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Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]

Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:

Rigg et ses amis découvrent dans le Livre du Futur, qu’ils font partie d’une population-test envoyée depuis la Terre pour vérifier que la planète était viable. A présent, la Terre n’a plus besoin d’eux et s’apprête à les faire disparaître au profit des colons terriens. Mais ils ont bien l’intention de se défendre.
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Dès le début, le sacrifiable avait prétendu répondre à l’autorité des pierres. Même son de cloche du côté des vaisseaux, qui avaient juré à Rigg une obéissance absolue. Et pourtant, sacrifiables comme ordinateurs semblaient agir à l’encontre de ses ordres – quand leurs actes n’allaient pas à l’encontre de leurs décisions précédentes, de leurs promesses ou de leurs capacités présupposées.

Comment des machines pouvaient-elles mentir ? Leur serment d’allégeance était-il faux, lui aussi ? Qui avait codé l’art de la tromperie dans leurs programmes, dans ce cas ? Qui avait fait de ces machines des mutines ?

Le vrai Ram Odin avait ordonné l’exécution de ses répliques pour que sacrifiables et ordinateurs ne se perdent pas dans un chaos d’ordres contradictoires. Une copie avait cependant survécu – les deux entremurs baptisés à la mémoire du fondateur des colonies tendaient d’ailleurs à prouver que sa survie n’était un secret pour personne.

Toute cette mascarade en était-elle vraiment une, au bout du compte ? Pourquoi ne pas imaginer les sacrifiables et ordinateurs, sinon sincères, du moins honnêtes : fidèles à leur promesse de délivrer les informations qu’on leur commandait de délivrer.

Quand ces machines affirmaient obéir au commandement de Rigg, elles disaient vrai. Mais si, immédiatement après, un contrordre extérieur relevait le prince de ses fonctions, ou ordonnait aux machines de mentir malgré elles ?

Qui était en mesure de passer de tels ordres ? Le possesseur des pierres qui, aux dernières nouvelles, n’était autre que Rigg.

Si toutefois le précédent commandant était réellement mort.

Car dans le cas contraire, la hiérarchie de commandement se compliquait sérieusement. En cas d’indisponibilité de ce commandant présumé, les ordres de Rigg prévalaient ; s’il redevenait disponible, Rigg rétrogradait à la place de second. Comme Umbo dans l’entremur d’Odin qui, à la faveur des pierres de la dague, avait pu se hisser dans la hiérarchie – mais jamais plus haut que Rigg.

Et si Rigg n’était en fait qu’un chef subalterne que les sacrifiables faisaient passer pour le patron ?

Ce scénario aurait au moins résolu la question des mensonges : les machines ne mentaient pas, elles ne faisaient qu’appliquer à la lettre les consignes diaboliques d’un commandant agissant dans l’ombre. Pourquoi pas, après tout ?

C’était ainsi que Père avait appris à Rigg à réfléchir. Si des choses te semblent louches, revois tes hypothèses. Et si tes hypothèses te semblent fausses, alors reprends tes réflexions sous un angle permettant de les justifier. Explore toutes les pistes.

Ces pistes, il en restait une à explorer. Une des plus évidentes, même, avec un peu de recul : Ram Odin était encore vivant.

Chaque vaisseau possédait sa propre chambre de stase, lieu de repos des colons pendant leur voyage. Vadesh y avait attiré Rigg et Miche en la présentant comme la salle des commandes – avant de coller un crocheface sur le nez du tavernier. Rigg avait longtemps cru que le cobaye initialement prévu par le sacrifiable était lui-même. Mais, après mûre réflexion, il avait compris que non, pas du tout : Vadesh n’aurait jamais choisi un voyageur du temps. Une créature capable d’aiguiser à ce point les sens de Miche aurait métamorphosé Rigg en un pisteur prodigieusement dangereux.

Dans cette chambre de réveil et de stase, Rigg avait eu toutes les réponses sous le nez. Il s’était juste posé les mauvaises questions. Lors de leur visite des lieux, la salle était opérationnelle, mais à des fins tout autres que celles visées par Vadesh avec son crocheface, qu’il aurait pu plaquer sur le visage du premier venu.

Pourquoi cette salle, dans ce cas ? Pour que Rigg la découvre, saisisse sa finalité.

Vadesh essayait tout bonnement de dévoiler à sa façon une vérité dérangeante qu’une personne encore en stase lui avait formellement interdit de divulguer. Une personne que le sacrifiable avait été chargé de réveiller par intermittence. Une personne restée assoupie pendant les onze mille années d’évolution du Jardin, moins quelques brèves périodes d’éveil mises à profit pour passer ses ordres et mettre son grain de sel dans les colonies.

Ram Odin. Le père fondateur ne gisait désormais plus dans l’entremur de Ram, où il avait planté ses graines, mais dans celui de Vadesh, où le sacrifiable du même nom avait entrepris d’établir une symbiose entre humains et organismes autochtones.

« Nous mentons tous à Vadesh » : cette phrase était un code, une tentative désespérée pour signaler à Rigg, à l’encontre de tous les ordres de Ram Odin, que le vaisseau de Vadesh renfermait une chose contre laquelle s’était organisé un front commun.

Rigg l’avait compris en entendant les Larmuriens conter l’histoire de leur migration sous-marine. Les contradictions étaient devenues trop criantes, le tissu de mensonges trop épais. Alors Rigg avait retourné le problème dans tous les sens et dégagé plusieurs conclusions : Ram Odin vivait, manipulait tout le monde et, contrairement à ce que chacun pensait, ce n’étaient pas les Éclaireurs mais lui qui avait ordonné la fin du monde.

Dans leurs Livres du Futur, les Messagers avaient parlé de Nettoyeurs venus de Terre. Mais avaient-ils assisté à la scène de leurs propres yeux, ou d’autres personnes, des sacrifiables par exemple, la leur avaient-ils rapportée ? Rigg s’expliquait les choses ainsi : les Nettoyeurs déléguaient le travail aux orbiteurs, ces satellites placés en orbite autour du Jardin par les répliques de vaisseau mère onze mille ans plus tôt.

Les orbiteurs répondaient à une fonction simple : dissuader, par des menaces de représailles, les entremurs de développer des armes « dangereuses ». Et qui se chargeait d’évaluer cette dangerosité ? Les sacrifiables, également missionnés pour faire appliquer le règlement sur le terrain.

Toute arme menaçant le contrôle de la planète par les vaisseaux était jugée dangereuse.

De terribles massacres avaient été perpétrés dans les entremurs – les colons de Vadesh en savaient quelque chose. Des épidémies, des guerres, des familles, des génocides avaient dévasté les colonies, et tout cela sans que les orbiteurs n’interviennent.

Et soudain, ils décidaient de raser la planète sur ordre des Terriens, après une simple visite ?

À neuf reprises, les Enfants d’Odin tentèrent d’apaiser la colère des Nettoyeurs, dieux froids et sanguinaires. Ils se repensèrent, défirent leur société, laissèrent tout – biens et corps confondus – en ruines, déléguèrent leurs pouvoirs et leurs sciences à des souris savantes, envisageant même un temps d’exterminer la Terre entière pour le salut du Jardin.

Derrière tout cela se cachait peut-être non pas la volonté des humains mais celle de Ram Odin de détruire la planète.

Les Éclaireurs sont venus. Ils ont eu accès à l’ensemble des données consignées par les vaisseaux. Puis ils sont repartis.

Et si, après analyse de ces données, ces visiteurs s’étaient rendu compte que la planète entière était sous la coupe d’un homme dont la première réaction, en apprenant la duplication de son vaisseau en dix-neuf entités et leur renvoi onze mille ans en arrière, avait été d’ordonner l’éradication de ses doubles et de toute forme de vie sur le Jardin ? D’un homme coupable d’avoir transformé l’astre sur lequel les Terriens misaient les espoirs de l’humanité en un laboratoire à expérimentations temporelles ?

Ce même Ram Odin avait ensuite observé le retour des Terriens. Peut-être avait-il même entendu leur ordre de destitution : À tous les vaisseaux, Ram Odin est immédiatement démis de ses fonctions.

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