Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Cette voiture renfermait, comme l�avait dit la voyante, Mgr Louis de Rohan, �v�que de Strasbourg, que son impatience portait � venir trouver, avant le temps fix�, le sorcier dans son antre.
Le cocher, que bon nombre d�aventures galantes du beau pr�lat aguerrissaient contre l�obscurit�, les fondri�res et les dangers de certaines rues myst�rieuses, ne se rebuta pas le moins du monde, lorsque, apr�s avoir suivi les boulevards Saint-Denis et Saint-Martin, encore peupl�s et �clair�s, il lui fallut aborder le boulevard d�sert et sombre de la Bastille.
La voiture s�arr�ta au coin de la rue Saint-Claude, sur le boulevard m�me, et, d�apr�s l�ordre du ma�tre, alla se cacher sous les arbres, � vingt pas.
Alors M. de Rohan, en habit de ville, se glissa dans la rue et vint frapper trois fois � la porte de l�h�tel, qu�il avait facilement reconnu � la description que lui en avait faite le comte de F�nix.
Le pas de Fritz retentit dans la cour, la porte s�ouvrit.
� N�est-ce point ici que demeure M. le comte de F�nix? demanda le prince.
� Oui, monseigneur, r�pondit Fritz.
� Est-il au logis?
� Oui, monseigneur.
� Bien, annoncez.
� Son �minence le cardinal de Rohan, n�est-ce pas, monseigneur?
Le prince demeura tout �tourdi. Il regarda sur lui, autour de lui, si quelque chose pouvait, dans son costume ou dans son entourage, avoir trahi sa qualit�. Il �tait seul et v�tu en la�que.
� Comment savez-vous mon nom? demanda-t-il.
� Monsieur vient de me dire, � l�instant m�me, qu�il attendait Son �minence.
� Oui, mais demain, apr�s-demain?
� Non, monseigneur, ce soir.
� Votre ma�tre vient de vous dire qu�il m�attendait ce soir?
� Oui, monseigneur.
� Bien, annoncez-moi alors, dit le cardinal en mettant un double louis dans la main de Fritz.
� Alors, dit Fritz, que Votre �minence prenne la peine de me suivre.
Le cardinal fit de la t�te un signe annon�ant qu�il y consentait.
Fritz marcha d�un pas empress� vers la porte de l�antichambre, qu�un grand cand�labre de bronze dor� �clairait de ses douze bougies.
Le cardinal suivait tout surpris et tout r�veur.
� Mon ami, dit-il en s�arr�tant � la porte du salon, il y a sans doute m�prise, et, dans ce cas, je ne voudrais pas d�ranger le comte; il est impossible que je sois attendu par lui, puisqu�il ignore que je devais venir.
� Monseigneur est bien Son �minence le cardinal prince de Rohan, �v�que de Strasbourg? demanda Fritz.
� Oui, mon ami.
� Alors, c�est bien monseigneur que M. le comte attend.
Et, allumant successivement les bougies de deux autres cand�labres, Fritz s�inclina et sortit.
Cinq minutes s��coul�rent pendant lesquelles le cardinal, en proie � une singuli�re �motion, regarda l�ameublement plein d��l�gance de ce salon et les huit tableaux de ma�tres suspendus � ses lambris.
La porte s�ouvrit et le comte de F�nix parut sur le seuil.
� Bonsoir, monseigneur, dit-il simplement.
� On m�a dit que vous m�attendiez! s��cria le cardinal sans r�pondre � cette salutation, que vous m�attendiez ce soir? C�est impossible.
� J�en demande pardon � monseigneur, mais je l�attendais, r�pondit le comte. Peut-�tre doute-t-il de la v�rit� de mes paroles en voyant l�accueil indigne que je lui fais; mais, arriv� � Paris depuis quelques jours, je suis install� � peine. Que Son �minence veuille donc m�excuser.
� Vous m�attendiez! Et qui vous a pr�venu de ma visite?
� Vous-m�me, monseigneur.
� Comment cela?
� N�avez-vous pas arr�t� votre voiture � la barri�re Saint-Denis?
� Oui.
� N�avez-vous pas appel� votre valet de pied, qui est venu parler � Son �minence � la porti�re de son carrosse?
� Oui.
� Ne lui avez-vous pas dit: �Rue Saint-Claude, au Marais, par le faubourg Saint-Denis et le boulevard�, paroles qu�il a r�p�t�es au cocher?
� Oui. Mais vous m�avez donc vu? Vous m�avez donc entendu?
� Je vous ai vu, monseigneur, je vous ai entendu.
� Vous �tiez donc l�?
� Non, monseigneur, je n��tais pas l�.
� Et o� �tiez-vous?
� J��tais ici.
� Vous m�avez vu, vous m�avez entendu d�ici?
� Oui, monseigneur.
� Allons donc!
� Monseigneur oublie que je suis sorcier.
� Ah! c�est vrai, j�oubliais, monsieur� Comment faut-il que je vous appelle? M. le baron Balsamo, ou M. le comte de F�nix?
� Chez moi, monseigneur, je n�ai pas de nom: je m�appelle le Ma�tre.
� Oui, c�est le titre herm�tique. Ainsi donc, ma�tre, vous m�attendiez?
� Je vous attendais.
� Et vous aviez chauff� votre laboratoire?
� Mon laboratoire est toujours chauff�, monseigneur.
� Et vous me permettrez d�y entrer?
� J�aurai l�honneur d�y conduire Votre �minence.
� Et je vous y suivrai, mais � une condition.
� Laquelle?
� C�est que vous me promettrez de ne pas me mettre personnellement en rapport avec le diable. J�ai grand-peur de Sa Majest� Lucifer.
� Oh! monseigneur!
� Oui, d�ordinaire, on prend pour faire le diable de grands coquins de gardes-fran�aises r�form�s, ou des ma�tres d�armes � plumet, qui, pour jouer au naturel le r�le de Satan, rouent les gens de chiquenaudes et de nasardes apr�s avoir �teint les chandelles.
� Monseigneur, dit Balsamo en souriant, jamais mes diables � moi n�oublient qu�ils ont l�honneur d�avoir affaire � des princes, et ils se souviennent toujours du mot de M. de Cond�, qui promit � l�un d�eux, s�il ne se tenait pas tranquille, de rosser si bien son fourreau, qu�il serait forc� d�en sortir, ou de s�y conduire plus d�cemment.
� Bien, dit le cardinal, voil� qui me ravit; passons au laboratoire.
� Votre �minence veut-elle prendre la peine de me suivre?
� Marchons.
Chapitre 59. L�or
Le cardinal de Rohan et Balsamo enfil�rent un petit escalier qui conduisait, parall�lement au grand, dans les salons du premier �tage. L�, sous une vo�te, Balsamo trouva une porte qu�il ouvrit, et un corridor sombre apparut aux yeux du cardinal, qui s�y engagea r�solument.
Balsamo referma la porte.
Au bruit que cette porte fit en se refermant, le cardinal regarda derri�re lui avec une certaine �motion.
� Monseigneur, nous voici arriv�s, dit Balsamo; nous n�avons plus qu�� ouvrir devant nous et � refermer derri�re nous cette derni�re porte; seulement, ne vous �tonnez point du son �trange qu�elle rendra, elle est de fer.
Le cardinal, que le bruit de la premi�re porte avait fait tressaillir, fut heureux d�avoir �t� pr�venu � temps, car les grincements m�talliques des gonds et de la serrure eussent fait vibrer d�sagr�ablement des nerfs moins susceptibles que les siens.
Il descendit trois marches et entra.
Un grand cabinet avec des solives nues au plafond, une vaste lampe et son abat-jour, force livres, beaucoup d�instruments de chimie et de physique, tel �tait l�aspect premier de ce nouveau logis.
Au bout de quelques secondes, le cardinal sentit qu�il ne respirait plus que p�niblement.
� Que veut dire cela? demanda-t-il. On �touffe ici, ma�tre, la sueur me coule. Quel est ce bruit?
� Voici la cause, monseigneur, comme dit Shakespeare, fit Balsamo en tirant un grand rideau d�amiante et en d�couvrant un vaste fourneau de briques, au centre duquel deux trous �tincelaient comme les yeux du lion dans les t�n�bres.
Ce fourneau tenait le centre d�une seconde pi�ce, d�une grandeur double de la premi�re, et que le prince n�avait pas aper�ue, masqu�e qu�elle �tait par le rideau d�amiante.
� Oh! oh! dit le prince en reculant, ceci est assez effrayant, ce me semble.
� C�est un fourneau, monseigneur.
� Oui, sans doute; mais vous avez cit� Shakespeare; moi, je citerai Moli�re: il y a fourneau et fourneau; celui-ci a un air tout � fait diabolique, et son odeur ne me pla�t pas; que diable cuit-on l� dedans?
� Mais ce que Votre �minence m�a demand�.
� Pla�t-il?
� Sans doute, Votre �minence m�a, je crois, fait la gr�ce d�accepter un �chantillon de mon savoir-faire. Je devais ne me mettre � l��uvre que demain soir, puisque Votre �minence ne devait venir qu�apr�s-demain; mais, Votre �minence ayant chang� d�avis, j�ai, aussit�t que je l�ai vue en route pour la rue Saint-Claude, allum� le fourneau et fait la mixtion; il en r�sulte que le fourneau bout et que dans dix minutes vous aurez votre or. Permettez que j�ouvre le vasistas pour �tablir un courant d�air.