Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
Rigg rattrapa Vadesh dans le couloir.
« Vous tombez bien, lança-t-il au sacrifiable. J’ai la gorge un peu sèche. »
Vadesh accourut avec la carafe. Il ne mentionna pas l’absence de Rigg, qui s’interdit quant à lui toute allusion au passage du sacrifiable dans la pièce – dont il n’était pas censé être au courant, après tout.
Restait à Rigg une expérience inédite à tenter : la téléportation d’objets, spécialité des protégées de Père-Souris. Il ignorait tout de ce pouvoir. Tout juste avait-il entraperçu deux objets déplacés de la sorte : la colonne de métal dans la gorge de Param, et la dague à la ceinture de l’homme.
Rigg ne décida pas sciemment de déplacer Vadesh. Il se trouva que Vadesh était à portée de main quand l’idée de tenter l’expérience lui vint. Alors il le déplaça – de la largeur d’un doigt, et sans le faire transiter par une quelconque dimension parallèle. Une seconde, Vadesh se tenait à un mètre et quatorze centimètres de Rigg et la suivante, un centimètre plus loin, et un quart de centimètre plus à droite.
L’opération fut réalisée avec une telle maîtrise que le sacrifiable n’y vit que du feu. Ou du moins, s’il sentit quelque chose, il le garda pour lui.
Vadesh a probablement rêvé de cette symbiose des centaines de fois. Il est tellement occupé à m’analyser sous toutes les coutures, pour déceler chez moi le moindre signe de changement, qu’il est aveugle à tout le reste.
« Bien, Vadesh, reprit Rigg. Et si vous me présentiez Ram Odin ?
— Bien entendu. Je ne vous demande pas si vous connaissez le chemin ?
— Inutile, il est très bien tracé.
— Dois-je vous accompagner ? » s’enquit Vadesh.
Ram Odin trouverait-il suspect que je refuse ?
« S’il le souhaite, répliqua Rigg. J’imagine que vous lui obéissez plus qu’à moi.
— Il vous laisse choisir, en qualité de gardien des enregistrements, l’informa Vadesh.
— Venez, dans ce cas, l’invita Rigg. Allons rencontrer le maître de ce vaisseau et des dix-huit autres. »
Rigg ouvrit la voie, extatique devant le champ de possibilités ouvert par le crocheface. Il vivait chaque trace individuellement, comme autant de rencontres humaines savourées sans interférence avec son champ de vision, lui-même désormais d’une clarté absolue. Chaque grain de poussière virevoltant dans les airs, la texture même des surfaces – du sol, des murs, du plafond : chaque détail s’inscrivait dans une parfaite vue d’ensemble. Il avait l’impression d’avoir été raccordé à la fois à un esprit autiste, hypersensible, et à un cerveau doté de la capacité de se focaliser sur un point en faisant abstraction de tous les autres.
Un esprit hybride, bestial et humain à la fois, au pic de son rendement.
Ram Odin était marqué par le temps. Il avait le visage ridé, la nuque fripée, le crâne dégarni, des poches sous les yeux, le teint pâle. Comme un homme de grands espaces resté cloîtré trop longtemps.
« Comme vous ne faites désormais plus qu’un avec la créature indigène la plus fascinante de ce monde, j’ai une proposition à vous faire, lança le commandant à Rigg.
— Je m’apprêtais à vous dire la même chose, répliqua le pisteur. Non sans avoir salué le père fondateur de notre monde au préalable.
— Tous les colons ont droit à ce titre », observa Ram.
Rigg contourna les consoles de commandes ; Ram pivota sur son siège pour continuer à lui faire face.
« Un seul façonna le monde à son image pendant que les autres poursuivaient leur stase, fit remarquer Rigg.
— Venez à mes côtés, l’invita le commandant en chef. Venez partager ma vision des choses, depuis ce moniteur. J’aimerais vous montrer le monde vu par les yeux des orbiteurs. Si toutefois l’on peut qualifier d’“yeux” les capteurs de ces satellites. »
Rigg palpa une certaine tension chez l’homme. Le vieux était non seulement au bout du rouleau, mais aussi sur les dents à cette heure-ci.
Il a peur de moi, songea Rigg. Il m’a créé et craint maintenant ce que je suis devenu.
Rigg obtempéra et vint se placer entre deux consoles, debout à côté du fauteuil de Ram Odin.
« Admirez, souffla le commandant en désignant une vue spatiale en trois dimensions du cirque de falaises, des forêts et du cratère nés à l’endroit où le vaisseau avait pénétré la croûte planétaire dans cet entremur. Je vous vois un peu comme mon enfant – vous ne m’en voulez pas de vous considérer ainsi, n’est-ce pas ? J’étais impatient de pouvoir montrer un tel spectacle à mon fils. Regardez, nous pouvons agrandir l’image. »
Et tout en parlant, il zooma rapidement, comme s’ils plongeaient vers le sol à bord d’un aéronef.
Rigg savait cette attraction destinée à le distraire. Et la ruse fonctionna. L’humain qu’il était se fit littéralement happer par la magie de cette simulation de piqué vers le sol.
Mais l’hôte de crocheface qu’il était également ne manqua pas de repérer le couteau dans la main de Ram Odin, un couteau en partance pour son foie à l’instant même.
Rigg seul n’aurait jamais pu l’éviter.
Mais aidé de son nouveau compagnon, il esquiva sans problème d’un pas de côté, tourna sur lui-même, stoppa la main assassine et la força d’une torsion à lâcher le couteau, qu’il attrapa dans sa chute.
Rigg avait prévu d’utiliser la dague prêtée par Umbo, mais puisque Ram lui en offrait une de si bon cœur, il aurait été inconvenant de la refuser.
À la seconde où l’arme changea de mains, Rigg se projeta en arrière de trente minutes exactement : au moment où Ram, absorbé par l’une de ses consoles, tournait le dos à Rigg. Un moment opportunément choisi par le pisteur.
Ram Odin avait toujours refusé de porter un crocheface. Il n’entendit pas Rigg s’approcher à pas de loup derrière lui.
Tu n’as pas encore essayé de me tuer, Ram Odin, mais tu en as l’intention, alors je préfère prendre les devants.
Le coup de poignard partit, rapide, d’une précision clinique. Il pénétra sans peine la chair du dos, trouva la faille entre deux côtes et traversa le cœur de part en part. Le temps d’un ultime soubresaut, et les deux ventricules du cœur de Ram Odin s’ouvraient, tranchés net. Le sang cessa de battre dans les artères. Le commandant s’affaissa et mourut sans même un dernier cri.
Rigg lâcha l’arme, saisit la dague incrustée de pierres glissée à sa ceinture et la présenta au champ de reconnaissance du vaisseau.
« Quel autre être vivant que moi peut me retirer le commandement du vaisseau et des ordinateurs de bord ? demanda-t-il.
— Aucun, répondit une voix synthétique.
— Existe-t-il une personne en stase capable de me retirer le commandement ?
— Non.
— Existe-t-il une personne dans l’univers capable de me le retirer ?
— Non », assura la voix.
Une chose pareille paraissait impensable. Et pour cause : la question de Rigg laissait planer une ambiguïté. Il la reformula.
« Existe-t-il une personne ou une machine capable de prendre le commandement des vaisseaux de force ?
— Oui, confirma l’ordinateur. Lorsque l’amirauté autorisera un vaisseau de la flotte à se synchroniser avec moi, j’aurai obligation de lui obéir. »
Voilà donc ce que craignait tant Ram Odin. Mais Rigg n’aurait pas à détruire la planète pour l’empêcher : il attendait ce moment avec impatience.
Rigg le Pisteur avait obtenu ce qu’il était venu chercher. Il toucha l’épaule de l’homme qu’il venait de poignarder.