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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Le docteur regarda Philippe, comme pour l�interroger: ses paroles lui semblaient une suite des d�n�gations de la veille.

� Alors, dit-il, elle a donc �t� victime de quelque surprise ou de quelque pi�ge?

� Oui, docteur, victime d�une surprise inou�e, victime d�un pi�ge inf�me.

Le praticien joignit les mains et leva les yeux au ciel.

� H�las! dit-il, nous vivons, sous ce rapport dans un horrible temps et je crois qu�il est urgent que viennent � leur tour les m�decins des nations, comme sont venus depuis longtemps ceux des individus.

� Oui, dit Philippe, oui, qu�ils viennent; nul ne les verra venir d�un air plus joyeux que moi; mais, en attendant�

Et Philippe fit un geste de sombre menace.

� Ah! dit le docteur, vous �tes, je le vois, monsieur, de ceux qui font consister la r�paration du crime dans la violence et le meurtre.

� Oui, docteur, r�pondit tranquillement Philippe, oui, je suis de ceux-l�.

� Un duel, soupira le docteur; un duel qui ne rendra pas l�honneur � votre s�ur, au cas o� vous tuerez le coupable, et qui la plongera dans le d�sespoir si vous �tes tu�. Ah! monsieur, je vous croyais un esprit droit, je vous croyais un c�ur intelligent! Il me semblait vous avoir entendu exprimer le d�sir que sur toute cette affaire le secret f�t gard�?

Philippe posa sa main sur le bras du docteur.

� Monsieur, lui dit-il, vous vous trompez �trangement sur moi; j�ai un raisonnement assez ferme, qui na�t d�une conviction profonde et d�une conscience immacul�e; je veux, non pas me faire justice, mais faire justice; je veux, non pas exposer ma s�ur � l�abandon et � la mort en me faisant tuer, mais la venger en tuant le mis�rable.

� Vous le tuerez, vous, gentilhomme? Vous commettrez un assassinat?

� Monsieur, si je l�eusse vu, dix minutes avant le crime, se glisser comme un larron dans cette chambre, o� sa mis�rable condition ne lui donnait pas le droit de mettre le pied, et que je l�eusse tu� alors, chacun eut dit que j�avais bien fait: pourquoi donc l��pargnerais-je maintenant? Le crime l�a-t-il fait sacr�?

� Ainsi, ce projet sanglant est r�solu dans votre esprit, arr�t� dans votre c�ur?

� Arr�t�, r�solu! Je le trouverai certainement un jour, bien qu�il se cache, et ce jour, je vous le dis, monsieur, sans piti�, sans remords, je le tuerai, comme un chien!

� Alors, fit le docteur Louis, alors vous commettrez un crime �gal � celui qui fut commis, un crime plus odieux peut-�tre: car sait-on jamais o� un mot imprudent, o� un geste de coquetterie �chapp� � une femme, peuvent jeter le d�sir et le penchant de l�homme. Assassiner! quand vous avez d�autres r�parations possibles, quand un mariage�

Philippe releva la t�te.

� Ignorez-vous, monsieur, que les Taverney-Maison-Rouge datent des croisades, et que ma s�ur est noble comme une infante ou une archiduchesse?

� Oui, je comprends, et le coupable ne l�est pas, lui; c�est un manant, un vilain, comme vous dites vous autres gens de race. Oui, oui, continua-t-il avec un sourire amer, oui, c�est vrai, Dieu a fait des hommes d�une certaine argile inf�rieure, pour �tre tu�s par d�autres hommes d�une argile plus d�licate. Oh! oui, vous avez raison, tuez, monsieur, tuez.

Et le docteur tourna le dos � Philippe, et se remit � arracher �� et l� les mauvaises herbes de son jardin.

Philippe croisa les bras.

� Docteur, �coutez-moi, dit-il, il ne s�agit point ici d�un s�ducteur � qui une coquette a donn� plus ou moins d�encouragements; il ne s�agit point d�un homme enfin provoqu�, comme vous disiez; il s�agit d�un mis�rable �lev� chez nous, et qui, apr�s avoir mang� le pain de la piti�, la nuit, abusant d�un sommeil factice, d�un �vanouissement, d�une mort, pour ainsi dire, a souill� tra�treusement, l�chement, la plus sainte et la plus pure des femmes, que pendant la lumi�re du jour il n�osait regarder en face. Devant un tribunal, ce coupable serait certainement condamn� � mort; eh bien, je le jugerai, moi, aussi impartialement qu�un tribunal, et je le tuerai. Maintenant, docteur, allez-vous, vous que j�ai cru si g�n�reux et si grand, allez-vous me faire acheter ce service ou m�imposer une condition, en me le rendant? Ferez-vous comme ceux qui cherchent � s�obliger et � se satisfaire en obligeant autrui? S�il en est ainsi, docteur, vous n��tes point ce sage que j�ai admir�, vous n��tes qu�un homme ordinaire et, malgr� le d�dain que vous me t�moigniez tout � l�heure, je suis sup�rieur � vous, moi qui, sans arri�re pens�e, vous ai confi� mon secret tout entier.

� Vous dites, r�pliqua le docteur pensif, vous dites que le coupable a fui?

� Oui, docteur; sans doute il avait devin� que l��claircissement allait avoir lieu; il a entendu qu�on l�accusait, et aussit�t il a pris la fuite.

� Bien. Maintenant, que d�sirez-vous, monsieur? demanda le docteur.

� Votre assistance pour retirer ma s�ur de Versailles, pour ensevelir dans une ombre encore plus �paisse et plus muette le secret terrible qui nous d�shonore, s�il �clate.

� Je ne vous poserai qu�une seule question.

Philippe se r�volta.

� �coutez, continua le docteur avec un geste qui commandait le calme, �coutez-moi. Un philosophe chr�tien dont vous venez de faire un confesseur est oblig� de vous imposer, non pas la condition en faveur du service rendu, mais en vertu du droit de conscience. L�humanit� est une fonction, monsieur, elle n�est pas une vertu; vous me parlez de tuer un homme; moi, je dois vous en emp�cher comme j�eusse emp�ch� par tout moyen en mon pouvoir, par la violence m�me, l�ex�cution du crime commis sur votre s�ur. Donc, monsieur, je vous adjure de me faire un serment.

� Oh! jamais! jamais!

� Vous le ferez, s��cria le docteur Louis avec v�h�mence, vous le ferez, homme de sang; reconnaissez partout la main de Dieu et n�en faussez jamais le coup ni la port�e. Le coupable, dites-vous, �tait sous votre main?

� Oui docteur; en ouvrant une porte, si j�eusse pu deviner qu�il �tait l�, je me fusse trouv� face � face avec lui.

� Eh bien, il a fui, il tremble, son supplice commence. Ah! vous souriez, ce que fait Dieu vous para�t faible! le remords vous semble insuffisant! attendez! attendez donc! Vous resterez pr�s de votre s�ur, et vous me promettrez de ne jamais poursuivre le coupable. Si vous le rencontrez, c�est-�-dire si Dieu vous le livre, eh bien, je suis homme aussi, moi! alors vous verrez!

� D�rision, monsieur; ne me fuira-t-il point toujours?

� Qui sait? eh mon Dieu! l�assassin fuit, l�assassin cherche une retraite, l�assassin redoute l��chafaud, et pourtant, comme s�il �tait aimant�, le fer de la justice attire ce coupable, qui vient se courber fatalement sous la main du bourreau. D�ailleurs, s�agit-il, � pr�sent, de d�faire ce que vous avez entrepris de faire si p�niblement? C�est pour le monde o� vous vivez et � qui vous ne pouvez expliquer l�innocence de votre s�ur, c�est pour tous ces curieux oisifs que vous tuerez l�homme, et vous repa�trez deux fois leur curiosit�, par l�aveu de l�attentat d�abord, puis par le scandale du ch�timent. Non, non, croyez-moi, gardez le silence, ensevelissez ce malheur.

� Oh! qui saura, quand j�aurai tu� ce mis�rable, si c�est pour ma s�ur que je l�aurai tu�?

� Il faudra bien trouver une cause � ce meurtre.

� Eh bien, soit, docteur, j�ob�irai, je ne poursuivrai pas le coupable, mais Dieu sera juste; oh! oui, Dieu emploie l�impunit� comme amorce, Dieu me renverra le criminel.

� Alors, c�est que Dieu l�aura condamne. Donnez-moi votre main, monsieur.

� La voil�.

� Que faut-il faire pour mademoiselle de Taverney? Dites.

� Il faudrait, cher docteur, lui trouver, pr�s de madame la dauphine, un pr�texte de l��loigner pour quelque temps: le regret du pays, l�air, le r�gime�

� C�est facile.

� Oui, cela vous regarde, et je m�en rapporte � vous. Alors j�emm�nerai ma s�ur en un coin quelconque de la France, � Taverney, par exemple, loin de tous les yeux, loin de tous les soup�ons.

� Non, non, monsieur, ce serait impossible; la pauvre enfant a besoin de soins permanents, de consolations assidues; elle aura besoin de tous les secours de la science. Laissez-moi donc lui trouver pr�s d�ici, dans un canton que je connais, une retraite cent fois plus cach�e, cent fois plus s�re que ne le serait le pays sauvage o� vous la conduiriez.

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