Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Au début, elle a pris du plaisir à l’exciter. D’abord, cette robe qu’elle avait choisie. Elle sait l’effet que ça fait. Ça n’a pas raté, quand il l’a vue, on aurait dit que sa mâchoire inférieure allait tomber sur le trottoir. Ensuite, Alex a dit « Bonsoir Félix… » en posant sa main sur son épaule et elle a effleuré sa joue avec ses lèvres, très vite, comme une familiarité. Il a fondu sur pied, le Félix, ça l’a retourné, cette manière de faire parce que ça pouvait aussi bien vouloir dire, « d’accord pour cette nuit », que « soyons bons camarades », comme si on travaillait ensemble. Alex fait très bien ce genre de choses.
Elle l’a laissé raconter sa vie professionnelle, les scanners, les imprimantes, l’entreprise, les chances de promotion à venir, les collègues qui ne lui arrivent pas à la cheville et le dernier chiffre du mois, Alex s’est même fendue d’un « Oh » admiratif, Félix s’est rengorgé, il avait l’impression de bien remonter la pente sur ce coup-là.
Non, Alex, ce qui l’a amusée chez cet homme, c’est son visage bien sûr qui lui procure des sensations fortes, déroutantes mais c’est surtout de voir la violence de son désir. C’est pour ça qu’elle est là. Ça lui sort par tous les pores de la peau qu’il la veut dans son lit. Sa virilité est prête à exploser à la moindre étincelle. Quand elle lui sourit, il est tellement tendu, qu’on dirait qu’il va soulever la table. C’était déjà comme ça la première fois. Éjaculateur précoce ? Alex se demande.
Alors voilà, ils sont en voiture, Alex a relevé sa robe un peu plus haut qu’il ne faudrait et c’est plus fort que lui, ils sont en route depuis dix minutes, il pose déjà sa main sur sa cuisse, très haut. Alex ne dit rien, elle ferme les yeux, avec un sourire intérieur. Quand elle les rouvre, elle le voit bien, ça l’a rendu dingue, s’il pouvait la baiser là, tout de suite, sur le boulevard périphérique. Tiens, justement, le périphérique, on passe la porte de la Villette, c’est ici que Trarieux s’est fait écrabouiller par un semi-remorque, Alex est aux anges, Félix remonte sa main, elle l’arrête. Le geste, calme, chaleureux, a plus l’air d’une promesse que d’un interdit. Elle retient son poignet d’une manière… S’il continue de bander comme ça, ce type ne va pas arriver entier, il va exploser en vol. Ils ne disent rien, l’atmosphère dans la voiture est palpable, chaude, ce silence est suspendu comme une fusée éclairante au-dessus d’un détonateur. Félix conduit vite, Alex n’est pas inquiète. Et après la voie rapide, une immense cité, une barre d’immeubles, d’un triste. Il gare sa voiture à la volée, se tourne vers elle mais déjà elle est dehors, lissant sa robe du plat de la main. Il marche vers l’immeuble avec sa bosse à la braguette qu’elle fait mine de ne pas remarquer. Elle lève les yeux, la barre doit faire au moins vingt étages.
— Douze, dit-il.
C’est passablement déglingué, les murs sont sales, couverts d’inscriptions obscènes. Quelques boîtes aux lettres sont éventrées. Il a honte, on dirait qu’il pense seulement maintenant que, tout de même, il aurait pu l’emmener à l’hôtel. Mais le mot « hôtel », tout de suite, à la sortie du restaurant, ça voulait vraiment dire : « je veux vous baiser », il n’a pas osé. Et du coup, il a honte. Elle lui sourit pour lui montrer que ça n’a aucune importance et c’est vrai, pour Alex, ça n’a aucune importance. Pour le rassurer, elle pose à nouveau sa main sur son épaule et, tandis qu’il cherche sa clé, elle pose un baiser très court, très chaud au bas de sa joue, à la limite du cou, ça fait des frissons à cet endroit-là. Il s’arrête net, se reprend, ouvre la porte, allume la lumière, il dit « Entre, je reviens. »
Appartement de célibataire. De divorcé. Il s’est précipité dans la chambre. Alex retire sa veste, la pose sur le canapé et revient pour le regarder. Le lit n’est pas fait, rien n’est fait d’ailleurs, il déblaye avec de grands gestes. Quand il l’aperçoit sur le seuil, il sourit maladroitement, s’excuse, tâche de faire vite, il est vraiment pressé de ranger, d’en finir, Alex le voit se dépêtrer comme il peut. Une chambre sans génie, une chambre d’homme sans femme. Un ancien ordinateur, des vêtements épars, un attaché-case passé de mode, un vieux trophée de foot sur une étagère, dans un cadre la reproduction industrielle d’une aquarelle comme on en trouve dans les chambres d’hôtel, des cendriers débordants, il est à genoux sur le lit, retape le drap en se penchant loin devant, Alex s’est approchée, elle est juste derrière lui, elle lève le trophée de foot à deux mains au-dessus de sa tête, le lui abat sur l’arrière du crâne, dès le premier coup, le coin du socle en marbre s’enfonce d’au moins trois centimètres. Ça fait un bruit sourd et comme une vibration dans l’air. La violence du choc déséquilibre Alex, elle fait un pas sur le côté, revient vers le lit, cherche un meilleur angle, lève à nouveau les bras au-dessus de sa tête et abat le trophée de toutes ses forces, en visant bien. L’arête du socle défonce l’os occipital, Félix est vautré sur le ventre, saisi de brusques convulsions… Pour ce qui le concerne, c’est cuit. Autant s’économiser.
Peut-être même qu’il est déjà mort et que c’est le système neurovégétatif qui continue de l’agiter.
Elle s’approche, se baisse avec curiosité, le soulève par l’épaule, eh bien non, il semble seulement inconscient. Il geint, mais il respire. Il bat même des paupières, c’est réflexe. Il a le crâne tellement défoncé que cliniquement, il est déjà à moitié mort. Disons, aux deux tiers.
Donc pas tout à fait mort.
Et tant mieux d’ailleurs.
En tout cas, avec ce qu’il a pris sur le carafon, il ne représente pas un grand danger.
Elle le retourne sur le dos, il est lourd, sans résistance. Il y a des cravates, des ceintures, tout ce qu’il faut pour lui attacher les poignets, les chevilles, l’affaire de quelques minutes.
Alex va jusqu’à la cuisine, elle attrape son sac au passage, revient dans la chambre, elle sort son flacon, s’installe à califourchon sur sa poitrine, lui casse quelques dents en lui forçant les mâchoires avec le pied de lampe, tord en deux une fourchette et la lui enfonce dans la bouche pour la maintenir ouverte, elle s’écarte, lui enfonce le goulot au fond de la gorge et lui déverse tranquillement un demi-litre d’acide sulfurique concentré dans le larynx.
Le Félix, forcément, ça le réveille.
Pas pour longtemps.
Elle aurait juré que ces immeubles étaient du genre bruyant. En fait, la nuit, c’est tranquille, la ville tout autour est même assez belle, comme ça, vue du douzième étage. Elle cherche des repères mais il est difficile de s’y retrouver dans ce paysage nocturne. Elle n’avait pas vu non plus que l’autoroute passe tout près, ce doit être la voie rapide qu’ils ont empruntée, si ça se trouve Paris est de l’autre côté. Alex et le sens de l’orientation…
L’appartement, le ménage sont passablement négligés mais Félix prend soin de son ordinateur portable, une belle sacoche bien rangée, avec des compartiments pour les dossiers, les stylos, le câble d’alimentation. Alex relève l’écran, démarre une session, se connecte à l’Internet, jette un œil amusé sur l’historique : sites pornographiques, jeux en ligne, elle se retourne vers la chambre : « Quel coquin, ce Félix… », puis elle tape son nom. Rien, la police ne connaît toujours pas son identité. Elle sourit. Elle s’apprête à refermer le portable, se reprend, tape : police — avis de recherche — meurtres, passe les premiers résultats et trouve enfin. On cherche une femme, plusieurs meurtres, on appelle à témoin, Alex est réputée « dangereuse ». À en juger par l’état de Félix, dans la pièce d’à côté, le qualificatif n’est pas usurpé. Et honnêtement, son portrait-robot est plutôt réussi. Ils ont dû se servir des photos prise par Trarieux pour réaliser ça. Pas de doute, ils s’y prennent bien. Avec ce type de regard, absent, ça fait toujours des visages un peu morts. Changez la coiffure et la couleur des yeux, vous avez quelqu’un d’autre. Et c’est exactement ce qu’elle va faire. Alex referme le portable d’un geste sec.