Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— J’essaierai de viser juste et si on revient trop en arrière, tu corrigeras. Pour la précision, je te fais confiance. »
Param se leva. Miche grommela sur sa couche. Olivenko ne broncha pas.
La princesse farfouilla dans son sac. Elle en sortit une pelisse de laine. Umbo l’interrogea du regard, l’œil perplexe.
« Au cas où ils arriveraient en plein hiver », expliqua Param.
Le jeune cordonnier s’équipa d’un épais pardessus.
Ils se mirent face à face et joignirent leurs mains.
« Vous me faites deux beaux écervelés, tous les deux, grogna Miche, qui, tout compte fait, était réveillé.
— Pas un pour rattraper l’autre ! ajouta Olivenko, qui, visiblement, ne dormait pas plus.
— Merci, apprécia Umbo. On sera de retour dans une minute. »
Param commença à sectionner le temps.
Umbo gardait de sa première expérience, lors de leur chute du rocher, une impression d’accélération, non pas de leurs propres personnes, mais des êtres extérieurs. Il ne nota cette fois aucune précipitation particulière autour d’eux. En fait, tout semblait avoir été gommé hors de leur bulle. Umbo parvenait tout au plus à saisir ici une silhouette, là une ombre. Les jours et les nuits se succédèrent dans une stroboscopie de soleils tour à tour au levant, au zénith puis au couchant et de flashs d’étoiles sur fond noir.
De la neige recouvrit le sol, fondit, réapparut, disparut, se déposa en un manteau épais qui s’amincit d’un coup pour céder la place au printemps et à sa palette de verts, puis souffla une douce mais courte bouffée de chaleur estivale que chassa la fraîche bise de l’automne et les feuilles tombèrent et des flocons de neige réapparurent dans le ciel. Printemps. Été. Param ralentit peu à peu le cycle des saisons et le monde environnant retrouva soudain un rythme normal.
Il faisait nuit. La plage semblait déserte ; les terres aussi, à première vue.
Si seulement Rigg était là, songea Umbo. On saurait s’il y a quelqu’un, au moins.
Ce regret fut de courte durée. Umbo ne voulait plus dépendre de Rigg. Lui et Param s’en sortiraient très bien seuls.
« Je pense préférable d’observer à couvert que d’être observés à découvert, déclara Umbo.
— Alors cachons-nous, proposa Param avec un petit sourire en coin. C’est mon jeu préféré. »
Elle prit à nouveau la main d’Umbo et le guida vers un taillis de bois et de fourrés, tandis que la nuit s’écoulait à un rythme effréné.
Ils atteignirent la lisière aux premiers rayons de l’aube. Param figea le temps progressivement. Les silhouettes indistinctes de souris émergèrent peu à peu du flou environnant. Des souris à perte de vue, dans les arbres, dans l’herbe, sur la plage.
Des souris se baladant par milliers sur un sol transformé en gruyère.
Bien sûr, elles ne construisent pas de maison. Elles creusent des galeries, sans étais – vu le nombre de souris et la fréquence de leurs passages, ces minuscules boyaux tiennent tout seuls.
Ces champs pouvaient abriter une cité de cent millions de souris que personne ne l’aurait remarqué. À part Rigg, peut-être, aux traces. Mais de là à pouvoir isoler avec précision les mouvements de chacune dans pareille fourmilière…
Le plan d’Umbo présentait de toute évidence un défaut, et de taille : maintenant que le jeune cordonnier et la princesse avaient fait le trajet jusqu’ici, où, précisément, attendre les Éclaireurs ?
En admettant qu’ils viennent un jour. Sans trace de vie apparente, se donneraient-ils seulement la peine d’une visite dans l’entremur de Lar ?
Il n’était pas idiot de penser que les souris avaient choisi cet endroit précisément parce que les Éclaireurs n’y mettraient jamais les pieds. Et, pourquoi pas, en espérant la clémence des Nettoyeurs. Après tout, les Messagers avaient peut-être exagéré en parlant de « destruction totale » du Jardin dans leurs Livres du Futur.
Ou alors, les souris trouvaient l’endroit idéalement situé pour y construire des abris souterrains où se cloîtrer pendant des décennies, le temps que le Jardin redevienne habitable. À leur sortie, elles n’auraient plus qu’à prendre possession d’un monde dont elles seraient les seules survivantes.
Pourquoi n’envisager qu’un unique scénario, celui de l’attaque de la Terre par les souris ? Alors qu’il suffisait à ces petits rongeurs de se terrer le temps nécessaire. Elles avaient nettoyé consciencieusement toute référence à leur propos des enregistrements des vaisseaux. Les Nettoyeurs n’avaient aucune raison de se mettre à leur recherche.
Ils viendront forcément ici, pensa Umbo. Ils n’omettront aucun détail. Les fichiers journaux leur apprendront l’existence d’une colonie qui, pour une raison indéterminée, migra par la suite sous les eaux. Ils se mettront en quête de vestiges du premier lieu d’implantation.
Ce site, nous sommes en plein dessus – ou plus très loin.
Umbo leva un bras. Param cessa de sectionner le temps. Les souris retrouvèrent un comportement « normal » – entre effervescence et frénésie, donc. Umbo et Param furent instantanément couverts de bêtes à poils, de la tête aux pieds.
« Vous savez qui nous sommes, déclara Umbo d’une voix douce. Nous nous apprêtons à sauter dans le futur. Alors si vous voulez revoir vos familles vivantes, écartez-vous vite. »
Il n’eut pas à leur dire deux fois : les souris dégringolèrent de leurs habits en deux temps trois mouvements et décampèrent à un mètre de distance. Elles s’assirent dans le sable face à leurs visiteurs.
« Pourquoi nous arrêter maintenant ? s’enquit Param.
— On n’est plus qu’à deux ou trois cents mètres de notre but.
— Notre but ?
— Le premier camp des colons, quelque part dans cette direction, pointa Umbo. Les Éclaireurs viendront là-bas, j’en mettrais ma main à couper. »
Les souris filèrent aussi sec vers l’endroit désigné.
« Au moins quelqu’un qui m’écoute, se réjouit Umbo.
— Puisque les souris savent où nous allons, plus besoin de nous cacher, j’imagine ?
— Non. Allons-y, acquiesça Umbo. Quoique… si des Larmuriens sont dans le coin, ils risquent de nous repérer. Sans parler des Éclaireurs qui doivent observer depuis l’espace. »
Param soupira.
« Au point où j’en suis, un peu de découpage de temps en plus ou en moins… »
Si les souris décidaient de faire à nouveau joujou avec un morceau de métal, Param risquait de le payer cher. Umbo préférait prévenir que guérir.
« Ne t’embête pas, lança-t-il. Marchons normalement. »
Il lâcha la main de la princesse et se mit en route.
Param hésita un instant, puis le rattrapa.
« Merci. Sachant où j’étais, les souris auraient pu me faire très mal.
— Le jour où elles voudront nous supprimer, elles trouveront bien un moyen. Mais si on peut s’éviter des risques inutiles… Et puis, l’idée n’avait pas l’air de te réjouir.
— Non, pas vraiment. Merci encore », répéta Param.
Umbo se retint de rire. Un mot aussi simple à prononcer que « merci » semblait lui demander un effort surhumain – surtout pour le remercier, lui.
« Cela dit, on sera bien obligés de prendre ces risques à un moment ou à un autre, observa Param. On a oublié le déjeuner. »
Ils atteignirent les limites extérieures du camp. Umbo les reconnut d’après ses souvenirs de la carte affichée pendant le vol par l’aéronef. Fin observateur, il avait mémorisé ses différents points caractéristiques. Ils étaient arrivés.
« Fatiguée ?