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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Le circuit est rapide. Le portable du mort donne l’historique de ses appels. Le dernier, reçu le soir de sa mort, provenait d’un hôtel de la rue Monge. Vérification faite, c’est celui où la fille est descendue à son retour de Toulouse. Elle lui a donné rendez-vous pour dîner le soir même. C’est ce que le futur mort a dit à l’un de ses collègues en quittant le bureau précipitamment.

À la coiffure près, aux yeux près, la réceptionniste de l’hôtel de la rue Monge a reconnu le portrait-robot, elle est formelle. La fille a disparu le lendemain matin. Faux nom. Paiement en espèces.

— Le loustic, là, le Félix, c’est qui ? demande Le Guen.

Sans attendre la réponse, il feuillette le rapport de Camille.

— Quarante-quatre ans…

— Oui, confirme Camille. Technicien dans une boîte d’informatique. Séparé. Divorce en cours. Alcoolique, certainement.

Le Guen se tait, il parcourt le document à toute vitesse, en poussant des « hmmm » qui ressemblent parfois à des gémissements. On gémirait à moins.

— C’est quoi, cette histoire d’ordinateur portable ?

— Il a disparu. Mais je te rassure, ça n’est certainement pas pour le lui prendre qu’on l’a assassiné à coups de statuette et qu’on lui a balancé un demi-litre d’acide dans l’entonnoir.

— C’est la fille ?

— Sans doute. Peut-être qu’elle a échangé des mails avec lui. Ou qu’elle s’est servie de l’ordinateur et qu’elle n’a pas voulu qu’on voie ce qu’elle a fait avec…

— Bon et alors ? Alors ?

Le Guen s’énerve, ce n’est pas son genre. La presse nationale, qui n’avait pas encore frémi à l’annonce de la mort de Jacqueline Zanetti (l’assassinat d’une hôtelière à Toulouse fait quand même un peu province), vient enfin de s’émouvoir. Le décor de la Seine-Saint-Denis manque un peu d’éclat mais la finition à l’acide, ça plaît. C’est un fait divers, mais la manière a quelque chose de nouveau, d’exotique presque. Pour l’instant, deux morts. Presque une série, pas tout à fait. Moyennant quoi, on en parle mais sans allégresse. Une troisième victime et on jubilera réellement. L’affaire sera propulsée à la une du JT, Le Guen propulsé au dernier étage du ministère de l’Intérieur, le juge Vidard au dernier étage du ministère de la Justice et les engueulades commenceront à pleuvoir comme à Gravelotte. On n’ose pas penser à la fuite qui livrerait à la presse les précédents crimes de Reims et d’Étampes… On verrait bientôt une carte de France (la même à peu près que celle que Camille a déjà dans son bureau parsemée de petites épingles de couleur) avec une biographie bouleversante des victimes et la promesse d’un road movie meurtrier « à la française ». Joie. Liesse.

Pour le moment, Le Guen n’est encore sujet qu’à de « fortes tensions descendantes », ça n’est pas le pire mais c’est déjà difficile à supporter. Or, pour ça, Le Guen est un bon chef, les ennuis avec la hiérarchie, il les garde pour lui. Tout ce qui transparaît, c’est seulement le trop-plein, sauf qu’aujourd’hui Camille le voit déborder de partout.

— On t’emmerde là-haut ?

Le Guen est comme foudroyé par la question.

— Mais, Camille, qu’est-ce que tu imagines ?

C’est le problème des couples, les scènes sont un peu répétitives.

— On a une fille enlevée et enfermée dans une cage avec des rats, dont le ravisseur se suicide en bloquant le périphérique la moitié d’une nuit…

Celle-ci par exemple, Le Guen et Camille l’ont jouée au moins cinquante fois au cours de leur carrière commune.

— … la fille qu’il a enlevée se libère avant qu’on la retrouve, on apprend qu’elle a déjà trucidé trois types à l’acide sulfurique…

Camille trouve que ça fait un peu théâtre de boulevard, il va pour le dire mais Le Guen a déjà enchaîné :

— … le temps de prendre le dossier, elle envoie une Toulousaine au paradis des hôteliers, revient à Paris…

Alors Camille attend la fin, prévisible et écrite :

— … et dégomme un célibataire qui se proposait sans doute de la baiser tranquillement et tu me demandes…

— … si on m’emmerde là-haut ? termine Camille à sa place.

Il est déjà debout Camille, il est déjà à la porte, il l’ouvre, lassé.

— Où tu vas ? hurle Le Guen.

— Quitte à me faire engueuler par quelqu’un, je préfère le juge Vidard.

— Tu n’as vraiment aucun goût.

44

Alex a laissé passer deux camions puis un troisième. D’où elle est garée, elle distingue parfaitement les manœuvres des semi-remorques qui se succèdent devant le quai de chargement. Depuis deux heures, les caristes y enfournent des palettes hautes comme des maisons.

La nuit précédente, elle est allée voir. Il a fallu faire le mur, pas facile, elle a dû monter sur le toit de sa voiture, si elle s’était fait surprendre, fin de l’histoire. Mais non, elle a pu rester quelques minutes en haut du mur. Chaque véhicule porte un écriteau avec un numéro d’ordre peint au pochoir à l’avant droit et sa destination. Ils vont tous vers l’Allemagne, Cologne, Francfort, Hanovre, Brême, Dortmund. Elle, c’est celui qui va à Munich dont elle a besoin. Elle a noté son numéro d’immatriculation, son numéro d’ordre, de toute manière, de face, il est reconnaissable. À la limite du toit, un autocollant BOBBY balaye toute la largeur du pare-brise. Elle a quitté le mur quand elle a entendu arriver le chien de garde qui a fini par renifler sa présence.

Il y a une trentaine de minutes, elle a repéré le chauffeur, monté dans sa cabine pour y poser ses affaires, prendre des papiers. Un type grand et sec, une salopette bleue, la cinquantaine, avec des cheveux très courts et une grosse moustache comme un balai-brosse. Peu importe le physique, ce qui compte, c’est qu’il la prenne. Elle a dormi dans sa voiture jusqu’à ce que l’entreprise ouvre, vers quatre heures du matin. L’agitation a réellement commencé une demi-heure plus tard et depuis ça n’arrête plus. Alex est tendue parce qu’elle ne peut pas rater son coup sans quoi, adieu toute stratégie, elle en serait réduite à quoi, à attendre la police dans sa chambre d’hôtel ?

Enfin, un peu avant six heures du matin, le type s’approche de son camion dont le moteur tourne déjà au ralenti depuis un quart d’heure, vérifie des papiers, Alex voit qu’il échange des plaisanteries avec un cariste et deux autres chauffeurs et, enfin, il monte dans sa cabine, c’est le moment qu’elle choisit pour quitter sa voiture, faire le tour, ouvrir le coffre, prendre son sac à dos, s’assurer, à l’abri du coffre ouvert, qu’un autre camion ne vient pas s’intercaler et, quand elle en est certaine, elle se met à courir vers la sortie des véhicules.

— Je ne fais jamais de stop sur la route. Trop dangereux.

Bobby acquiesce. Pour une fille, ce ne serait pas prudent. Il apprécie sa débrouillardise, attendre prudemment à la porte d’une entreprise spécialisée plutôt que de lever le pouce sur le bord de la route.

— Et vu le nombre de camions, vous êtes certaine d’en trouver au moins un !

Émerveillé, il n’en finit pas de découvrir les innombrables vertus de la technique d’Alex. Pas Alex. Pour lui, c’est Chloé.

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