Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Quoi! ces creusets plac�s sur le fourneau?�
� Dans dix minutes nous donneront de l�or aussi pur que les sequins de Venise et les florins de Toscane.
� Voyons! si l�on peut voir toutefois?
� Sans doute; seulement, prenons quelques pr�cautions indispensables.
� Lesquelles?
� Appliquez sur votre visage ce masque d�amiante aux yeux de verre; sans quoi, le feu pourrait bien, tant il est ardent, vous br�ler la vue.
� Peste! prenons-y garde! je tiens � mes yeux, et je ne les donnerais pas pour les cent mille �cus que vous m�avez promis.
� C�est ce que je pensais, monseigneur; les yeux de Votre �minence sont beaux et bons.
Le compliment ne d�plut aucunement au prince, tr�s jaloux de ses avantages personnels.
� Ah! ah! fit-il en ajustant le masque, nous disons donc que nous allons voir de l�or?
� Je l�esp�re, monseigneur.
� Pour cent mille �cus?
� Deux cents livres, cent marcs, oui, monseigneur; peut-�tre y en aura-t-il un peu plus, car j�ai fait la mixtion abondante.
� Vous �tes en v�rit� un g�n�reux sorcier, dit le prince avec un joyeux battement de c�ur.
� Moins que Votre �minence, qui veut bien me le dire. Maintenant, monseigneur, veuillez vous �carter un peu, je vous prie, que j�ouvre la plaque du creuset.
Balsamo rev�tit une courte chemise d�amiante, saisit d�un bras vigoureux une pince de fer, et leva un couvercle rougi par l�ardeur du feu, lequel laissa � d�couvert quatre creusets de forme pareille contenant les uns une mixture rouge comme du vermillon, et les autres une mati�re blanchissant d�j�, mais avec un reste de transparence purpurine.
� Et voil� l�or! dit le pr�lat � mi-voix, comme s�il eut craint de troubler par une parole trop haute le myst�re qui s�accomplissait devant lui.
� Oui, monseigneur, ces quatre creusets sont �tag�s: les uns ont douze heures de cuisson, les autres onze. La mixtion, et ceci est un secret que je r�v�le � un ami de la science, ne se jette dans la mati�re qu�au moment de l��bullition. Mais, comme Votre �minence peut le voir, voici le premier creuset qui blanchit; il est temps de transvaser la mati�re arriv�e � point. Veuillez vous reculer, monseigneur.
Le prince ob�it avec la m�me ponctualit� qu�un soldat � l�ordre de son chef. Et Balsamo, quittant la pince de fer d�j� chaude par le contact des creusets rouges, approcha du fourneau une sorte d�enclume � roulettes, sur laquelle �taient ench�ss�s dans des formes de fer huit moules cylindriques de m�me capacit�.
� Qu�est ceci, cher sorcier? demanda le prince.
� Ceci, monseigneur, c�est le moule commun et uniforme dans lequel je vais couler vos lingots.
� Ah! ah! fit le prince.
Et il redoubla d�attention.
Balsamo �tendit sur la dalle un lit d��toupes blanches en guise de rempart. Il se pla�a entre l�enclume et le fourneau, ouvrit un grand livre, r�cita, baguette en main, une incantation, puis, saisissant une tenaille gigantesque destin�e � enfermer le creuset dans ses bras tordus:
� L�or sera superbe, dit-il, monseigneur, et de premi�re qualit�.
� Comment! demanda le prince, vous allez enlever ce pot de feu?
� Qui p�se cinquante livres, oui, monseigneur; oh! peu de fondeurs, je vous le d�clare, ont mes muscles et ma dext�rit�; ne craignez donc rien.
� Cependant, si le creuset �clatait�
� Cela m�est arriv� une fois, monseigneur; c��tait en 1399, je faisais une exp�rience avec Nicolas Flamel, en sa maison de la rue des �crivains, pr�s la chapelle Saint-Jacques-la-Boucherie. Le pauvre Flamel faillit y perdre la vie, et moi, j�y perdis vingt-sept marcs d�une substance plus pr�cieuse que l�or.
� Que diable me dites-vous l�, ma�tre?
� La v�rit�.
� En 1399, vous poursuiviez le grand �uvre?
� Oui, monseigneur.
� Avec Nicolas Flamel?
� Avec Nicolas Flamel. Nous trouv�mes le secret ensemble, cinquante ou soixante ans auparavant, en travaillant avec Pierre le Bon, dans la ville de Pola. Il ne boucha point le creuset assez vite, et j�eus l��il droit perdu pendant dix ou douze ans par l��vaporation.
� Pierre le Bon?
� Celui qui composa le fameux ouvrage de la Margarita pretiosa, ouvrage que vous connaissez, sans doute.
� Oui, et qui porte la date de 1330.
� C�est justement cela, monseigneur.
� Et vous avez connu Pierre le Bon et Flamel?
� J�ai �t� l��l�ve de l�un et le ma�tre de l�autre.
Et tandis que le cardinal, �pouvant�, se demandait si ce n��tait pas le diable en personne et non un de ses supp�ts qui se trouvait � ses c�t�s, Balsamo plongea dans la fournaise sa tenaille aux longs bras.
L��treinte fut s�re et rapide. L�alchimiste engloba le creuset � quatre pouces au-dessous du bord, s�assura, en le soulevant de quelques pouces seulement, qu�il le tenait bien; puis, par un effort vigoureux, il raidit les muscles, et enleva l�effrayante marmite de son fourneau ardent; les mains de la tenaille rougirent aussit�t; puis on vit courir sur l�argile incandescente des sillons blancs comme des �clairs dans une nu�e sulfureuse; puis les bords du creuset se fonc�rent en rouge brun, tandis que le fond conique apparaissait encore rose et argent sur la p�nombre du fourneau; puis, enfin, le m�tal ruisselant sur lequel s��tait form�e une cr�me violette, fris�e de plis d�or, siffla par la goutti�re du creuset, et tomba en jets flamboyants dans le moule noir, � l�orifice duquel apparut, furieuse et �cumante, la nappe d�or, insultant par ses frissonnements au vil m�tal qui la contenait.
� Au second, dit Balsamo en passant � un second moule.
Et le second moule fut rempli avec la m�me force et la m�me dext�rit�.
La sueur d�gouttait du front de l�op�rateur: le spectateur se signait dans l�ombre.
En effet, c��tait un tableau d�une sauvage et majestueuse horreur. Balsamo, �clair� par les fauves reflets de la flamme m�tallique, ressemblait aux damn�s que Michel-Ange et Dante tordent dans le fond de leurs chaudi�res.
Puis il y avait l��motion de l�inconnu.
Balsamo ne respira point entre les deux op�rations, le temps pressait.
� Il y aura un peu de d�chet, dit-il apr�s avoir rempli le second moule; j�ai laiss� bouillir la mixture un centi�me de minute de trop.
� Un centi�me de minute! s��cria le cardinal, ne cherchant plus � cacher sa stup�faction.
� C�est �norme en herm�tique, monseigneur, r�pliqua na�vement Balsamo; mais, en attendant, �minence, voici deux creusets vides, deux moules remplis, et cent livres d�or fin.
Et, saisissant � l�aide de ses puissantes tenailles le premier moule, il le jeta dans l�eau, qui tourbillonna et fuma longtemps; puis il l�ouvrit et en tira un morceau d�or irr�prochable, ayant la forme d�un petit pain de sucre aplati aux deux p�les.
� Nous avons pr�s d�une heure � attendre pour les deux autres creusets, dit Balsamo; en attendant, Votre �minence veut-elle s�asseoir ou respirer le frais?
� Et c�est de l�or? demanda le cardinal sans r�pondre � l�interrogation de l�op�rateur.
Balsamo sourit. Le cardinal �tait bien � lui.
� En douteriez-vous, monseigneur?
� �coutez donc, la science s�est tromp�e tant de fois�
� Vous ne dites pas votre pens�e tout enti�re, mon prince, dit Balsamo. Vous croyez que je vous trompe, et que je vous trompe sciemment. Monseigneur, je serais bien peu de chose � mes propres yeux si j�agissais ainsi; car mes ambitions n�iraient pas au del� des murs de mon cabinet, qui vous verrait sortir tout �merveill� pour aller perdre votre admiration chez le premier batteur d�or venu. Allons, allons, faites-moi plus d�honneur, mon prince, et croyez que, si je voulais tromper, ce serait plus adroitement et dans un but plus �lev�. Au surplus, Votre �minence sait comment on �prouve l�or?
� Sans doute, par la pierre � toucher.
� Monseigneur n�a pas manqu� de faire l�exp�rience lui-m�me, ne f�t-ce que sur les onces d�Espagne, qui sont fort courues au jeu, �tant de l�or le plus fin que l�on puisse trouver, mais parmi lesquelles il s�en trouve beaucoup de fausses?