À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
- Автор: Rey Alain
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert Laffont
- ISBN: 978-2221112724
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
Une de ces formes, dans une religion, c’est de revendiquer une croyance et une observance absolues, étroites, fondées sur une interprétation littérale de la tradition. Et c’est bien ce qui est arrivé lorsqu’un parti catholique espagnol, qui militait pour la subordination de l’État à l’Église, s’est appelé integrista, à la fin du XIXe siècle. Le mot français intégriste apparaît en 1913 dans ce contexte, avant de s’appliquer à un conservatisme qui s’appuie sur une interprétation stricte, étroite, bornée d’une croyance. Religieux et politiques, les mots intégrisme et intégriste n’ont longtemps eu aucun rapport avec l’islam. Mais il faut admettre que plusieurs tendances actives de cette religion, comme le wahhabisme d’Arabie saoudite, pouvaient à bon escient être qualifiées d’« intégristes », ou encore de « fondamentalistes », par retour aux bases, considérées comme intouchables, de la croyance. On aurait pu aussi parler de purisme, d’absolutisme, de totalitarisme, si ces mots n’étaient déjà occupés. Toujours est-il qu’intégrisme s’est appliqué aux tendances dures de l’islam dans les années 1970, jusqu’à faire oublier que toute religion, à commencer par le catholicisme de Mgr Lefebvre, peut présenter ce caractère.
L’intégrisme est un aspect possible, une dérive, une maladie de toute croyance, religieuse ou non. Dans l’Histoire, les trois monothéismes — juif, chrétien, musulman — ont été plus souvent saisis par cet extrémisme immobiliste, que, par exemple, le bouddhisme. Reste que l’intégrisme ou plutôt les intégrismes de l’islam — il y en a plusieurs — peuvent être qualifiés, comme le fait Abdelwahab Meddeb dans un texte remarquable qui porte sur la généalogie de ce mouvement, de la « maladie de l’islam ». Quels que soient ses dangers, l’intégrisme n’est pas assimilable au terrorisme, même si l’intégrisme islamiste a pu financer et organiser le néoterrorisme actuel. Un peu de précision dans les termes permet d’éviter cette autre maladie du jugement qui a nom « amalgame » et « simplification ». Ce n’est sûrement pas en parlant d’un « axe du mal » qu’on rendra la situation compréhensible.