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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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Dès qu’il le put, le Parisien s’enferma dans un bureau pour appeler la commissaire Isabelle Hervier et lui restituer les propos d’Yves et le rapport de Raynal. La chef avait déjà reçu une copie de la mission de l’agent infiltré. Elle se focalisa sur le repenti.

— Il va mettre ça sur P.V. ?

— Oui, il est dans de bonnes dispositions. C’est un moyen d’alléger les charges. Ce n’est pas un mauvais mec.

— Tu te prends pour un avocat, maintenant ?

— Tu sais bien qu’au moment de passer le concours, j’ai hésité. Plus sérieusement, tu as eu la substitut ?

— Oui, elle a appelé la juge d’instruction marseillaise. Laurence Albertini va requérir la mise en détention pour tout le monde. En raison des charges, elle aura gain de cause. Il n’y a donc pas d’urgence. Le magistrat parisien qui suivra l’information des meurtres pourra les mettre en examen ultérieurement. Les suspects ne vont pas disparaître dans la nature. Tu seras encore en flag quand les Niçois viendront pour taper dans la banlieue.

Patrick réfléchit.

— Et l’Espagne ?

— Ils ont serré du monde, mais ça n’intéresse que les Stups. Legal a aussi recueilli des témoignages sur l’aller-retour de Leïla à Paris. Elle est partie en avion et revenue, comme on le sait déjà, avec Fahrid.

— Je rentre demain matin, plus rien à faire ici.

— D’autant que j’espère que tu as acheté des fringues, parce que j’ai toujours ta valise qui traîne dans mon bureau. Comme personne n’est parti te rejoindre, elle est restée là.

– Ça va, j’ai trouvé des trucs… immettables, mais je suis propre.

– À demain, alors…

Patrick allait raccrocher, quand lui vint une idée :

— Tu devrais appeler le jeune Dazin.

Elle hésita…

— Tu parles de ton informateur octogénaire ?

— Oui, je sais qu’il t’a à la bonne. Il aime les jolies filles.

Un rire éclata dans le téléphone.

— Tu me flattes… Je suis contente d’avoir de tels admirateurs.

— Appelle-le, ou mieux, va le voir… Et montre-lui les photos prises à l’hôpital Necker. On a cru qu’il s’agissait de Fahrid. Maintenant qu’on sait qu’il y a deux personnes différentes, il arrivera peut-être à identifier l’individu. On ne sait jamais, c’est à tenter.

— Oui, tu as raison. Je vais trouver un moyen de le rencontrer discrètement.

36

À la tête de la pyramide, Braghanti revenait de droit à Léanne, en vertu d’un usage non écrit : un directeur d’enquête se réservait le « beau mec ». D’entrée, elle décida de n’en rien faire, tout au moins pas tout de suite, et en laissa le privilège à Vignon. Les voyous, d’un naturel hâbleur, aimaient les grades. Être entendu par le chef de la section criminelle de la police judiciaire comblerait Braghanti. De façon surprenante, ce dernier refusa la présence d’un avocat.

— Comme si j’avais besoin d’un baveux pour me défendre, se vanta-t-il.

Après avoir discuté pendant une bonne heure, Vignon lui proposa de partager avec lui une pizza au bureau. Évidemment, l’autre se trouva très honoré, et le commissaire en profita pour faire venir Léanne.

— La femme qui t’a fait tomber.

— Elle ? s’étonna le « beau mec » en la déshabillant du regard. Elles sont pas mal vos poulettes. Et t’as planqué sur moi ? lui demanda-t-il, avant d’ajouter sans lui laisser le temps de répondre : c’est pas possible ! Je t’aurais remarquée.

— Vous savez bien, monsieur Braghanti, que nos méthodes ont changé.

— Oui, petite, je le sais. C’est pour cela que je me méfie du téléphone et de ma maison, puisque maintenant vous nous sonorisez et vous planquez des caméras. C’est un peu moyen tout ça, côté libertés j’entends. Non ?

Les policiers sourirent. Le vieux truand se délecta de leur intérêt, et eux prirent plaisir à donner la réplique à ce genre de personnage. Ils le laissèrent poursuivre :

— Je ne fais rien. Un pauvre retraité. Vous avez contrôlé mes revenus. Une allocation invalidité. C’est tout ce que j’ai. Je joue à la pétanque… Parfois même avec le commissaire, précisa-t-il pour Léanne… Vous avez dû le voir ?

Les deux flics se mirent à rire, rapidement accompagnés par Braghanti lui-même.

— On s’amuse, non ? Vous savez bien que je ne dirai rien.

— Et vous avez raison, lui répondit Vignon, en lançant un clin d’œil à Léanne.

Le temps était venu d’abattre les cartes. La commandant posa sur une table une série de photographies agrafées dans une chemise. On y voyait Braghanti en Espagne à côté des deux voitures convoyeuses de drogue. Le mafieux déglutit difficilement. La pizza passait mal.

— Vous vous reconnaissez ?

— C’est moi, chez des amis à Marbella. Vous le savez, je reviens de là-bas, j’y suis allé plusieurs jours. Ce n’est un secret pour personne.

— Et les voitures ?

— Quoi, les voitures ? Je ne connais pas tout le monde. Vous savez, dans mon milieu, on ne pose pas de questions.

— Dans le nôtre si, le reprit Léanne.

La commandant déposa ensuite un rapport sur le bureau dont elle parcourut quelques lignes à haute voix : « Braghanti a envoyé ses lieutenants faire un inventaire rapide de la marchandise, s’est adressé à Eduardo pour le remercier et le féliciter, et lui a remis une valise d’argent censée couvrir la moitié du prix de la marchandise livrée. Il était prévu que le reste soit payé ultérieurement ».

— Une balance ! Ça change facilement de version, une balance, éructa le voyou, énervé de voir qu’il avait été trahi. Je ne sais pas ce que vous avez promis à celui qui a imaginé ça. Mais il a tout inventé.

— Cette fois, j’ai peur que vous ayez quelques déconvenues, répondit Léanne.

— Ce n’est tout de même pas lui qui a mis votre ADN sur les billets et la valise, asséna Vignon.

Braghanti sourit et se décida à finir son morceau de pizza.

— Je crois que je vais avoir besoin d’un avocat. Parlons de pétanque, vous voulez bien ? Je n’ai pas envie de me fâcher avec vous deux… Vous êtes si sympathiques.

37

Marcel Dazin venait de passer la matinée à son poste d’observation quand se pointa Saïd Nasri. Le voyou ne sortait que pour les grandes occasions. Aujourd’hui, son rendez-vous devait être important. Il remballait les jeunes venus lui parler : « respect » !

Quand une grosse BMW noire arriva, le vieux immortalisa la scène en prenant des photos. L’homme qui rencontrait Nasri ne lui était pas inconnu, même s’ils se ressemblaient tous. Et soudain, il eut une sorte de déclic. Il rechercha dans ses documents la photo que lui avait laissée le commandant Girard. Le cliché pris à Necker était de mauvaise qualité et en noir et blanc. On y voyait un homme en blouse blanche et en jean. La police avait pensé qu’il s’agissait du même individu, photographié dans la rue, puis au volant d’une camionnette. Ils l’avaient confondu avec celui qui accompagnait une jeune femme, dans la cité pour récupérer d’abord un fourgon, puis, le jour suivant, une Mercedes. Ils s’étaient tous trompés. L’homme de la photo était celui qu’il voyait avec Nasri en bas de chez lui.

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