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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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— Elle verse de l’acide dans la gorge de ses victimes, poursuit enfin le juge. Si c’était sexuel comme vous dites, il me semble qu’elle l’utiliserait autrement, non ?

C’est une allusion, c’est de l’indirect. On théorise, ça met à distance du réel. Alors, ça ne rate pas :

— Vous pouvez préciser ? demande Camille.

— Eh bien…

C’est une seconde d’hésitation de trop, Camille saute dessus :

— Oui…?

— Eh bien, l’acide, elle le verserait plutôt…

— Sur la queue ? le coupe Camille.

— Euh…

— Ou sur les couilles, peut-être ? Ou les deux ?

— Il me semble, en effet.

Le Guen lève les yeux au plafond. Quand il entend le juge reprendre la parole, il pense « second round » et ça le fatigue d’avance.

— Vous pensez toujours, commandant Verhœven, que cette femme a été violée, c’est bien ça ?

— Oui, violée. Je pense qu’elle tue parce qu’elle a été violée. Elle se venge des hommes.

— Et si elle verse de l’acide sulfurique dans la gorge de ses victimes…

— Je penche pour de mauvais souvenirs de fellation. Ça arrive, vous savez…

— Tout à fait, dit le juge. C’est même plus fréquent qu’on le pense. Mais heureusement, toutes les femmes choquées par cette pratique ne deviennent pas des meurtrières en série. Ou du moins, pas de cette manière-là…

Étonnamment, le juge sourit, Camille est un peu dérouté. Ce sont des sourires à contretemps, c’est assez difficile à interpréter.

— En tout cas, quelles que soient ses raisons, reprend-il, c’est ce qu’elle fait. Oui, je sais, si c’est elle…

Disant cela, Camille tourne l’index en l’air très vite : on connaît la rengaine.

Le juge continue de sourire, approuve et se lève.

— En tout cas, que ce soit ça ou non, quelque chose lui est resté en travers de la gorge, à cette fille.

Tout le monde est surpris. Surtout Camille.

34

Alex a tenté une ultime manœuvre de résistance, je ne suis pas habillée, je ne peux pas sortir comme ça, je n’ai rien apporté, vous êtes parfaite et soudain, elles sont face à face, dans le salon, Jacqueline la regarde fixement, plonge son regard dans ses yeux verts et hoche la tête avec une admiration mêlée de regrets, comme si elle regardait une partie de sa propre vie, l’air de dire, ce que c’est bien d’être belle, d’être jeune, et elle dit, vous êtes parfaite, elle le pense vraiment et Alex n’a plus rien à dire, on prend un taxi, à peine le temps de réaliser, on y est. La salle de bal est très grande. En soi, Alex trouve déjà ça tragique, c’est comme le cirque, le zoo, le genre d’endroit qui vous déclenche des tristesses immédiates et inexplicables mais en plus, pour remplir un endroit pareil, il faudrait être huit cents, ils sont cent cinquante. Un orchestre, accordéon, piano électrique, les musiciens ont cinquante ans, le chef d’orchestre porte une moumoute châtaine qui glisse avec la transpiration, on se demande si elle ne va pas finir par tomber dans son dos. Des chaises, une centaine, tout autour. Au centre, le parquet brille comme un sou neuf, une trentaine de couples passent et repassent, déguisés en boléro, en invités de mariage, en Espagnols de pacotille, en charleston. On dirait le carrefour des esseulés. Jacqueline ne le voit pas comme ça, elle est chez elle, elle adore et ça se voit. Elle connaît du monde, elle présente Alex : « Laura », clin d’œil vers elle, puis « ma nièce ». Ce sont des gens de quarante, cinquante ans. Ici, les trentenaires ont l’air d’orphelines quand ce sont des filles, vaguement louches quand ce sont des hommes. Et une dizaine de femmes toniques, de l’âge de Jacqueline, pomponnées, coiffées, maquillées, au bras de maris gentils et patients au pli de pantalon impeccable, des femmes bruyantes et blagueuses, le genre dont on dit qu’elles sont « toujours partantes ». On accueille Alex avec des embrassades comme si la rencontre était attendue de longue date avec impatience, mais très vite, on l’oublie parce que avant tout, on danse.

En fait, tout ça n’est qu’un immense prétexte parce qu’il y a Mario, c’est pour lui que Jacqueline est venue. Elle aurait dû le dire à Alex, ç’aurait été plus simple. Un type de trente ans, physique d’ouvrier maçon, un peu gauche mais incontestablement viril. Donc d’un côté Mario, le maçon, de l’autre, Michel, plutôt le style ancien dirigeant de PME, cravaté jusqu’en haut, le genre qui tire avec le bout des doigts sur les poignets de sa chemise et qui porte des boutons de manchettes à ses initiales. Un costume vert d’eau, très clair, avec un mince galon noir tout le long de la jambe, comme pas mal d’autres, on se demande où il pourrait exhiber un truc pareil en dehors d’ici. Il en pince pour Jacqueline et ça se voit sauf que, face à Mario, il porte lourd sa cinquantaine. Jacqueline s’en fout comme de l’an quarante de Michel. Alex observe ce ballet transparent. Ici, quelques rudiments d’éthologie suffisent pour interpréter toutes les relations.

Il y a un bar sur le côté de la salle, qui tient plutôt de la buvette, où on s’agglutine quand la danse fait moins recette, c’est là qu’on échange des plaisanteries. C’est là aussi que les hommes se rapprochent des femmes. À certains moments, ça fait toute une foule dans l’angle de la salle, les couples qui dansent encore semblent encore plus seuls, comme des figurines sur un gâteau de mariage. Le chef d’orchestre accélère un peu la cadence pour en finir plus vite et tenter sa chance sur un autre morceau.

Il est deux heures passées quand la salle commence à se vider, des hommes enlacent fiévreusement quelques femmes au centre de la piste parce qu’il leur reste très peu de temps pour conclure.

Mario disparaît, Michel propose de raccompagner les filles, Jacqueline dit non, on prend un taxi mais avant, on s’embrasse, on a passé une soirée formidable, on promet tout et n’importe quoi.

Dans le taxi, Alex se risque à évoquer Michel à une Jacqueline un peu pompette qui répond par une confidence qui n’a rien d’un secret : « Je n’ai toujours aimé que les hommes plus jeunes. » Disant cela, elle fait une petite moue comme si elle disait qu’elle ne sait pas résister au chocolat. Les deux s’achètent, pense Alex parce que tôt ou tard, Jacqueline l’aura son Mario, mais il lui coûtera cher, d’une manière ou d’une autre.

— Vous vous êtes ennuyée, hein ?

Jacqueline a pris la main d’Alex dans la sienne et la serre fort. Curieusement, elle a les mains froides, ce sont des mains longues, parcheminées, avec des ongles interminables. Dans cette caresse, elle met toute l’affection que l’heure et son état d’ébriété lui permettent.

— Non, assure Alex avec conviction, c’était amusant.

Mais elle décide de partir dès le lendemain. De bonne heure. Elle n’a pas de réservation, tant pis, elle trouvera bien un train.

On arrive. Jacqueline tangue sur ses talons hauts. Allons, il est tard. On s’embrasse dans l’entrée, on ne fait pas de bruit pour ne réveiller personne, à demain ? Alex dit oui à tout, elle monte à sa chambre, prend sa valise, redescend et la pose près de l’accueil, ne conserve que son sac à main, passe derrière le comptoir et pousse la porte du petit salon.

Jacqueline a retiré ses chaussures, elle vient de se servir un immense verre de whisky. Maintenant qu’elle est seule, rendue à elle-même, on lui donnerait cent ans de plus.

Quand elle voit Alex entrer, elle sourit, vous avez oublié quelque chose. Elle n’a pas le temps d’articuler la phrase, Alex a attrapé le combiné du téléphone et lui en assène un immense coup, à la volée, sur la tempe droite, Jacqueline se retourne sous le choc et s’écroule. Son verre valse à travers la pièce. Le temps de relever la tête, Alex lui abat, à deux mains cette fois, de toutes ses forces, le corps du gros téléphone en bakélite sur le sommet du crâne, c’est son truc de tuer les gens comme ça, en tapant sur la tête, et puis, c’est ce qui va le plus vite quand on n’a pas d’arme. Cette fois, trois, quatre, cinq coups massifs, en levant les bras le plus haut possible, et l’affaire est réglée. La tête de la vieille est déjà passablement cabossée, mais elle n’est pas morte, c’est le second avantage de la tête, ça estourbit mais ça laisse quand même profiter du dessert. Encore deux grands coups sur le visage et Alex se rend compte que Jacqueline porte un dentier. Il est aux trois quarts sorti de la bouche, tout de traviole, un modèle en résine, la plupart des dents de devant cassées, reste pas grand-chose. Le visage pisse le sang par le nez, Alex s’écarte avec précaution. Le fil du téléphone sert à lier les poignets et les chevilles, après quoi, même si la vieille remue encore un peu, pas de souci.

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