Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
38
Patrick partait le lendemain et Léanne réalisa soudain qu’elle manquait à tous ses devoirs.
— Je ne t’ai même pas demandé si tu connaissais Nice ?
– À vrai dire, je n’y étais jamais venu.
— Tu ne peux pas partir comme ça. Tu vas me tailler une sale réputation à Paris… Et comme on est appelé à se revoir sous peu, il faut que je me conduise bien, sinon tu vas me le faire payer.
— C’est certain ! Je me vengerai.
— Je vais te la faire courte. Promenade des Anglais et bord de mer jusqu’à Beaulieu. Tu verras, c’est mieux que tes voies sur berges, même si on n’a pas la tour Eiffel.
Patrick n’eut plus qu’à se laisser guider. Pour la jouer star, la flic décida de le sortir dans un cabriolet Mercedes.
— C’est la tienne ? Ne me dis pas qu’il s’agit d’une bagnole de service !
— Si, évidemment, vous n’avez pas ça à la Crim’ ? commenta-t-elle avec un brin de perfidie dans la voix. Le cabriolet, c’est pour les filles. Pour les garçons, il y a autre chose, dit-elle en jetant un coup de menton vers une Jeep Grand Cherokee. Depuis peu, on garde les véhicules qu’on saisit. Après décision de justice, ils nous sont attribués. Dans la région, les voyous ont bon goût. Allez, en route !
Une fois dans la voiture, elle le mit en garde et… en boîte :
— Range tes lunettes, papy, on va décapoter.
Le commandant apprécia rapidement le spectacle, même si ces plages n’avaient rien à voir avec celles de la région de Perpignan qu’il aimait particulièrement.
— Ici, c’est vingt mètres de sable ou de galets, route de bord de mer, voie ferrée, route nationale… Que du béton ! Mais je reconnais que c’est beau.
Léanne accéléra et fut obligée de hausser la voix.
— On n’a pas le vent qui sévit de Toulon à Perpignan… Et s’il y a autant de béton, comme tu dis, c’est bien que les gens ont de bonnes raisons de vivre ici ! Moi, je ne pourrais pas partir ailleurs. Toi, tu as toujours été Parisien ?
— Quasiment.
— Tu ne veux plus bouger, même à la retraite ?
— Je n’y suis pas encore.
– Ça ne tardera pas à te rattraper, s’amusa-t-elle.
— C’est pas faux. Je pense rester en région parisienne. On a un pavillon en banlieue ouest, pas loin de Versailles… Encore que ma femme s’est mise dans l’idée de venir à Paris. Moi, j’attends de voir comment seront nos nouveaux locaux. Si ça ne me plaît pas, je penserais peut-être à la province.
— Pour des bâtiments ? T’es fou !
Le commandant prit soudain un air nostalgique.
— Je ne sais pas, on verra.
Il se tut et elle sourit intérieurement, le laissant plongé dans ses pensées. De son côté, elle s’abandonna au plaisir de la conduite, du vent dans les cheveux, et au spectacle qui s’offrait à elle. Au retour, elle essaya de se garer près de l’ancienne préfecture, face au cours Saleya. Elle montra l’entrée du Palais de justice à son « touriste ». Un policier en faction repéra leur voiture qui s’engageait sur la voie réservée et s’arrêtait sur un emplacement « police ». Elle allait se souvenir de lui ! Il s’approcha d’un pas décidé au moment où elle relevait la capote.
— Si tu ne veux pas d’ennuis, je crois que tu vas être obligée de faire claquer la brème, s’amusa Girard.
Léanne sortit de la voiture et présenta sa carte. Le gardien la toisa d’un air soupçonneux…
— C’est deux flics à Miami ? se moqua-t-il d’une voix chaude et vaguement sifflante.
La réflexion lui plut et elle en rajouta une couche en attrapant sa paire de lunettes de soleil avec un air de défi et des allures de star.
— C’est un peu ça. En attendant, faites en sorte qu’on ne nous l’abîme pas, c’est la nouvelle voiture du commissaire, il ne serait pas content.
La commandant entraîna Patrick. Ici, elle était dans son élément.
— Voilà ! T’es dans le vieux Nice, l’endroit populaire de la ville. Encore que c’est devenu un peu bobo. Viens, je t’emmène en balade.
Dans un dédale de ruelles, près d’un restaurant, elle ralentit le pas. Le petit établissement précisait sur son menu qu’il s’agissait de cuisine niçoise traditionnelle.
— Tu sais qui est le propriétaire ?
— Toi ?
— Mais non, idiot, Braghanti !
— C’est vide !
— Je suppose que tout le monde est aux abois. Le personnel doit s’inquiéter pour son avenir professionnel, et les habitués doivent être trop occupés à faire du rangement chez eux, de crainte que nous décidions de leur rendre une visite. La garde à vue d’un voyou tel que Braghanti, génère toujours un certain flottement dans la vie niçoise. Quand tout le monde aura compris qu’il est à l’ombre pour un moment, la guerre de succession va commencer. Plusieurs de ses lieutenants vont tomber. Les cartes vont se redistribuer et les couteaux vont ressortir. Je ne serais pas surprise que notre brigade criminelle passe quelques nuits blanches dans les prochaines semaines.
Pendant qu’elle parlait, un individu au look d’Aldo Maccione s’avança vers eux. L’air grave, il s’essaya à un sourire confiant, mais un rien provocateur.
— Vous venez nous narguer, commandant ?
Léanne soutint son regard. Patrick apprécia le numéro de ces duettistes.
— Pas du tout, loin de moi cette idée. Nous passons par hasard. Je fais visiter Nice à mon collègue. Pour nous, policiers, il y a des endroits à connaître qui diffèrent un peu du tourisme habituel. Ce restaurant en est un, et j’en fais profiter un Parisien en promenade sur la Côte d’Azur.
L’homme tendit la main à Patrick. Léanne fit de son mieux pour écourter la discussion. Aldo Maccione prit un air ironique et un peu méprisant :
— Passez une bonne soirée.
Après quelques pas, la commandant se fendit d’une explication :
— Ce cousin de Braghanti s’occupe de la branche machines à sous. C’est un marché juteux, il pourrait être une des premières victimes en cas de changements.
— Il ne peut pas prendre la succession ?
— Il n’a pas les couilles, pas assez de soutien non plus. Il tient sa place parce qu’il est « cousin de »… Dans la réalité, c’est un pantin, un larbin.
De retour sur le cours Saleya.
— Tu veux acheter un truc à ta femme ?
— Surtout pas ! Je le faisais à une époque, jusqu’à ce qu’elle me reproche : « si à chaque fois que tu pars en mission, tu me ramènes des horreurs, autant que tu restes au bureau ». J’ai compris la leçon.
Il réfléchit :
— Ou alors quelque chose qui se mange, elle est gourmande… Je verrai à l’aéroport.
— Madame a du caractère ! C’est ça qu’il te faut ! Achète-lui des fruits confits, des mandarines. C’est excellent ! Viens, on va manger.
Au restaurant, elle se chargea de la commande : pissaladière, farcis, daube, tourte de blette sucrée en dessert. Patrick apprécia. Enfin, après un verre sur le port, elle l’entraîna dans un club où elle était comme chez elle.
— Des flics, des voyous, des avocats…, la faune locale. Tout le monde connaît tout le monde. C’est pas désagréable. Un brin excitant même d’avoir parfois une discussion de comptoir avec un type que tu vas « sauter » le lendemain matin à six heures. Tu es en train de travailler sur lui, tu sais qu’il va aller en prison… Grisant ! Tu n’as pas ça à Paris ?
— Si, ça existe. Mais pas à la Crim’. Nos enquêtes ne se prêtent pas à ce genre de relation.