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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Mais ça n’est pas tout à fait terminé. Alex passe son badge. En haut de la rampe d’accès, la barrière rouge et blanc s’ouvre, elle pile. Un flic en uniforme est devant elle et lève un bras bien haut, en pointant l’autre vers elle, index tendu, les jambes écartées, il la somme de s’arrêter et se retourne aussitôt, les bras cette fois à l’horizontale pour souligner l’interdiction, on voit passer un cortège de voitures banalisées toutes sirènes hurlantes.

Dans la seconde, à l’arrière, une tête chauve dépasse à peine, à la hauteur de la vitre latérale. C’est comme un cortège présidentiel. Après quoi, le flic lui fait signe de passer. Elle tourne tout de suite à droite.

Elle a démarré un peu sèchement, dans le coffre les deux petits cartons marqués « Personnel » se bousculent mais Alex est tranquille, les bouteilles d’acide sont toujours soigneusement calées. Aucun risque.

42

Presque vingt-deux heures. Le fiasco. Camille a retrouvé son calme mais de haute lutte. Il ne faut surtout pas qu’il repense au visage hilare du concierge du garde-meubles, un crétin au teint blafard avec des verres épais et sales, de vraies lunettes en peau de saucisson.

Côté communication : la fille, quelle fille, la voiture, quelle voiture, les cartons, quels cartons. On a ouvert le box dans lequel sont entreposées ses affaires, tout le monde reçoit un coup au cœur. Tout est là, dix cartons scotchés, les affaires de la fille, ses affaires personnelles. On se rue dessus, Camille voudrait tout ouvrir maintenant. Mais il y a la procédure, l’inventaire, c’est accéléré par un appel au juge, on emporte tout, les cartons, les meubles démontés, finalement, ça ne fait pas lourd, on a quand même bon espoir de trouver des choses personnelles, en clair, son identité. L’affaire vit un tournant essentiel.

Le mince espoir du côté des bandes de vidéosurveillance qui couvrent chaque étage ne fait pas long feu. La question de la durée de leur conservation n’est pas en cause, les caméras sont factices.

— C’est décoratif, si vous voulez mieux, dit le concierge en se marrant.

Il faut la soirée pour établir l’inventaire et pour que les techniciens fassent les relevés indispensables. On a laissé de côté les meubles, du tout-venant, vendu partout, des éléments de bibliothèque, une table de cuisine carrée, un lit avec sommier, matelas, les techniciens se sont jetés dessus avec leurs tiges en coton et leurs pinces à épiler. Après quoi, on détaille le contenu des cartons. Vêtements de sport, vêtements de plage, vêtements d’été, vêtements d’hiver.

— Tout ça est vendu en grande surface dans tous les pays du monde, dit Louis.

Des livres, presque deux cartons. Des poches, exclusivement. Céline, Proust, Gide, Dostoïevski, Rimbaud. Camille lit les titres, Voyage au bout de la nuit, Un amour de Swann, Les Faux-Monnayeurs, mais Louis reste songeur.

— Quoi ? demande Camille.

Louis ne répond pas tout de suite. Les Liaisons dangereuses, Le Lys dans la vallée, Le Rouge et le Noir, Gatsby, L’Étranger.

— On dirait l’étagère d’une lycéenne.

En effet, le choix semble appliqué, exemplaire. Tous les livres ont été lus et souvent relus, certains tombent littéralement en charpie, des passages entiers sont soulignés, jusqu’à la dernière page parfois. On trouve des points d’exclamation, d’interrogation, des croix grandes, petites, le plus souvent au stylo bleu, parfois l’encre a presque entièrement passé.

— Elle lit ce qu’il faut lire, elle veut bien faire, elle est appliquée, renchérit Camille. Immature ?

— Je ne sais pas. Régressive peut-être.

Camille, lui, les finasseries de Louis, il s’y perd un peu mais il saisit le message essentiel. La fille n’est pas entière. Ou pas finie.

— Elle parle un peu d’italien, un peu d’anglais. Elle a commencé des classiques étrangers mais ne les a pas terminés.

Camille a noté ça aussi. Les Fiancés, L’Amant sans domicile fixe, Le Nom de la rose ainsi que Alice, Dorian Gray, Portrait de femme ou Emma sont en langue originale.

— La fille dont il est question dans le meurtre de Maciak, on a parlé d’un accent étranger, non ?

Des documentations touristiques confirment.

— Elle n’est pas bête, elle fait des études, elle parle deux langues, certainement pas couramment mais ça veut dire des séjours linguistiques… Tu la vois avec Pascal Trarieux, toi ?

— Ou séduisant Stefan Maciak ? complète Louis.

— Ou assassinant Jacqueline Zanetti ?

Louis prend des notes rapides. Grâce aux imprimés, il pourra peut-être recomposer l’itinéraire de la fille ou du moins une partie, il y a des dates de parution sur certains catalogues d’agences de voyages, on doit pouvoir procéder à des recoupements, mais dans tout ça, pas un nom. Pas un document officiel. Pas une trace identifiante. Quelle vie a une fille qui possède si peu de choses ?

À la fin de la soirée, la conclusion tombe avec le poids d’une certitude.

— Elle a fait le tri. Rien de personnel. Pour le cas où la police tomberait dessus. Rien ne peut nous aider.

Les deux hommes se sont relevés, Camille a enfilé sa veste, Louis hésite encore, il resterait bien là encore un peu, à fouiller, à chercher.

— T’échine pas mon grand…, lâche Camille. Elle a déjà une jolie carrière derrière elle et à voir la manière dont elle s’organise, elle a aussi pas mal d’avenir.

C’est aussi l’avis de Le Guen.

Samedi en début de soirée. Quai de Valmy.

Il a passé un coup de fil à Camille, on s’est installé à la terrasse de La Marine. C’est peut-être l’effet du canal, qui fait penser aux poissons, on a opté pour deux verres de blanc sec. Le Guen s’est assis prudemment. Il en a connu, des chaises incapables de le soutenir. Celle-ci tient le choc.

Quand leur conversation se tient hors du bureau, c’est souvent ce schéma, ils parlent de tout, de rien et pour le boulot, c’est dans les dernières secondes, deux ou trois phrases.

Évidemment, ce qui traîne dans la tête de Camille, aujourd’hui, c’est la vente aux enchères. Demain matin.

— Tu ne conserves rien ? s’étonne Le Guen.

— Non, je solde, dit Camille. Je vais tout donner.

— J’avais compris que tu les vendais.

— Les tableaux, je les vends. C’est l’argent que je vais donner. Tout.

Impossible pour Camille de savoir depuis quand il a pris cette décision, c’est sorti comme ça et il sent que c’est une décision mûre. Le Guen retient un commentaire. Mais, quand même, c’est plus fort que lui.

— À qui ?

Ça, en revanche, Camille n’y a pas pensé. Il veut donner cet argent mais il ne sait pas à qui.

43

— Ça s’accélère ou j’ai la berlue ? a demandé Le Guen.

— Non, c’est le rythme normal, répond Camille. Faut s’y habituer, c’est tout.

Il dit ça d’un ton léger mais vraiment cette histoire tourne mal. On a trouvé le corps d’un nommé Félix Manière, tué à son domicile. Un camarade de travail a donné l’alerte en ne le voyant pas arriver pour cette « réunion cruciale » qu’il avait lui-même convoquée. On l’a retrouvé tout ce qu’il y a de plus mort, la tête quasiment détachée du tronc, le cou fondu à l’acide sulfurique, l’affaire a filé directement dans les mains du commandant Verhœven, lui-même convoqué par le juge en fin de journée. L’affaire est grave.

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