait quelques pas, balance l’ordinateur portable de Félix dans le canal et remonte en voiture.

À cette heure-là, il faut moins de vingt minutes pour arriver au parking de la Cité de la Musique.

Elle range la voiture au second sous-sol, jette les clés dans un égout avant de descendre dans le métro.

39

Trente-six heures pour loger le taxi sauvage qui a chargé la fille à Pantin.

Le délai est dépassé de douze heures mais le résultat est là.

Derrière, trois véhicules banalisés. On roule vers la rue Falguière. Pas très loin de l’endroit où elle a été enlevée, finalement. Ça inquiète Camille. Le soir de l’enlèvement, ils ont passé la majeure partie de la nuit à interroger les riverains, sans le moindre résultat.

— Ce soir-là, on a raté quelque chose ? demande-t-il à Louis.

— Pas forcément.

Quand même…

Cette fois, ils sont dans un taxi slovaque. Un type long, au visage en lame de couteau avec des yeux fiévreux. Trente ans peut-être, calvitie précoce, centrée sur l’arrière, comme les moines. Sur le portrait-robot, il a reconnu la fille. Sauf les yeux, il a dit. Normal, ici on a dit des yeux verts, avant on a dit des yeux bleus, la fille utilise certainement des lentilles de couleur. Mais c’est elle.

Le taxi conduit au-delà de toute prudence. Louis s’apprête à intervenir, Camille le devance. D’un coup de reins, il se propulse vers le siège avant, ses pieds touchent enfin le sol, dans cette voiture, une sorte de 4 × 4, il pourrait quasiment tenir debout, ça l’énerve encore plus. Alors il pose sa main sur l’épaule du conducteur :

— Tu peux y aller, mon pote, personne t’arrêtera pour excès de vitesse.

Soupe au lait, le Slovaque. Il accélère brutalement, Camille se retrouve allongé dans le fond du siège arrière, les quatre fers en l’air, pas le genre de chose qu’il faut faire, le chauffeur le comprend tout de suite, il ralentit, torrent d’excuses, il donnerait sa paie, sa voiture et sa femme pour que le commandant oublie l’incident. Camille voit rouge, Louis pose sa main sur son bras et tourne la tête, est-ce qu’on a vraiment le temps pour ce genre de conneries ; son regard ne prononce pas des mots pareils ; il dit plutôt quelque chose comme : Nous manquons un peu de temps pour nous livrer à une colère, même passagère, vous ne pensez pas ?

Rue Falguière, rue Labrouste.

En chemin, le chauffeur a raconté. Le tarif était fixé à vingt-cinq euros. Quand il l’a abordée, près de la station de taxis déserte de l’église de Pantin, la fille n’a pas discuté, elle a ouvert la portière et s’est effondrée sur la banquette. Elle était épuisée, elle sentait mauvais, la transpiration, la saleté, allez savoir. Ils ont roulé en silence, elle dodelinait de la tête comme si elle résistait au sommeil, ça ne lui disait rien qui vaille, au Slovaque. Shootée ? Arrivé dans ce quartier, il s’est retourné vers elle, mais la fille ne le regardait pas, elle fixait la rue à travers le pare-brise, elle s’est retournée, à son tour, comme si elle cherchait quelque chose ou qu’elle était soudain désorientée, et elle a dit :

— On va attendre un peu… Garez-vous.

Et elle a désigné un endroit quelque part sur sa droite. Ça n’était pas convenu comme ça. Le chauffeur est monté sur ses grands chevaux. À la manière dont il raconte la scène, on sent l’atmosphère, la fille au fond, derrière, qui ne dit rien, le chauffeur hors de lui, il a l’habitude des coups fourrés, pas le genre à se laisser emmerder, par une fille en plus. Mais elle dit seulement, sans le regarder :

— Me fais pas chier, on attend ou je m’en vais.

Inutile de dire qu’elle ne paiera pas. Elle aurait pu dire « on attend ou j’appelle les flics », mais non, tous deux savent à quoi s’en tenir, ils sont tous les deux en situation irrégulière. Égalité des forces, le taxi redémarre, elle lui montre l’endroit, il se gare.

— J’attends quelqu’un, ça ne sera pas long, ajoute-t-elle.

Le chauffeur n’aime pas ça, rester sans but, avec cette fille qui sent mauvais. On ne sait pas ce qu’on attend. Elle a voulu qu’il se place face à la rue, elle fixe un endroit (il montre devant lui, on ne sait pas quoi regarder, on sait que c’est devant, c’est tout). La venue de quelqu’un, le coup du rendez-vous, il n’y croit pas une seconde. Ne semble pas dangereuse. Inquiète plutôt. Camille écoute le chauffeur raconter l’attente. Il devine qu’avec l’inactivité, il a sans doute commencé à se raconter des histoires sur cette fille, des histoires de jalousie, d’amour raté, qu’elle devait guetter un homme, ou une femme, une rivale, ou bien une histoire de famille, c’est plus fréquent qu’on le croit. Un œil dans le rétroviseur. Pas laide, cette fille, si elle était propre. Et éreintée à ce point-là, on se demande d’où elle sort.

On reste un long moment à guetter. Elle est sur le qui-vive. Rien ne se passe. Camille comprend qu’elle guette pour savoir si Trarieux s’est rendu compte de sa fuite, s’il l’attend près de chez elle.

Au bout d’un moment, elle a sorti trois billets de dix euros et elle est sortie sans explication. Le chauffeur l’a vue partir dans cette direction mais il n’a pas regardé où elle allait, il ne voulait pas rester à cet endroit, en pleine nuit, il a détalé. Camille descend. Le soir de l’enlèvement, on a ratissé jusque-là, que s’est-il passé ?

On sort des voitures. Camille désigne les immeubles devant lui.

— Elle habite un immeuble dont l’entrée est visible d’ici. Louis, tu me demandes deux équipes supplémentaires, tout de suite. Les autres…

Camille distribue les rôles. Tout le monde, déjà pressé. Camille s’appuie sur la portière du taxi, pensif.

— Je peux y aller ? demande le chauffeur à voix basse, comme s’il craignait d’être entendu.

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