Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Mais� cet �crin de perles est bien � moi! dit Andr�e.
� Ne touchez jamais � ces perles, Andr�e; elles vous br�leraient. Chacune de ces perles est d�une nature �trange, ma s�ur� elles font des taches sur les fronts qu�elles touchent�
Andr�e frissonna.
� Je garde cet �crin, ma s�ur, pour le rendre � qui de droit. Je vous le dis, ce n�est pas notre bien; non, et nous n�avons pas envie d�y rien pr�tendre, n�est-ce pas?
� Comme il vous plaira, mon fr�re, r�pliqua Andr�e toute frissonnante de honte.
� Ch�re s�ur, habillez-vous une derni�re fois pour votre visite � madame la dauphine; soyez bien calme, bien respectueuse, bien touch�e de vous �loigner d�une aussi noble protectrice.
� Oh! oui, bien touch�e, murmura Andr�e avec �motion; c�est une grande douleur dans mon malheur.
� Moi, je vais � Paris, ma s�ur, et je reviendrai vers ce soir; aussit�t arriv�, je vous emm�nerai: payez ici tout ce qu�il vous reste devoir.
� Rien, rien; j�avais Nicole, elle s�est enfuie� Ah! j�oubliais le petit Gilbert.
Philippe tressaillit; ses yeux s�allum�rent.
� Vous devez � Gilbert? s��cria-t-il.
� Oui, dit naturellement Andr�e, il m�a fourni des fleurs depuis le commencement de la saison. Or, comme vous me l�avez dit vous-m�me, parfois je fus injuste et dure envers ce gar�on, qui �tait poli apr�s tout� Je le r�compenserai autrement.
� Ne cherchez pas Gilbert, murmura Philippe.
� Pourquoi?� Il doit �tre dans les jardins: je le ferai mander, d�ailleurs.
� Non! non! vous perdriez un temps pr�cieux� Moi, au contraire, en traversant les all�es, je le rencontrerai� je lui parlerai� je le paierai�
� Alors, c�est bien, s�il en est ainsi.
� Oui, adieu; � ce soir.
Philippe baisa la main de la jeune fille, qui se jeta dans ses bras. Il comprima jusqu�aux battements de son c�ur dans cette molle �treinte, et, sans tarder, il partit pour Paris, o� le carrosse le d�posa devant la porte du petit h�tel de la rue Coq-H�ron.
Philippe savait bien rencontrer l� son p�re. Le vieillard, depuis sa rupture �trange avec Richelieu, n�avait plus trouv� la vie supportable � Versailles, et il cherchait, comme tous les esprits surabondants d�activit�, � tromper les torpeurs du moral par les agitations du d�placement.
Or, le baron, quand Philippe sonna au guichet de la porte coch�re, arpentait avec d�effroyables jurons le petit jardin de l�h�tel et la cour attenant � ce jardin.
Il tressaillit au bruit de la sonnette et vint ouvrir lui-m�me.
Comme il n�attendait personne, cette visite impr�vue lui apportait une esp�rance: le malheureux, dans sa chute, se rattrapait � toutes branches.
Il re�ut donc Philippe avec le sentiment d�un d�pit et d�une curiosit� insaisissables.
Mais il n�eut pas plus t�t regard� le visage de son interlocuteur, que cette sombre p�leur, cette raideur des lignes et la crispation de la bouche glac�rent la source de questions qu�il s�appr�tait � ouvrir.
� Vous! dit-il seulement, et par quel hasard?
� J�aurai honneur de vous expliquer cela, monsieur, dit Philippe.
� Bon! c�est grave?
� Assez grave, oui, monsieur.
� Ce gar�on a toujours des fa�ons c�r�monieuses qui inqui�tent� Est-ce un malheur, voyons, ou un bonheur que vous apportez?
� C�est un malheur, dit gravement Philippe.
Le baron chancela.
� Nous sommes bien seuls? demanda Philippe.
� Mais oui.
� Voulez-vous que nous entrions dans la maison, monsieur?
� Pourquoi pas en plein air, sous ces arbres�?
� Parce qu�il est de certaines choses qui ne se disent pas � la lumi�re des cieux.
Le baron regarda son fils, ob�it � son geste muet, et, tout en affectant l�impassibilit�, le sourire m�me, il le suivit dans la salle basse, dont d�j� Philippe avait ouvert la porte.
Lorsque les portes furent soigneusement ferm�es, Philippe attendit un geste de son p�re pour commencer la conversation, et, le baron s��tant assis commod�ment dans le meilleur fauteuil du salon:
� Monsieur, dit Philippe, ma s�ur et moi, nous allons prendre cong� de vous.
� Comment cela? fit le baron tr�s surpris. Vous� vous absentez!� Et le service?
� Il n�y a plus de service pour moi: vous savez que les promesses faites par le roi n�ont pas �t� r�alis�es� heureusement.
� Voil� un heureusement que je ne comprends pas.
� Monsieur�
� Expliquez-le-moi: comment pouvez-vous �tre heureux de n��tre pas colonel d�un beau r�giment? Vous pousseriez loin la philosophie.
� Je la pousse assez loin pour ne pas pr�f�rer le d�shonneur � la fortune, voil� tout. Mais n�entrons pas, s�il vous pla�t, monsieur, dans des consid�rations de cet ordre�
� Entrons-y, pardieu!
� Je vous en supplie�, r�pliqua Philippe avec une fermet� qui signifiait: �Je ne veux pas!�
Le baron fron�a le sourcil.
� Et votre s�ur?� Oublie-t-elle ses devoirs aussi? son service pr�s de madame�?
� Ce sont l� des devoirs qu�elle doit subordonner � d�autres, monsieur.
� De quelle nature, s�il vous pla�t?
� De la plus imp�rieuse n�cessit�.
Le baron se leva.
� C�est une sotte esp�ce, grommela-t-il, que l�esp�ce des faiseurs d��nigmes.
� Est-ce bien une �nigme pour vous, tout ce que je dis l�?
� Absolument, r�pondit le baron avec un aplomb qui �tonna Philippe.
� Je m�expliquerai donc: ma s�ur s�en va parce qu�elle aussi est forc�e de fuir pour �viter un d�shonneur.
Le baron �clata de rire.
� Tudieu! les enfants mod�les que j�ai l�! s��cria-t-il. Le fils abandonne l�espoir d�un r�giment parce qu�il craint le d�shonneur, la fille abandonne un tabouret tout acquis parce qu�elle a peur du d�shonneur. En v�rit�, me voil� revenu au temps de Brutus et de Lucr�ce! De mon temps, mauvais temps sans doute, et il ne vaut pas les beaux jours de la philosophie, quand un homme voyait venir de loin un d�shonneur, et qu�il portait, comme vous, une �p�e au c�t�, et quand, comme vous, il avait pris des le�ons de deux ma�tres et de trois pr�v�ts, il embrochait le premier d�shonneur � la pointe de son �p�e.
Philippe haussa les �paules.
� Oui, c�est assez pauvre, ce que je dis l�, pour un philanthrope qui n�aime pas � voir couler le sang. Mais, enfin, les officiers ne sont pas pr�cis�ment n�s pour �tre philanthropes.
� Monsieur, j�ai autant que vous la conscience des n�cessit�s qu�impose le point d�honneur; mais ce n�est pas le sang vers� qui rach�te�
� Phrases!� phrases de� de philosophe! s��cria le vieillard irrit� au point de devenir majestueux. Je crois que j�allais dire de poltron.
� Vous avez bien fait de ne pas le dire, r�pliqua Philippe p�le et fr�missant.
Le baron soutint fi�rement le regard implacable et mena�ant de son fils.
� Je disais, reprit-il, et ma logique n�est pas mauvaise autant qu�on voudrait me le faire accroire; je disais que tout d�shonneur en ce monde vient, non pas d�une action, mais d�un propos. Ah! c�est ainsi!� Soyez criminel devant des sourds et devant des aveugles ou des muets, serez-vous d�shonor�? Vous allez me r�pondre par ce vers stupide:
C�est bon � dire � des enfants ou � des femmes; mais � un homme, mordieu! l�on parle un autre langage� Or, je me figurais, moi, avoir cr�� un homme� Maintenant que l�aveugle voie, que le sourd ait pu entendre, que le muet parle, et vous frappez sur la garde de votre �p�e, et vous crevez les yeux � l�un, le tympan � l�autre, vous coupez la langue au dernier; voil� comment r�pond � l�attaque du d�shonneur un gentilhomme du nom de Taverney-Maison-Rouge!
� Un gentilhomme de ce nom, monsieur, sait toujours, entre les choses qu�il a � faire, que la premi�re, c�est de ne pas commettre une action d�shonorante: voil� pourquoi je ne r�pondrai pas � vos arguments. Seulement, il arrive parfois que l�opprobre est n� d�un malheur in�vitable; c�est le cas o� nous nous trouvons, ma s�ur et moi.
� Je passe � votre s�ur. Si, d�apr�s mon syst�me, l�homme ne doit jamais fuir une chose qu�il peut combattre et vaincre, la femme aussi doit attendre de pied ferme. � quoi sert la vertu, monsieur le philosophe, sinon � repousser les attaques du vice? O� est le triomphe de cette m�me vertu, sinon dans la d�faite du vice?