Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Le docteur regarda Philippe, comme pour l�interroger: ses paroles lui semblaient une suite des d�n�gations de la veille.
� Alors, dit-il, elle a donc �t� victime de quelque surprise ou de quelque pi�ge?
� Oui, docteur, victime d�une surprise inou�e, victime d�un pi�ge inf�me.
Le praticien joignit les mains et leva les yeux au ciel.
� H�las! dit-il, nous vivons, sous ce rapport dans un horrible temps et je crois qu�il est urgent que viennent � leur tour les m�decins des nations, comme sont venus depuis longtemps ceux des individus.
� Oui, dit Philippe, oui, qu�ils viennent; nul ne les verra venir d�un air plus joyeux que moi; mais, en attendant�
Et Philippe fit un geste de sombre menace.
� Ah! dit le docteur, vous �tes, je le vois, monsieur, de ceux qui font consister la r�paration du crime dans la violence et le meurtre.
� Oui, docteur, r�pondit tranquillement Philippe, oui, je suis de ceux-l�.
� Un duel, soupira le docteur; un duel qui ne rendra pas l�honneur � votre s�ur, au cas o� vous tuerez le coupable, et qui la plongera dans le d�sespoir si vous �tes tu�. Ah! monsieur, je vous croyais un esprit droit, je vous croyais un c�ur intelligent! Il me semblait vous avoir entendu exprimer le d�sir que sur toute cette affaire le secret f�t gard�?
Philippe posa sa main sur le bras du docteur.
� Monsieur, lui dit-il, vous vous trompez �trangement sur moi; j�ai un raisonnement assez ferme, qui na�t d�une conviction profonde et d�une conscience immacul�e; je veux, non pas me faire justice, mais faire justice; je veux, non pas exposer ma s�ur � l�abandon et � la mort en me faisant tuer, mais la venger en tuant le mis�rable.
� Vous le tuerez, vous, gentilhomme? Vous commettrez un assassinat?
� Monsieur, si je l�eusse vu, dix minutes avant le crime, se glisser comme un larron dans cette chambre, o� sa mis�rable condition ne lui donnait pas le droit de mettre le pied, et que je l�eusse tu� alors, chacun eut dit que j�avais bien fait: pourquoi donc l��pargnerais-je maintenant? Le crime l�a-t-il fait sacr�?
� Ainsi, ce projet sanglant est r�solu dans votre esprit, arr�t� dans votre c�ur?
� Arr�t�, r�solu! Je le trouverai certainement un jour, bien qu�il se cache, et ce jour, je vous le dis, monsieur, sans piti�, sans remords, je le tuerai, comme un chien!
� Alors, fit le docteur Louis, alors vous commettrez un crime �gal � celui qui fut commis, un crime plus odieux peut-�tre: car sait-on jamais o� un mot imprudent, o� un geste de coquetterie �chapp� � une femme, peuvent jeter le d�sir et le penchant de l�homme. Assassiner! quand vous avez d�autres r�parations possibles, quand un mariage�
Philippe releva la t�te.
� Ignorez-vous, monsieur, que les Taverney-Maison-Rouge datent des croisades, et que ma s�ur est noble comme une infante ou une archiduchesse?
� Oui, je comprends, et le coupable ne l�est pas, lui; c�est un manant, un vilain, comme vous dites vous autres gens de race. Oui, oui, continua-t-il avec un sourire amer, oui, c�est vrai, Dieu a fait des hommes d�une certaine argile inf�rieure, pour �tre tu�s par d�autres hommes d�une argile plus d�licate. Oh! oui, vous avez raison, tuez, monsieur, tuez.
Et le docteur tourna le dos � Philippe, et se remit � arracher �� et l� les mauvaises herbes de son jardin.
Philippe croisa les bras.
� Docteur, �coutez-moi, dit-il, il ne s�agit point ici d�un s�ducteur � qui une coquette a donn� plus ou moins d�encouragements; il ne s�agit point d�un homme enfin provoqu�, comme vous disiez; il s�agit d�un mis�rable �lev� chez nous, et qui, apr�s avoir mang� le pain de la piti�, la nuit, abusant d�un sommeil factice, d�un �vanouissement, d�une mort, pour ainsi dire, a souill� tra�treusement, l�chement, la plus sainte et la plus pure des femmes, que pendant la lumi�re du jour il n�osait regarder en face. Devant un tribunal, ce coupable serait certainement condamn� � mort; eh bien, je le jugerai, moi, aussi impartialement qu�un tribunal, et je le tuerai. Maintenant, docteur, allez-vous, vous que j�ai cru si g�n�reux et si grand, allez-vous me faire acheter ce service ou m�imposer une condition, en me le rendant? Ferez-vous comme ceux qui cherchent � s�obliger et � se satisfaire en obligeant autrui? S�il en est ainsi, docteur, vous n��tes point ce sage que j�ai admir�, vous n��tes qu�un homme ordinaire et, malgr� le d�dain que vous me t�moigniez tout � l�heure, je suis sup�rieur � vous, moi qui, sans arri�re pens�e, vous ai confi� mon secret tout entier.
� Vous dites, r�pliqua le docteur pensif, vous dites que le coupable a fui?
� Oui, docteur; sans doute il avait devin� que l��claircissement allait avoir lieu; il a entendu qu�on l�accusait, et aussit�t il a pris la fuite.
� Bien. Maintenant, que d�sirez-vous, monsieur? demanda le docteur.
� Votre assistance pour retirer ma s�ur de Versailles, pour ensevelir dans une ombre encore plus �paisse et plus muette le secret terrible qui nous d�shonore, s�il �clate.
� Je ne vous poserai qu�une seule question.
Philippe se r�volta.
� �coutez, continua le docteur avec un geste qui commandait le calme, �coutez-moi. Un philosophe chr�tien dont vous venez de faire un confesseur est oblig� de vous imposer, non pas la condition en faveur du service rendu, mais en vertu du droit de conscience. L�humanit� est une fonction, monsieur, elle n�est pas une vertu; vous me parlez de tuer un homme; moi, je dois vous en emp�cher comme j�eusse emp�ch� par tout moyen en mon pouvoir, par la violence m�me, l�ex�cution du crime commis sur votre s�ur. Donc, monsieur, je vous adjure de me faire un serment.
� Oh! jamais! jamais!
� Vous le ferez, s��cria le docteur Louis avec v�h�mence, vous le ferez, homme de sang; reconnaissez partout la main de Dieu et n�en faussez jamais le coup ni la port�e. Le coupable, dites-vous, �tait sous votre main?
� Oui docteur; en ouvrant une porte, si j�eusse pu deviner qu�il �tait l�, je me fusse trouv� face � face avec lui.
� Eh bien, il a fui, il tremble, son supplice commence. Ah! vous souriez, ce que fait Dieu vous para�t faible! le remords vous semble insuffisant! attendez! attendez donc! Vous resterez pr�s de votre s�ur, et vous me promettrez de ne jamais poursuivre le coupable. Si vous le rencontrez, c�est-�-dire si Dieu vous le livre, eh bien, je suis homme aussi, moi! alors vous verrez!
� D�rision, monsieur; ne me fuira-t-il point toujours?
� Qui sait? eh mon Dieu! l�assassin fuit, l�assassin cherche une retraite, l�assassin redoute l��chafaud, et pourtant, comme s�il �tait aimant�, le fer de la justice attire ce coupable, qui vient se courber fatalement sous la main du bourreau. D�ailleurs, s�agit-il, � pr�sent, de d�faire ce que vous avez entrepris de faire si p�niblement? C�est pour le monde o� vous vivez et � qui vous ne pouvez expliquer l�innocence de votre s�ur, c�est pour tous ces curieux oisifs que vous tuerez l�homme, et vous repa�trez deux fois leur curiosit�, par l�aveu de l�attentat d�abord, puis par le scandale du ch�timent. Non, non, croyez-moi, gardez le silence, ensevelissez ce malheur.
� Oh! qui saura, quand j�aurai tu� ce mis�rable, si c�est pour ma s�ur que je l�aurai tu�?
� Il faudra bien trouver une cause � ce meurtre.
� Eh bien, soit, docteur, j�ob�irai, je ne poursuivrai pas le coupable, mais Dieu sera juste; oh! oui, Dieu emploie l�impunit� comme amorce, Dieu me renverra le criminel.
� Alors, c�est que Dieu l�aura condamne. Donnez-moi votre main, monsieur.
� La voil�.
� Que faut-il faire pour mademoiselle de Taverney? Dites.
� Il faudrait, cher docteur, lui trouver, pr�s de madame la dauphine, un pr�texte de l��loigner pour quelque temps: le regret du pays, l�air, le r�gime�
� C�est facile.
� Oui, cela vous regarde, et je m�en rapporte � vous. Alors j�emm�nerai ma s�ur en un coin quelconque de la France, � Taverney, par exemple, loin de tous les yeux, loin de tous les soup�ons.
� Non, non, monsieur, ce serait impossible; la pauvre enfant a besoin de soins permanents, de consolations assidues; elle aura besoin de tous les secours de la science. Laissez-moi donc lui trouver pr�s d�ici, dans un canton que je connais, une retraite cent fois plus cach�e, cent fois plus s�re que ne le serait le pays sauvage o� vous la conduiriez.