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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� � Paris.

� � Paris. Eh bien! en nous embarquant � Marseille, nous pouvons y �tre en six semaines, au Congo.

� Oui, cela se pourrait, sans doute, mais il faut que je reste en France.

� Il faut que tu restes en France! et pourquoi cela?

� Parce que j�y ai affaire.

� Tu as affaire en France?

� Oui, et s�rieusement.

Le vieillard partit d�un long et lugubre �clat de rire.

� Affaire, dit-il, affaire en France. Ah! oui, c�est vrai, j�avais oubli�, moi. Tu as des clubs � organiser, n�est-ce pas?

� Oui, ma�tre.

� Des conspirations � ourdir?

� Oui, ma�tre.

� Tes affaires, enfin, comme tu appelles cela.

Et le vieillard se reprit � rire de son air faux et moqueur.

Balsamo garda le silence, tout en amassant des forces contre l�orage qui se pr�parait et qu�il sentait venir.

� Et o� en sont ces affaires? Voyons! dit le vieillard en se retournant p�niblement sur son fauteuil et en attachant ses grands yeux gris sur son �l�ve.

Balsamo sentit p�n�trer en lui ce regard comme un rayon lumineux.

� O� j�en suis? demanda-t-il.

� Oui.

� J�ai lanc� la premi�re pierre, l�eau est troubl�e.

� Et quel limon as-tu remu�? Parle, voyons.

� Le bon, le limon philosophique.

� Ah! oui, tu vas mettre en jeu tes utopies, tes r�ves creux, tes brouillards: des dr�les qui discutent sur l�existence ou la non-existence de Dieu, au lieu d�essayer comme moi de se faire dieux eux-m�mes. Et quels sont ces fameux philosophes auxquels tu te relies? Voyons.

� J�ai d�j� le plus grand po�te et le plus grand ath�e de l��poque; un de ces jours, il doit rentrer en France, d�o� il est � peu pr�s exil�, pour se faire recevoir ma�on, � la loge que j�organise rue du Pot-de-Fer, dans l�ancienne maison des j�suites.

� Et tu l�appelles?

� Voltaire.

� Je ne le connais pas; apr�s, qui as-tu encore?

� On doit m�aboucher prochainement avec le plus grand remueur d�id�es du si�cle, avec un homme qui a fait le Contrat social.

� Et tu l�appelles?

� Rousseau.

� Je ne le connais pas.

� Je le crois bien, vous ne connaissez, vous qu�Alphonse X, Raymond Lulle, Pierre de Tol�de, et le grand Albert.

� C�est que ce sont les seuls hommes qui aient r�ellement v�cu, puisque ce sont les seuls qui ont agit�, toute leur vie, cette grande question d��tre ou de ne pas �tre.

� Il y a deux fa�ons de vivre, ma�tre.

� Je n�en connais qu�une, moi: c�est d�exister; mais revenons � tes deux philosophes. Tu les appelles, dis-tu?

� Voltaire, Rousseau.

� Bon! je me rappellerai ces noms-l�; et tu pr�tends, gr�ce � ces deux hommes�?

� M�emparer du pr�sent et saper l�avenir.

� Oh! oh! ils sont donc bien b�tes, dans ce pays-ci, qu�ils se laissent mener avec des id�es?

� Au contraire, c�est parce qu�ils ont trop d�esprit que les id�es ont plus d�influence sur eux que les faits. Et puis j�ai un auxiliaire plus puissant que tous les philosophes de la terre.

� Lequel?

� L�ennui� Il y a quelque seize cents ans que la monarchie dure en France, et les Fran�ais sont las de la monarchie.

� De sorte qu�ils vont renverser la monarchie?

� Oui.

� Tu crois cela?

� Sans doute.

� Et tu pousses, tu pousses?

� De toutes mes forces.

� Imb�cile!

� Comment?

� Que t�en reviendra-t-il, � toi, du renversement de cette monarchie?

� � moi, rien; mais � tous, le bonheur.

� Voyons, aujourd�hui, je suis content, et je veux bien perdre mon temps � te suivre. Explique-moi d�abord comment tu arriveras au bonheur, et ensuite ce que c�est que le bonheur.

� Comment j�arriverai?

� Oui, au bonheur de tous, ou au renversement de la monarchie, ce qui est pour toi l��quivalent du bonheur g�n�ral. J��coute.

� Eh bien! un minist�re existe en ce moment, qui est le dernier rempart qui d�fende la monarchie; c�est un minist�re intelligent, industrieux et brave qui pourrait soutenir vingt ans encore, peut-�tre, cette monarchie us�e et chancelante; ils m�aideront � le renverser.

� Qui cela? Tes philosophes?

� Non pas: les philosophes le soutiennent au contraire.

� Comment! tes philosophes soutiennent un minist�re qui soutient la monarchie, eux qui sont les ennemis de la monarchie? Oh! les grands imb�ciles que les philosophes!

� C�est que le ministre est un philosophe lui-m�me.

� Ah! je comprends, et qu�ils gouvernent dans la personne de ce ministre. Je me trompe alors, ce ne sont pas des imb�ciles, ce sont des �go�stes.

� Je ne veux pas discuter sur ce qu�ils sont, dit Balsamo, que l�impatience commen�ait � gagner, je n�en sais rien; mais ce que je sais, c�est que, ce minist�re renvers�, tous crieront haro sur le minist�re suivant.

� Bien!

� Ce minist�re aura contre lui d�abord les philosophes, puis le Parlement. Les philosophes crieront, le Parlement criera, le minist�re pers�cutera les philosophes et cassera le Parlement. Alors, dans l�intelligence et dans la mati�re s�organisera une ligue sourde, une opposition ent�t�e, tenace, incessante, qui attaquera tout, � toute heure creusera, minera, �branlera. � la place des Parlements, on nommera des juges; ces juges nomm�s par la royaut� feront tout pour la royaut�. On les accusera, et � raison, de v�nalit�, de concussion, d�injustice. Le peuple se soul�vera, et enfin la royaut� aura contre elle la philosophie qui est l�intelligence, les Parlements qui sont la bourgeoisie, et le peuple qui est le peuple, c�est-�-dire ce levier que cherchait Archim�de et avec lequel on soul�ve le monde.

� Eh bien, quand tu auras soulev� le monde, il faudra bien que tu le laisses retomber.

� Oui, mais, en retombant, la royaut� se brisera.

� Et, quand elle sera bris�e, voyons, je veux bien suivre tes images fausses, parler ta langue emphatique, quand elle sera bris�e, la royaut� vermoulue, que sortira-t-il de ses ruines?

� La libert�.

� Ah! les Fran�ais seront donc libres?

� Cela ne peut manquer d�arriver un jour.

� Libres, tous?

� Tous.

� Il y aura alors en France trente millions d�hommes libres?

� Oui.

� Et parmi ces trente millions d�hommes libres, tu crois qu�il ne se rencontrera pas un homme un peu mieux fourni de cervelle que les autres, lequel confisquera un beau matin la libert� de ses vingt-neuf millions neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf concitoyens, pour avoir un peu plus de libert� � lui seul? Te rappelles-tu ce chien que nous avions � M�dine, et qui mangeait � lui seul la part de tous les autres?

� Oui, mais, un beau jour, les autres se sont unis contre lui et l�ont �trangl�.

� Parce que c��taient des chiens; des hommes n�eussent rien dit.

� Vous mettez donc l�intelligence de l�homme au-dessous de celle du chien, ma�tre?

� Dame! les exemples sont l�.

� Et quels exemples?

� Il me semble qu�il y a eu chez les anciens un certain C�sar Auguste, et chez les modernes un certain Olivier Cromwell, qui mordirent ardemment le g�teau romain et le g�teau anglais, sans que ceux auxquels ils l�arrachaient aient dit ou fait grand-chose contre eux.

� Eh bien! en supposant que cet homme surgisse, cet homme sera mortel, cet homme mourra, et avant de mourir, il aura fait du bien � ceux m�mes qu�il aura opprim�s, car il aura chang� la nature de l�aristocratie; oblig� de s�appuyer sur quelque chose, il aura choisi la chose la plus forte c�est-�-dire le peuple. � l��galit� qui abaisse, il aura substitu� l��galit� qui �l�ve. L��galit� n�a point de barri�re fixe, c�est un niveau qui subit la hauteur de celui qui la fait. Or, en �levant le peuple, il aura consacr� un principe inconnu jusqu�� lui. La R�volution aura fait les Fran�ais libres. Le protectorat d�un autre C�sar Auguste ou d�un autre Olivier Cromwell les aura faits �gaux.

Althotas fit un brusque mouvement sur son fauteuil.

� Oh! que cet homme est stupide! s��cria-t-il. Occupez donc vingt ans de votre vie � �lever un enfant, � essayer de lui apprendre ce que vous savez, pour que cet enfant, � trente ans, vienne vous dire: �Les hommes seront �gaux!��

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