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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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— Tu es une femme libre.

La carte de visite est passablement froissée, écornée, elle l’était déjà lorsqu’il la lui a remise, avec un grand pli en travers. Le temps de composer le numéro. Elle dit, les yeux rivés sur la carte :

— Oui, bonjour, Félix Manière ?

— Oui, c’est qui ?

— Bonjour, c’est…

Le trou. Quel prénom elle a donné ?

— C’est Julia ? Allô, c’est Julia ?

Il a presque crié. Alex respire, sourit.

— Oui, c’est Julia.

Sa voix semble un peu lointaine.

— Vous êtes sur la route ? demande-t-elle. Je vous dérange ?

— Non, oui, enfin, non…

Il est vraiment content de l’entendre. Il en perd un peu les pédales.

— Alors, c’est oui ou c’est non ? demande Alex en riant.

Il est battu, sur ce coup-là mais beau joueur.

— Pour vous, c’est toujours « oui ».

Elle laisse filer quelques longues secondes, le temps d’apprécier la répartie, de savourer ce que ça veut dire, qu’il lui dise ça.

— Vous êtes gentil.

— Vous êtes où ? Chez vous ?

Alex s’assoit sur le lit et balance ses jambes devant elle.

— Oui et vous ?

— Au boulot…

Le petit silence qui suit est, entre eux, une sorte de valse-hésitation, chacun attend que l’autre se manifeste. Alex est très sûre d’elle. Ça ne rate pas.

— Ça me fait plaisir que vous m’appeliez, Julia, dit enfin Félix. Très plaisir.

Tu parles. Et comment que ça lui fait plaisir. Alex le revoit encore plus clairement maintenant qu’elle entend sa voix, ce physique d’homme un peu découragé par l’effort et qui commence à s’alourdir, cette silhouette aux jambes un peu courtes et ce visage… ça la remue d’y repenser, son visage qui lui fait tellement d’effet, ses yeux vaguement tristes, un peu ailleurs.

— Et vous faites quoi, à votre travail ?

Disant cela, Alex s’allonge sur son lit, face à la fenêtre ouverte.

— Je fais les chiffres de la semaine parce que je pars demain et si je surveille pas tout, une semaine après, vous voyez…

Il s’arrête net. Alex continue de sourire. C’est drôle, elle n’a qu’à lever un cil ou se taire, pour l’arrêter ou le mettre en route. Si elle était en face de lui, il lui suffirait de sourire d’une certaine façon, de le regarder en tournant légèrement la tête pour qu’il interrompe sa phrase ou qu’il l’achève autrement. C’est d’ailleurs exactement ce qu’elle vient de faire. Elle s’est tue et il s’est arrêté tout seul, il a senti que ce n’était pas la bonne réponse.

— Bon, et puis peu importe, dit-il. Et vous, vous faites quoi ?

La première fois, en sortant du restaurant, elle lui a fait l’effet qu’elle sait provoquer chez les hommes. Elle connaît la recette. La façon de marcher un peu dolente, la manière de laisser filer légèrement les épaules, le regard avec la tête un peu penchée et les yeux écarquillés, presque naïfs, les lèvres fondant à l’œil nu… Ce soir-là, sur le trottoir, elle revoit Félix, hagard à l’idée de la posséder. Son avidité sexuelle transpirait par tous ses pores. Alors, ça n’est pas difficile :

— Je suis allongée, dit Alex. Sur mon lit.

Elle n’en a pas fait trop, pas de voix grave et suave, pas de folklore inutile, juste ce qu’il faut pour créer le doute, l’embarras. Pour le ton, c’est de l’information pure, pour le contenu, c’est un gouffre. Silence. Elle croit entendre l’avalanche neuronale qui s’est déclenchée dans l’esprit de Félix, incapable de trouver un mot. Alors il rit bêtement et comme elle ne réagit pas, qu’elle met au contraire, dans son silence, toute la tension dont elle est capable, le rire de Félix s’étrangle et s’éteint :

— Sur votre lit…

Félix est sorti de lui-même. À la seconde même il est devenu son téléphone portable, il vient de fusionner avec les ondes qui se propagent à travers la ville, de lui vers elle, il est l’air qu’elle respire et qui fait gonfler lentement son ventre ferme couronné par ce slip blanc si petit, qu’il devine si petit, il est ce slip lui-même, il est le tissu de ce slip, il est l’atmosphère de la chambre, les microparticules de poussière qui l’entourent et la baignent, il ne peut plus rien dire, il en est incapable. Alex sourit doucement. Il l’entend.

— Pourquoi vous souriez ?

— Parce que vous me faites rire, Félix.

L’a-t-elle déjà appelé par son prénom ?

— Ah…

Il ne sait pas très bien comment le prendre.

— Vous faites quoi ce soir ? enchaîne Alex.

Il essaye par deux fois d’avaler sa salive.

— Rien…

— Vous m’invitez à dîner ?

— Ce soir ?

— Bon, dit Alex d’une voix ferme, je tombe mal, je suis désolée…

Et son sourire s’élargit en entendant le brutal torrent d’excuses, de justifications, de promesses, d’explications, de précisions, de raisons, de motifs pendant lequel elle jette un œil sur sa montre, il est dix-neuf heures trente, qu’elle interrompt d’un mot :

— Vingt heures ?

— Oui, vingt heures !

— Où cela ?

Alex ferme les yeux. Elle croise les jambes sur son lit, c’est vraiment trop facile. Félix a besoin de plus d’une minute pour proposer un restaurant. Elle se penche vers la table de nuit, note l’adresse.

— C’est très bien, assure-t-il. Enfin, c’est bien… Vous verrez vous-même. Et si vous n’aimez pas, on peut aller ailleurs.

— Si c’est bien, pourquoi nous irions ailleurs ?

— C’est… question de goût…

— Justement, Félix, ça m’intéresse de voir ce qui est à votre goût.

Alex raccroche et s’étire comme une chatte.

37

Le juge a exigé le ban et l’arrière-ban. Toute l’équipe, Le Guen en tête, Camille, Louis, Armand. Cette enquête piétine lamentablement.

Enfin, piétine… Pas tant que ça justement. Parce que voilà enfin du neuf. Du vrai, du grand, du radicalement nouveau et pour en faire bien profiter tout le monde, le juge a demandé à Le Guen de ratisser large. Il vient à peine d’entrer dans le bureau de la Brigade d’un pas austère que Le Guen tente déjà de calmer Camille par des regards appuyés. Camille, lui, sent la tension monter en lui à partir du ventre. Ses doigts, dans son dos, se frottent les uns aux autres comme s’ils s’apprêtaient pour une opération de haute précision. Il regarde le juge entrer. À la manière dont il se conduit depuis le début de l’enquête, on devine que pour lui, la preuve de l’intelligence, c’est d’avoir le dernier mot. Et aujourd’hui, il n’a pas l’intention de laisser sa part aux chiens.

Côté vestimentaire, nickel, le juge. Costume sobre, gris, cravate sobre, grise, l’élégance efficace qui incarne la Justice réfléchie. À voir le costume, tchékhovien, Camille devine que Vidard va la jouer théâtral. Il n’a aucun mérite. Le rôle du juge est déjà écrit, la pièce pourrait s’intituler : « Chronique d’une nouvelle annoncée » parce que toute l’équipe sait déjà à quoi s’en tenir. Elle pourrait se résumer à : « Vous êtes vraiment des branquignols » parce que la théorie mise en avant par Camille vient d’en prendre au sacré coup sur la cafetière.

Deux heures plus tôt, l’annonce est tombée. L’assassinat d’une certaine Jacqueline Zanetti, hôtelière à Toulouse. Frappée violemment à la tête, avec un acharnement évident, puis ligotée et achevée à l’acide sulfurique concentré.

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