Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Et Taverney se remit � rire.
� Mademoiselle de Taverney a eu bien peur� n�est-ce pas?� Elle se sent donc faible� Alors�
Philippe, se rapprochant tout � coup:
� Monsieur, dit-il, mademoiselle de Taverney n�a pas �t� faible, elle est vaincue! Elle a succomb�, elle est tomb�e dans un pi�ge.
� Dans un pi�ge?�
� Oui. Gardez, je vous prie, un peu de cette chaleur qui vous animait tout � l�heure pour fl�trir ces mis�rables qui ont complot� l�chement la ruine de cet honneur sans tache.
� Je ne comprends pas�
� Vous allez comprendre� Un l�che, vous dis-je, a introduit quelqu�un dans la chambre de mademoiselle de Taverney�
Le baron p�lit.
� Un l�che, continua Philippe, a voulu que le nom de Taverney� le mien� le v�tre, monsieur, f�t souill� d�une tache ind�l�bile� Voyons! o� est votre �p�e de jeune homme pour r�pandre un peu de sang? La chose en vaut-elle la peine?
� Monsieur Philippe�
� Ah! ne craignez rien; je n�accuse personne, moi; je ne connais personne� Le crime s�est tram� dans l�ombre, ex�cut� dans l�ombre� le r�sultat dispara�tra dans l�ombre aussi, je le veux! moi qui entends � ma mode la gloire de ma maison.
� Mais comment savez-vous?� s��cria le baron revenu de sa stupeur par l�app�t d�une inf�me ambition, d�un ignoble espoir; � quel signe reconnaissez-vous?�
� C�est ce que ne demandera personne de ceux qui pourraient entrevoir ma s�ur, votre fille, dans quelques mois, monsieur le baron!
� Mais alors, Philippe, s��cria le vieillard avec des yeux pleins de joie, alors la fortune et la gloire de la maison ne sont pas �vanouies; alors nous triomphons!
� Alors� vous �tes bien r�ellement l�homme que je pensais, dit Philippe avec un supr�me d�go�t; vous vous �tes trahi vous-m�me, et vous venez de manquer d�esprit devant un juge, apr�s avoir manqu� de c�ur devant votre fils.
� Insolent!
� Assez! r�pliqua Philippe. Craignez d��veiller, en parlant si haut, l�ombre, h�las! trop insensible de ma m�re, qui, si elle vivait, e�t veill� sur sa fille.
Le baron baissa les paupi�res devant l��blouissante clart� qui jaillissait des yeux de son fils.
� Ma fille, reprit-il apr�s un moment, ne me quittera pas sans ma volont�.
� Ma s�ur, dit Philippe, ne vous reverra jamais, mon p�re.
� Est-ce elle qui dit cela?
� C�est elle qui m�envoie vous le d�clarer.
Le baron essuya d�une main tremblante ses l�vres blanches et humides.
� Soit! dit-il.
Puis, haussant les �paules:
� J�ai eu du malheur en enfants, s��cria-t-iclass="underline" un sot et une brute.
Philippe ne r�pliqua rien.
� Bon, bon, continua Taverney; je n�ai plus besoin de vous; allez� si la th�se est r�cit�e.
� J�avais encore deux choses � vous dire, monsieur.
� Dites.
� La premi�re est celle-ci: le roi a donn�, � vous, un �crin de perles�
� � votre s�ur, monsieur�
� � vous, monsieur� D�ailleurs, peu importe� Ma s�ur ne porte point de joyaux pareils� Ce n�est pas une prostitu�e que mademoiselle de Taverney; elle vous prie de remettre l��crin � qui l�a donn�; ou, comme vous craindriez de d�sobliger Sa Majest�, qui a tant fait pour notre famille, de garder l��crin chez vous.
Philippe tendit l��crin � son p�re. Celui-ci le prit, l�ouvrit, regarda les perles et le jeta sur un chiffonnier.
� Apr�s? dit-il.
� Ensuite, monsieur, comme nous ne sommes pas riches, puisque vous avez engag� ou d�pens� jusqu�au bien de notre m�re, ce dont je ne vous fais pas reproche, � Dieu ne plaise�
� Il vaudrait mieux, dit le baron en grin�ant les dents.
� Mais, enfin, comme nous n�avons que Taverney qui vienne de cette succession modique, nous vous prions de choisir entre Taverney et ce petit h�tel o� nous sommes. Habitez l�un, nous nous retirerons dans l�autre.
Le baron froissa son jabot de dentelles avec une fureur qui ne se trahit que par l�agitation de ses doigts, la moiteur de son front, le fr�missement de ses l�vres; Philippe m�me ne les remarqua pas. Il avait d�tourn� la t�te.
� J�aime mieux Taverney, r�pliqua le baron.
� Alors, nous garderons l�h�tel.
� Comme vous voudrez.
� Quand partirez-vous?
� Ce soir m�me� Non, tout de suite.
Philippe s�inclina.
� � Taverney, continua le baron, on para�t roi avec trois mille livres de rente� Je serai deux fois roi.
Il �tendit la main vers le chiffonnier pour prendre l��crin, qu�il serra dans sa poche.
Puis il se dirigea vers la porte.
Tout � coup, revenant sur ses pas, avec un atroce sourire:
� Philippe, dit-il, je vous permets de signer de notre nom le premier trait� de philosophie que vous publierez. Quant � Andr�e� pour son premier ouvrage� conseillez-lui de l�appeler Louis ou Louise: c�est un nom qui porte bonheur.
Et il sortit en ricanant. Philippe, l��il sanglant, le front en feu, serra de sa main la garde de son �p�e, en murmurant:
� Mon Dieu! donnez-moi la patience, accordez-moi l�oubli!
Chapitre 151. Le cas de conscience
Apr�s avoir transcrit, avec ce soin m�ticuleux qui le caract�risait, quelques pages de ses R�veries d�un promeneur solitaire, Rousseau venait de terminer un frugal d�jeuner.
Quoiqu�une retraite lui e�t �t� offerte par M. de Girardin dans les d�licieux jardins d�Ermenonville, Rousseau, h�sitant � se soumettre � l�esclavage des grands, comme il disait dans sa monomanie misanthropique, habitait encore ce petit logement de la rue Pl�tri�re que nous connaissons.
De son c�t�, Th�r�se, ayant achev� de mettre en ordre le petit m�nage, venait de prendre son panier pour aller � la provision.
Il �tait neuf heures du matin.
La m�nag�re, selon son habitude, vint demander � Rousseau ce qu�il pr�f�rait pour le d�ner du jour.
Rousseau sortit de sa r�verie, leva lentement la t�te et regarda Th�r�se comme fait un homme � moiti� �veill�.
� Tout ce que vous voudrez, dit-il, pourvu qu�il y ait des cerises et des fleurs.
� On verra, dit Th�r�se, si tout cela n�est pas trop cher.
� Bien entendu, dit Rousseau.
� Car enfin, continua Th�r�se, je ne sais pas si ce que vous faites ne vaut rien, mais il me semble qu�on ne vous paie plus comme autrefois.
� Tu te trompes, Th�r�se, on me paie le m�me prix; mais je me fatigue et travaille moins, et puis mon libraire est en retard avec moi d�un demi-volume.
� Vous verrez que celui-l� vous fera encore banqueroute.
� Il faut esp�rer que non, c�est un honn�te homme.
� Un honn�te homme, un honn�te homme! Quand vous avez dit cela, vous croyez avoir tout dit.
� J�ai dit beaucoup, au moins, r�pliqua Rousseau en souriant; car je ne le dis pas de tout le monde.
� C�est pas �tonnant: vous �tes si maussade!
� Th�r�se, nous nous �loignons de la question.
� Oui, vous voulez vos cerises, gourmand; vous voulez vos fleurs, sybarite!
� Que voulez-vous! ma bonne m�nag�re, r�pliqua Rousseau avec une patience d�ange, j�ai le c�ur et la t�te si malades, que, ne pouvant sortir, je me r�cr�erai, du moins, � voir un peu de ce que Dieu jette � pleines mains dans les campagnes.
En effet, Rousseau �tait p�le et engourdi, et ses mains paresseuses feuilletaient un livre que ses yeux ne lisaient pas.
Th�r�se secoua la t�te.
� C�est bon, c�est bon, dit-elle, je sors pour une heure; souvenez-vous bien que je mets la clef sous le paillasson, et que, si vous en avez besoin�
� Oh! je ne sortirai pas, dit Rousseau.
� Je sais bien que vous ne sortirez pas, puisque vous ne pouvez pas tenir debout; mais je vous dis cela pour que vous fassiez un peu attention aux gens qui peuvent venir et que vous ouvriez si l�on sonne; car, si l�on sonne, vous serez s�r que ce n�est pas moi.
� Merci, bonne Th�r�se, merci; allez.
La gouvernante sortit en grommelant selon son habitude; mais le bruit de son pas lourd et tra�nant se fit encore entendre longtemps dans l�escalier.