Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Oh! docteur, vous croirez?
� Oui, je crois, et avec raison. Le soup�on tend toujours � s��loigner des centres, comme font ces cercles grandissant caus�s par la pierre qui tombe dans l�eau; la pierre cependant ne s��loigne pas, elle, et, quand les ondulations se sont effac�es, nul regard n�en trouve la cause, ensevelie qu�elle est sous la profondeur de l�eau.
� Alors, docteur, mettez-vous � l��uvre.
� D�s aujourd�hui, monsieur.
� Pr�venez madame la dauphine.
� Ce matin m�me.
� Et pour le reste?�
� Dans vingt-quatre heures, vous aurez ma r�ponse.
� Oh! merci, docteur, vous �tes un dieu pour moi!
� Eh bien, jeune homme, maintenant que tout est convenu entre nous, accomplissez votre mission, retournez vers votre s�ur, consolez-la, prot�gez-la.
� Adieu, docteur, adieu!
Et le docteur, apr�s avoir suivi Philippe des yeux jusqu�� ce que le jeune homme e�t disparu, reprit sa promenade, ses �preuves et l��puration de son petit jardin.
Chapitre 150. Le p�re et le fils
Lorsque Philippe revint pr�s de sa s�ur, il la trouva bien agit�e, bien inqui�te.
� Ami, lui dit-elle, j�ai pens� en votre absence � tout ce qui m�est arriv� depuis quelque temps. C�est un ab�me o� va s�engloutir tout ce qui me reste de raison. Voyons, vous avez vu le docteur Louis?
� J�arrive de chez lui, Andr�e.
� Cet homme a port� contre moi une accusation terrible: est-elle juste?
� Il ne s��tait pas tromp�, ma s�ur.
Andr�e p�lit, et un acc�s nerveux crispa ses doigts si effil�s, si blancs.
� Le nom, dit-elle alors, le nom du l�che qui m�a perdue?
� Ma s�ur, vous devez l�ignorer �ternellement.
� Oh! Philippe, vous ne dites pas la v�rit�; Philippe, vous mentez � votre propre conscience� Ce nom, il faut que je le sache, afin que, toute faible que je suis et n�ayant pour moi que la pri�re, je puisse, en priant, armer contre le criminel toute la col�re de Dieu� Le nom de cet homme, Philippe.
� Ma s�ur, ne parlons jamais de cela.
Andr�e lui saisit la main et le regarda en face.
� Oh! dit-elle, voil� ce que vous me r�pondez, vous qui avez une �p�e au c�t�?
Philippe p�lit de ce mouvement de rage, et aussit�t, r�primant sa propre fureur:
� Andr�e, dit-il, je ne puis vous apprendre ce que je ne sais pas moi-m�me. Le secret m�est command� par le destin qui nous accable; ce secret, qu�un �clat compromettrait avec l�honneur de notre famille, une derni�re faveur de Dieu le rend inviolable pour tous.
� Except� pour un homme, Philippe� pour un homme qui rit, pour un homme qui nous brave!� O mon Dieu! pour un homme qui rit infernalement de nous, peut-�tre, dans sa retraite t�n�breuse.
Philippe serra les poings, regarda le ciel et ne r�pondit pas un mot.
� Cet homme, s��cria Andr�e en redoublant de col�re et d�indignation, je le connais peut-�tre, moi, cet homme� Enfin, Philippe, permettez-moi de vous le repr�senter, j�ai d�j� indiqu� ses �tranges influences sur moi; je croyais vous avoir envoy� � lui�
� Cet homme est innocent, je l�ai vu, j�ai la preuve� Ainsi, ne cherchez plus, Andr�e, ne cherchez plus�
� Philippe, remontons ensemble plus haut que cet homme, voulez-vous?� Allons, jusqu�aux premiers rangs des hommes puissants de ce royaume� Allons jusqu�au roi!
Philippe entoura de ses bras cette pauvre enfant, sublime dans son ignorance et dans son indignation:
� Va, dit-il, tous ceux que tu nommes �veill�e, tu les as nomm�s endormie; tous ceux que tu accuses avec la f�rocit� de la vertu, tu les as justifi�s lorsque tu voyais le crime pour ainsi dire se commettre.
� Alors, j�ai nomm� le coupable? dit-elle les yeux flamboyants.
� Non, r�pliqua Philippe, non. Ne m�interroge plus; imite-moi, subis la destin�e, le malheur est irr�parable; il se double pour toi de toute l�impunit� du criminel. Mais esp�re, esp�re� Dieu est au-dessus de tout, Dieu r�serve aux malheureux opprim�s une triste joie qu�on appelle la vengeance.
� La vengeance!� murmura-t-elle effray�e elle-m�me de l�accentuation terrible que Philippe avait mise sur ce mot.
� En attendant, repose-toi, ma s�ur, de tous les chagrins, de toutes les hontes que ma folle curiosit� t�a caus�s. Si j�avais su! oh! si j�avais su!�
Et il cacha sa t�te dans ses mains avec un d�sespoir affreux. Puis, se relevant soudain:
� De quoi me plaindrais-je? dit-il avec un sourire. Ma s�ur est pure, elle m�aime! jamais elle n�a trahi la confiance ni l�amiti�. Ma s�ur est jeune comme moi, bonne comme moi; nous vivrons ensemble, nous vieillirons ensemble� � deux, nous serons plus forts que le monde tout entier!�
� mesure que le jeune homme parlait de consolation, Andr�e s�assombrissait; elle penchait vers la terre un front plus p�le, elle prenait l�attitude et le regard fixe du morne d�sespoir que Philippe venait de secouer si courageusement.
� Vous ne parlez jamais que de nous deux! dit-elle en attachant son �il bleu si p�n�trant sur la physionomie mobile de son fr�re.
� De qui voulez-vous que je parle, Andr�e? dit le jeune homme soutenant le regard.
� Mais� nous avons un p�re� Comment traitera-t-il sa fille?
� Je vous ai dit hier, r�pondit froidement Philippe, d�oublier tout chagrin, toute crainte, de chasser, comme le vent chasse une vapeur matinale, tout souvenir et toute affection qui ne seraient pas mon affection et mon souvenir� En effet, ma ch�re Andr�e, vous n��tes aim�e de personne en ce monde, si ce n�est de moi; je ne suis aim� de personne que de vous. Pauvres orphelins abandonn�s, pourquoi subirions-nous un joug de reconnaissance ou de parent�? Avons-nous re�u des bienfaits, avons-nous senti la protection d�un p�re?� Oh! ajouta-t-il avec un amer sourire, vous savez � fond ma pens�e, vous connaissez l��tat de mon c�ur� S�il fallait aimer celui dont vous parlez, je vous dirais: �Aimez-le!� Je me tais, Andr�e: abstenez vous.
� Alors, mon fr�re� il faut donc que je croie�?
� Ma s�ur, dans les grandes infortunes, l�homme entend involontairement retentir ces mots peu compris de son enfance: �Crains Dieu!�� Oh! oui, Dieu s�est cruellement rappel� � notre souvenir!� �Respecte ton p�re�� O ma s�ur, la plus forte preuve de respect que vous puissiez donner au v�tre, c�est de l�effacer de votre souvenir.
� C�est vrai�, murmura Andr�e d�un air sombre en retombant sur son fauteuil.
� Mon amie, ne perdons pas le temps en paroles inutiles; rassemblez tous les effets qui vous appartiennent; le docteur Louis va trouver madame la dauphine et la pr�venir de votre d�part. Les raisons qu�il aura all�gu�es, vous le savez� c�est le besoin d�un changement d�air, souffrance inexplicable� Appr�tez, dis-je, toutes choses pour le d�part.
Andr�e se leva.
� Les meubles? dit-elle.
� Oh! non: linge, habits, bijoux.
Andr�e ob�it.
Elle rangea tout d�abord les coffres des armoires, les habits de la garde-robe o� s��tait cach� Gilbert; ensuite elle prit quelques �crins qu�elle s�appr�tait � mettre dans le coffre principal.
� Qu�est cela?� dit Philippe.
� C�est l��crin de la parure que Sa Majest� voulut bien m�envoyer lors de ma pr�sentation � Trianon.
Philippe p�lit en voyant la richesse du pr�sent.
� Avec ces bijoux seuls, dit Andr�e, nous vivrons partout honorablement. J�ai ou� dire que les perles seules valent cent mille livres.
Philippe referma l��crin.
� Elles sont tr�s pr�cieuses, en effet, dit-il.
Et, reprenant l��crin des mains d�Andr�e:
� Ma s�ur, il y a encore d�autres pierreries, je crois?
� Oh! cher ami, elles ne sont pas dignes d��tre compar�es � celles-ci; elles ornaient pourtant la toilette de notre bonne m�re, il y a quinze ans� La montre, les bracelets, les pendants d�oreille sont enrichis de brillants. Il y a aussi le portrait. Mon p�re voulait vendre le tout, parce que, disait-il, rien n��tait plus de mode.
� Voil� pourtant tout ce qui nous reste, dit Philippe, notre seule ressource. Ma s�ur, nous ferons fondre les objets d�or, nous vendrons les pierreries du portrait; nous aurons de cela vingt mille livres qui font une somme suffisante pour des malheureux.