Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Alex est devenue infirmière sur les instances de sa mère mais au fond, elle est infirmière dans l’âme. Elle aime faire le bien. Ce qui la fait céder, c’est que Jacqueline s’est vraiment donné un mal de chien pour mettre en scène sa proposition. Elle a apporté des brochettes, elle raconte l’établissement où on peut aller danser deux fois par semaine « vous verrez, c’est crevant », elle a toujours été folle de ça. Bon, elle avoue en minaudant, d’accord, c’est aussi pour les rencontres.
Alex sirote son bordeaux, elle ne s’est même pas rendu compte qu’on était passé à table et enfin il est vingt-deux heures trente, alors, on y va ?
33
Pour autant qu’on le sache, la route de Pascal Trarieux ne croise jamais celle de Stefan Maciak qui ne croise pas celle de Gattegno. Camille lit ses fiches à voix haute :
— « Gattegno, né à Saint-Fiacre, fait le lycée technique à Pithiviers où il entre en apprentissage. Après quoi, six ans plus tard, il ouvre son propre atelier à Étampes et reprend ensuite (il a alors vingt-huit ans) le garage de son ancien maître d’apprentissage, toujours à Étampes. »
Le bureau de la Brigade.
Le juge est passé pour ce qu’il appelle « le débriefing ». Il prononce le mot avec un accent anglais très souligné à mi-chemin de l’affectation et du ridicule. Aujourd’hui, il s’est vissé une cravate bleu ciel, le comble de l’extravagance vestimentaire dont il est capable. Les mains posées à plat devant lui comme des étoiles de mer, il reste impassible. Il veut faire de l’effet.
— Ce type n’a pas parcouru plus de trente bornes entre sa naissance et sa mort, poursuit Camille. Marié, trois enfants, et d’un coup, à quarante-sept ans, le démon de midi. Ça le rend dingue et après, ça le rend mort. Aucun rapport avec Trarieux.
Le juge ne dit rien, Le Guen ne dit rien, chacun garde ses cartouches, avec Camille Verhœven, on ne sait jamais exactement comment ça va tourner.
— Stefan Maciak, né en 1949. Famille polonaise, famille modeste, famille laborieuse, un exemple pour la France intégratrice.
Tout le monde sait déjà tout ça, faire le point d’une enquête pour une seule personne est assez pénible, on le sent à la voix de Camille qui s’impatiente. Dans ces cas-là, Le Guen ferme les yeux, comme s’il voulait lui communiquer de la sérénité par transmission de pensée. Louis aussi fait ça pour calmer son chef. Camille n’est pas un excité mais, de temps à autre, il a l’impatience un peu spontanée.
— Notre Maciak pousse l’assimilation jusqu’à devenir alcoolique. Il boit comme un Polonais donc c’est un bon Français. Du genre qui veut garder la nationalité française. Du coup, il fait dans le bistro. Il est plongeur, puis serveur, puis demi-chef de rang, nous avons sous les yeux un merveilleux exemple de montée sociale par la descente de gosier. Dans un pays laborieux comme le nôtre, l’effort est toujours récompensé. Maciak gère son premier café à trente-deux ans, à Épinay-sur-Orge. Il y reste huit ans et enfin, apogée de l’ascension sociale, il achète, avec un petit crédit de complément, le bistro des environs de Reims où il va trouver la mort dans les conditions que nous connaissons. Il n’a jamais été marié. Ceci explique peut-être le coup de foudre qui le terrasse lorsqu’une touriste de passage s’intéresse un jour à lui. Il y laisse 4 143,87 euros (les commerçants aiment les comptes précis), et la vie par la même occasion. Sa carrière a été laborieuse, mais sa passion a été fulgurante.
Silence. On ne sait pas si c’est dû à l’agacement (le juge), la consternation (Le Guen), la patience (Louis), la jubilation (Armand) mais tout le monde se tait.
— Selon vous, les victimes n’ont pas de point commun, notre meurtrière tue des gens au hasard, dit enfin le juge. Vous pensez qu’elle ne prémédite pas.
— Elle prémédite ou pas, je n’en sais rien. Je constate seulement que les victimes ne se connaissent pas et que ce n’est pas de ce côté-là qu’il faut chercher.
— Pourquoi alors notre meurtrière change-t-elle d’identité, si ce n’est pas « pour » tuer ?
— Ce n’est pas « pour » tuer mais « parce » qu’elle a tué.
Il suffit que le juge émette une hypothèse pour que Camille enclenche la marche arrière. Il s’explique :
— Elle ne change pas d’identité à proprement parler, elle se fait appeler autrement, ce n’est pas la même chose. On lui demande comment elle s’appelle, elle dit « Nathalie », elle dit « Léa » et personne ne va lui demander sa carte d’identité. Elle se fait appeler autrement parce qu’elle a tué des hommes, trois à notre connaissance, en réalité on ne sait pas combien. Elle brouille les pistes comme elle peut.
— Elle y arrive assez bien, je trouve, lâche le juge.
— Je reconnais…, dit Camille.
Il dit ça distraitement parce que son regard est ailleurs. Tous les yeux se sont tournés vers la fenêtre. Le temps a tourné. Fin septembre. Il n’est que neuf heures du matin mais la lumière est tombée d’un coup. L’averse qui cingle les vitres du palais de justice vient de redoubler et frappe les carreaux avec une violence rageuse ; elle a commencé ses ravages il y a plus de deux heures et on voit mal ce qui va l’arrêter. Camille regarde ce désastre avec inquiétude. Si les nuages n’ont pas encore l’aspect farouche du Déluge de Géricault, il y a tout de même plus qu’une menace dans l’air. Il faut se méfier, pense Camille, dans nos petites vies, la fin du monde n’aura pas grande allure, ça pourrait bien commencer comme ça, bêtement.
— Le mobile ? demande le juge. L’argent, c’est peu probable…
— Nous sommes d’accord. Elle n’emporte que des sommes assez dérisoires, si elle faisait ça pour l’argent, elle calculerait mieux son coup, elle choisirait des proies plus riches. L’argent du père Trarieux, c’est six cent vingt-trois euros, Maciak, c’est la caisse de la journée. Avec Gattegno, elle vide ce qu’il a sur ses cartes bleues.
— Petit bénéfice au passage ?
— Possible. Je penche plutôt pour la fausse piste. Elle veut égarer un peu les recherches en simulant le vol crapuleux.
— Alors quoi ? la folie ?
— Peut-être. En tout cas, c’est sexuel.
Le grand mot. À partir de là, on peut tout dire, on le voit tout de suite. Le juge a son idée sur la question. Camille ne parierait pas grand-chose sur son expérience sexuelle mais il a fait les écoles et ça ne lui fait pas peur, de théoriser la question.
— Elle… (si c’est elle)…
Depuis le début, il raffole de cet effet, le juge. Il doit d’ailleurs en faire un leitmotiv dans toutes les affaires, le rappel à la règle, la présomption d’innocence, la nécessité de s’appuyer sur des faits tangibles, il se vautre avec ravissement dans ce côté donneur de leçons. Quand il émet un sous-entendu comme celui-ci, qui rappelle que rien n’est prouvé, il ménage toujours une petite seconde de silence pour que tout le monde saisisse bien la portée du sous-texte. Le Guen opine. Tout à l’heure, il dira : « Et encore ! Nous, on l’a adulte. Tu imagines ce type en terminale, ce qu’il devait être chiant ? »