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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Mais� cet �crin de perles est bien � moi! dit Andr�e.

� Ne touchez jamais � ces perles, Andr�e; elles vous br�leraient. Chacune de ces perles est d�une nature �trange, ma s�ur� elles font des taches sur les fronts qu�elles touchent�

Andr�e frissonna.

� Je garde cet �crin, ma s�ur, pour le rendre � qui de droit. Je vous le dis, ce n�est pas notre bien; non, et nous n�avons pas envie d�y rien pr�tendre, n�est-ce pas?

� Comme il vous plaira, mon fr�re, r�pliqua Andr�e toute frissonnante de honte.

� Ch�re s�ur, habillez-vous une derni�re fois pour votre visite � madame la dauphine; soyez bien calme, bien respectueuse, bien touch�e de vous �loigner d�une aussi noble protectrice.

� Oh! oui, bien touch�e, murmura Andr�e avec �motion; c�est une grande douleur dans mon malheur.

� Moi, je vais � Paris, ma s�ur, et je reviendrai vers ce soir; aussit�t arriv�, je vous emm�nerai: payez ici tout ce qu�il vous reste devoir.

� Rien, rien; j�avais Nicole, elle s�est enfuie� Ah! j�oubliais le petit Gilbert.

Philippe tressaillit; ses yeux s�allum�rent.

� Vous devez � Gilbert? s��cria-t-il.

� Oui, dit naturellement Andr�e, il m�a fourni des fleurs depuis le commencement de la saison. Or, comme vous me l�avez dit vous-m�me, parfois je fus injuste et dure envers ce gar�on, qui �tait poli apr�s tout� Je le r�compenserai autrement.

� Ne cherchez pas Gilbert, murmura Philippe.

� Pourquoi?� Il doit �tre dans les jardins: je le ferai mander, d�ailleurs.

� Non! non! vous perdriez un temps pr�cieux� Moi, au contraire, en traversant les all�es, je le rencontrerai� je lui parlerai� je le paierai�

� Alors, c�est bien, s�il en est ainsi.

� Oui, adieu; � ce soir.

Philippe baisa la main de la jeune fille, qui se jeta dans ses bras. Il comprima jusqu�aux battements de son c�ur dans cette molle �treinte, et, sans tarder, il partit pour Paris, o� le carrosse le d�posa devant la porte du petit h�tel de la rue Coq-H�ron.

Philippe savait bien rencontrer l� son p�re. Le vieillard, depuis sa rupture �trange avec Richelieu, n�avait plus trouv� la vie supportable � Versailles, et il cherchait, comme tous les esprits surabondants d�activit�, � tromper les torpeurs du moral par les agitations du d�placement.

Or, le baron, quand Philippe sonna au guichet de la porte coch�re, arpentait avec d�effroyables jurons le petit jardin de l�h�tel et la cour attenant � ce jardin.

Il tressaillit au bruit de la sonnette et vint ouvrir lui-m�me.

Comme il n�attendait personne, cette visite impr�vue lui apportait une esp�rance: le malheureux, dans sa chute, se rattrapait � toutes branches.

Il re�ut donc Philippe avec le sentiment d�un d�pit et d�une curiosit� insaisissables.

Mais il n�eut pas plus t�t regard� le visage de son interlocuteur, que cette sombre p�leur, cette raideur des lignes et la crispation de la bouche glac�rent la source de questions qu�il s�appr�tait � ouvrir.

� Vous! dit-il seulement, et par quel hasard?

� J�aurai honneur de vous expliquer cela, monsieur, dit Philippe.

� Bon! c�est grave?

� Assez grave, oui, monsieur.

� Ce gar�on a toujours des fa�ons c�r�monieuses qui inqui�tent� Est-ce un malheur, voyons, ou un bonheur que vous apportez?

� C�est un malheur, dit gravement Philippe.

Le baron chancela.

� Nous sommes bien seuls? demanda Philippe.

� Mais oui.

� Voulez-vous que nous entrions dans la maison, monsieur?

� Pourquoi pas en plein air, sous ces arbres�?

� Parce qu�il est de certaines choses qui ne se disent pas � la lumi�re des cieux.

Le baron regarda son fils, ob�it � son geste muet, et, tout en affectant l�impassibilit�, le sourire m�me, il le suivit dans la salle basse, dont d�j� Philippe avait ouvert la porte.

Lorsque les portes furent soigneusement ferm�es, Philippe attendit un geste de son p�re pour commencer la conversation, et, le baron s��tant assis commod�ment dans le meilleur fauteuil du salon:

� Monsieur, dit Philippe, ma s�ur et moi, nous allons prendre cong� de vous.

� Comment cela? fit le baron tr�s surpris. Vous� vous absentez!� Et le service?

� Il n�y a plus de service pour moi: vous savez que les promesses faites par le roi n�ont pas �t� r�alis�es� heureusement.

� Voil� un heureusement que je ne comprends pas.

� Monsieur�

� Expliquez-le-moi: comment pouvez-vous �tre heureux de n��tre pas colonel d�un beau r�giment? Vous pousseriez loin la philosophie.

� Je la pousse assez loin pour ne pas pr�f�rer le d�shonneur � la fortune, voil� tout. Mais n�entrons pas, s�il vous pla�t, monsieur, dans des consid�rations de cet ordre�

� Entrons-y, pardieu!

� Je vous en supplie�, r�pliqua Philippe avec une fermet� qui signifiait: �Je ne veux pas!�

Le baron fron�a le sourcil.

� Et votre s�ur?� Oublie-t-elle ses devoirs aussi? son service pr�s de madame�?

� Ce sont l� des devoirs qu�elle doit subordonner � d�autres, monsieur.

� De quelle nature, s�il vous pla�t?

� De la plus imp�rieuse n�cessit�.

Le baron se leva.

� C�est une sotte esp�ce, grommela-t-il, que l�esp�ce des faiseurs d��nigmes.

� Est-ce bien une �nigme pour vous, tout ce que je dis l�?

� Absolument, r�pondit le baron avec un aplomb qui �tonna Philippe.

� Je m�expliquerai donc: ma s�ur s�en va parce qu�elle aussi est forc�e de fuir pour �viter un d�shonneur.

Le baron �clata de rire.

� Tudieu! les enfants mod�les que j�ai l�! s��cria-t-il. Le fils abandonne l�espoir d�un r�giment parce qu�il craint le d�shonneur, la fille abandonne un tabouret tout acquis parce qu�elle a peur du d�shonneur. En v�rit�, me voil� revenu au temps de Brutus et de Lucr�ce! De mon temps, mauvais temps sans doute, et il ne vaut pas les beaux jours de la philosophie, quand un homme voyait venir de loin un d�shonneur, et qu�il portait, comme vous, une �p�e au c�t�, et quand, comme vous, il avait pris des le�ons de deux ma�tres et de trois pr�v�ts, il embrochait le premier d�shonneur � la pointe de son �p�e.

Philippe haussa les �paules.

� Oui, c�est assez pauvre, ce que je dis l�, pour un philanthrope qui n�aime pas � voir couler le sang. Mais, enfin, les officiers ne sont pas pr�cis�ment n�s pour �tre philanthropes.

� Monsieur, j�ai autant que vous la conscience des n�cessit�s qu�impose le point d�honneur; mais ce n�est pas le sang vers� qui rach�te�

� Phrases!� phrases de� de philosophe! s��cria le vieillard irrit� au point de devenir majestueux. Je crois que j�allais dire de poltron.

� Vous avez bien fait de ne pas le dire, r�pliqua Philippe p�le et fr�missant.

Le baron soutint fi�rement le regard implacable et mena�ant de son fils.

� Je disais, reprit-il, et ma logique n�est pas mauvaise autant qu�on voudrait me le faire accroire; je disais que tout d�shonneur en ce monde vient, non pas d�une action, mais d�un propos. Ah! c�est ainsi!� Soyez criminel devant des sourds et devant des aveugles ou des muets, serez-vous d�shonor�? Vous allez me r�pondre par ce vers stupide:

Le crime fait la honte et non pas l��chafaud.

C�est bon � dire � des enfants ou � des femmes; mais � un homme, mordieu! l�on parle un autre langage� Or, je me figurais, moi, avoir cr�� un homme� Maintenant que l�aveugle voie, que le sourd ait pu entendre, que le muet parle, et vous frappez sur la garde de votre �p�e, et vous crevez les yeux � l�un, le tympan � l�autre, vous coupez la langue au dernier; voil� comment r�pond � l�attaque du d�shonneur un gentilhomme du nom de Taverney-Maison-Rouge!

� Un gentilhomme de ce nom, monsieur, sait toujours, entre les choses qu�il a � faire, que la premi�re, c�est de ne pas commettre une action d�shonorante: voil� pourquoi je ne r�pondrai pas � vos arguments. Seulement, il arrive parfois que l�opprobre est n� d�un malheur in�vitable; c�est le cas o� nous nous trouvons, ma s�ur et moi.

� Je passe � votre s�ur. Si, d�apr�s mon syst�me, l�homme ne doit jamais fuir une chose qu�il peut combattre et vaincre, la femme aussi doit attendre de pied ferme. � quoi sert la vertu, monsieur le philosophe, sinon � repousser les attaques du vice? O� est le triomphe de cette m�me vertu, sinon dans la d�faite du vice?

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