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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Quoi! ces creusets plac�s sur le fourneau?�

� Dans dix minutes nous donneront de l�or aussi pur que les sequins de Venise et les florins de Toscane.

� Voyons! si l�on peut voir toutefois?

� Sans doute; seulement, prenons quelques pr�cautions indispensables.

� Lesquelles?

� Appliquez sur votre visage ce masque d�amiante aux yeux de verre; sans quoi, le feu pourrait bien, tant il est ardent, vous br�ler la vue.

� Peste! prenons-y garde! je tiens � mes yeux, et je ne les donnerais pas pour les cent mille �cus que vous m�avez promis.

� C�est ce que je pensais, monseigneur; les yeux de Votre �minence sont beaux et bons.

Le compliment ne d�plut aucunement au prince, tr�s jaloux de ses avantages personnels.

� Ah! ah! fit-il en ajustant le masque, nous disons donc que nous allons voir de l�or?

� Je l�esp�re, monseigneur.

� Pour cent mille �cus?

� Deux cents livres, cent marcs, oui, monseigneur; peut-�tre y en aura-t-il un peu plus, car j�ai fait la mixtion abondante.

� Vous �tes en v�rit� un g�n�reux sorcier, dit le prince avec un joyeux battement de c�ur.

� Moins que Votre �minence, qui veut bien me le dire. Maintenant, monseigneur, veuillez vous �carter un peu, je vous prie, que j�ouvre la plaque du creuset.

Balsamo rev�tit une courte chemise d�amiante, saisit d�un bras vigoureux une pince de fer, et leva un couvercle rougi par l�ardeur du feu, lequel laissa � d�couvert quatre creusets de forme pareille contenant les uns une mixture rouge comme du vermillon, et les autres une mati�re blanchissant d�j�, mais avec un reste de transparence purpurine.

� Et voil� l�or! dit le pr�lat � mi-voix, comme s�il eut craint de troubler par une parole trop haute le myst�re qui s�accomplissait devant lui.

� Oui, monseigneur, ces quatre creusets sont �tag�s: les uns ont douze heures de cuisson, les autres onze. La mixtion, et ceci est un secret que je r�v�le � un ami de la science, ne se jette dans la mati�re qu�au moment de l��bullition. Mais, comme Votre �minence peut le voir, voici le premier creuset qui blanchit; il est temps de transvaser la mati�re arriv�e � point. Veuillez vous reculer, monseigneur.

Le prince ob�it avec la m�me ponctualit� qu�un soldat � l�ordre de son chef. Et Balsamo, quittant la pince de fer d�j� chaude par le contact des creusets rouges, approcha du fourneau une sorte d�enclume � roulettes, sur laquelle �taient ench�ss�s dans des formes de fer huit moules cylindriques de m�me capacit�.

� Qu�est ceci, cher sorcier? demanda le prince.

� Ceci, monseigneur, c�est le moule commun et uniforme dans lequel je vais couler vos lingots.

� Ah! ah! fit le prince.

Et il redoubla d�attention.

Balsamo �tendit sur la dalle un lit d��toupes blanches en guise de rempart. Il se pla�a entre l�enclume et le fourneau, ouvrit un grand livre, r�cita, baguette en main, une incantation, puis, saisissant une tenaille gigantesque destin�e � enfermer le creuset dans ses bras tordus:

� L�or sera superbe, dit-il, monseigneur, et de premi�re qualit�.

� Comment! demanda le prince, vous allez enlever ce pot de feu?

� Qui p�se cinquante livres, oui, monseigneur; oh! peu de fondeurs, je vous le d�clare, ont mes muscles et ma dext�rit�; ne craignez donc rien.

� Cependant, si le creuset �clatait�

� Cela m�est arriv� une fois, monseigneur; c��tait en 1399, je faisais une exp�rience avec Nicolas Flamel, en sa maison de la rue des �crivains, pr�s la chapelle Saint-Jacques-la-Boucherie. Le pauvre Flamel faillit y perdre la vie, et moi, j�y perdis vingt-sept marcs d�une substance plus pr�cieuse que l�or.

� Que diable me dites-vous l�, ma�tre?

� La v�rit�.

� En 1399, vous poursuiviez le grand �uvre?

� Oui, monseigneur.

� Avec Nicolas Flamel?

� Avec Nicolas Flamel. Nous trouv�mes le secret ensemble, cinquante ou soixante ans auparavant, en travaillant avec Pierre le Bon, dans la ville de Pola. Il ne boucha point le creuset assez vite, et j�eus l��il droit perdu pendant dix ou douze ans par l��vaporation.

� Pierre le Bon?

� Celui qui composa le fameux ouvrage de la Margarita pretiosa, ouvrage que vous connaissez, sans doute.

� Oui, et qui porte la date de 1330.

� C�est justement cela, monseigneur.

� Et vous avez connu Pierre le Bon et Flamel?

� J�ai �t� l��l�ve de l�un et le ma�tre de l�autre.

Et tandis que le cardinal, �pouvant�, se demandait si ce n��tait pas le diable en personne et non un de ses supp�ts qui se trouvait � ses c�t�s, Balsamo plongea dans la fournaise sa tenaille aux longs bras.

L��treinte fut s�re et rapide. L�alchimiste engloba le creuset � quatre pouces au-dessous du bord, s�assura, en le soulevant de quelques pouces seulement, qu�il le tenait bien; puis, par un effort vigoureux, il raidit les muscles, et enleva l�effrayante marmite de son fourneau ardent; les mains de la tenaille rougirent aussit�t; puis on vit courir sur l�argile incandescente des sillons blancs comme des �clairs dans une nu�e sulfureuse; puis les bords du creuset se fonc�rent en rouge brun, tandis que le fond conique apparaissait encore rose et argent sur la p�nombre du fourneau; puis, enfin, le m�tal ruisselant sur lequel s��tait form�e une cr�me violette, fris�e de plis d�or, siffla par la goutti�re du creuset, et tomba en jets flamboyants dans le moule noir, � l�orifice duquel apparut, furieuse et �cumante, la nappe d�or, insultant par ses frissonnements au vil m�tal qui la contenait.

� Au second, dit Balsamo en passant � un second moule.

Et le second moule fut rempli avec la m�me force et la m�me dext�rit�.

La sueur d�gouttait du front de l�op�rateur: le spectateur se signait dans l�ombre.

En effet, c��tait un tableau d�une sauvage et majestueuse horreur. Balsamo, �clair� par les fauves reflets de la flamme m�tallique, ressemblait aux damn�s que Michel-Ange et Dante tordent dans le fond de leurs chaudi�res.

Puis il y avait l��motion de l�inconnu.

Balsamo ne respira point entre les deux op�rations, le temps pressait.

� Il y aura un peu de d�chet, dit-il apr�s avoir rempli le second moule; j�ai laiss� bouillir la mixture un centi�me de minute de trop.

� Un centi�me de minute! s��cria le cardinal, ne cherchant plus � cacher sa stup�faction.

� C�est �norme en herm�tique, monseigneur, r�pliqua na�vement Balsamo; mais, en attendant, �minence, voici deux creusets vides, deux moules remplis, et cent livres d�or fin.

Et, saisissant � l�aide de ses puissantes tenailles le premier moule, il le jeta dans l�eau, qui tourbillonna et fuma longtemps; puis il l�ouvrit et en tira un morceau d�or irr�prochable, ayant la forme d�un petit pain de sucre aplati aux deux p�les.

� Nous avons pr�s d�une heure � attendre pour les deux autres creusets, dit Balsamo; en attendant, Votre �minence veut-elle s�asseoir ou respirer le frais?

� Et c�est de l�or? demanda le cardinal sans r�pondre � l�interrogation de l�op�rateur.

Balsamo sourit. Le cardinal �tait bien � lui.

� En douteriez-vous, monseigneur?

� �coutez donc, la science s�est tromp�e tant de fois�

� Vous ne dites pas votre pens�e tout enti�re, mon prince, dit Balsamo. Vous croyez que je vous trompe, et que je vous trompe sciemment. Monseigneur, je serais bien peu de chose � mes propres yeux si j�agissais ainsi; car mes ambitions n�iraient pas au del� des murs de mon cabinet, qui vous verrait sortir tout �merveill� pour aller perdre votre admiration chez le premier batteur d�or venu. Allons, allons, faites-moi plus d�honneur, mon prince, et croyez que, si je voulais tromper, ce serait plus adroitement et dans un but plus �lev�. Au surplus, Votre �minence sait comment on �prouve l�or?

� Sans doute, par la pierre � toucher.

� Monseigneur n�a pas manqu� de faire l�exp�rience lui-m�me, ne f�t-ce que sur les onces d�Espagne, qui sont fort courues au jeu, �tant de l�or le plus fin que l�on puisse trouver, mais parmi lesquelles il s�en trouve beaucoup de fausses?

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