Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Et tu n�aimes pas mieux mon amour, s��cria Lorenza en frappant avec rage dans ses belles mains, qui s�empourpr�rent, et tu n�aimes pas mieux mon amour que tous les r�ves que tu poursuis, que toutes les chim�res que tu cr�es? Et tu me condamnes � la chastet� de la religieuse, avec les tentations de l�ardeur in�vitable de ta pr�sence? Ah! Joseph, Joseph, tu commets un crime! c�est moi qui te le dis.
� Ne blasph�me pas, ma Lorenza, s��cria Balsamo; car, comme toi, je souffre. Tiens, tiens, lis dans mon c�ur, je le veux, et dis encore que je ne t�aime pas.
� Mais alors, pourquoi r�sistes-tu � toi-m�me?
� Parce que je veux t��lever avec moi sur le tr�ne du monde.
� Oh! ton ambition, Balsamo, murmura la jeune femme, ton ambition te donnera-t-elle jamais ce que te donne mon amour?
�perdu � son tour, Balsamo laissa aller sa t�te sur la poitrine de Lorenza.
� Oh! oui, oui, s��cria-t-elle, oui, je vois enfin que tu m�aimes plus que ton ambition, plus que ta puissance, plus que ton espoir. Oh! tu m�aimes comme je t�aime, enfin!
Balsamo essaya de secouer le nuage enivrant qui commen�ait � noyer sa raison. Mais son effort fut inutile.
� Oh! puisque tu m�aimes tant, dit-il, �pargne-moi.
Lorenza n��coutait plus; elle venait de faire de ses deux bras une de ces invincibles cha�nes plus tenaces que les crampons d�acier, plus solides que le diamant.
� Je t�aime comme tu voudras, dit-elle, s�ur ou femme, vierge ou �pouse, mais un baiser, un seul.
Balsamo �tait subjugu�; vaincu, bris� par tant d�amour, sans force pour r�sister davantage, les yeux ardents, la poitrine haletante, la t�te renvers�e, il s�approchait de Lorenza, aussi invinciblement attir� que l�est le fer par l�aimant.
Ses l�vres allaient toucher les l�vres de la jeune femme!
Soudain la raison lui revint.
Ses mains fouett�rent l�air charg� d�enivrantes vapeurs.
� Lorenza! s��cria-t-il, r�veillez-vous, je le veux!
Aussit�t cette cha�ne, qu�il n�avait pu briser, se rel�cha, les bras qui l�enla�aient se d�tendirent, le sourire ardent qui �cartait les l�vres dess�ch�es de Lorenza s�effa�a languissant comme un reste de vie au dernier soupir; ses yeux ferm�s s�ouvrirent, ses pupilles dilat�es se resserr�rent; elle secoua les bras avec effort, fit un grand mouvement de lassitude et retomba �tendue, mais �veill�e, sur le sofa.
Balsamo, assis � trois pas d�elle, poussa un profond soupir.
� Adieu le r�ve, murmura-t-il; adieu le bonheur.
Chapitre 57. La double existence � La veille
Aussit�t que le regard de Lorenza eut recouvr� sa puissance, elle jeta un rapide coup d��il autour d�elle.
Apr�s avoir examin� chaque chose sans qu�aucun de ces mille riens qui font la joie des femmes par�t d�rider la gravit� de sa physionomie, la jeune femme arr�ta ses yeux sur Balsamo avec un tressaillement douloureux.
Balsamo �tait assis et attentif � quelques pas d�elle.
� Encore vous! fit-elle en se reculant.
Et tous les signes de l�effroi apparurent sur sa physionomie; ses l�vres p�lirent, la sueur perla � la racine de ses cheveux.
Balsamo ne r�pondit point.
� O� suis-je? demanda-t-elle.
� Vous savez d�o� vous venez, madame, dit Balsamo; cela doit vous conduire naturellement � deviner o� vous �tes.
� Oui, vous avez raison de rappeler mes souvenirs; je me souviens en effet. Je sais que j�ai �t� pers�cut�e par vous, poursuivie par vous, arrach�e par vous aux bras de la royale interm�diaire que j�avais choisie entre Dieu et moi.
� Alors vous savez aussi que cette princesse, toute puissante qu�elle est, n�a pu vous d�fendre.
� Oui, vous l�avez vaincue par quelque violence magique! s��cria Lorenza en joignant les mains. Oh! mon Dieu! mon Dieu! d�livrez-moi de ce d�mon!
� O� voyez-vous en moi un d�mon, madame? dit Balsamo en haussant les �paules. Une fois pour toutes, laissez donc, je vous prie, ce bagage de croyances pu�riles apport�es de Rome, et tout ce fatras de superstitions absurdes que vous avez tra�n�es � votre suite depuis votre sortie du couvent.
� Oh! mon couvent! qui me rendra mon couvent? s��cria Lorenza en fondant en larmes.
� En effet, dit Balsamo, c�est une chose bien regrettable qu�un couvent!
Lorenza s��lan�a vers une des fen�tres, elle en ouvrit les rideaux, puis, apr�s les rideaux, elle leva l�espagnolette, et sa main �tendue s�arr�ta sur un des barreaux �pais et recouverts d�un grillage de fer cach� sous des fleurs, qui lui faisaient perdre beaucoup de sa signification sans lui rien �ter de son efficacit�.
� Prison pour prison, dit-elle, j�aime mieux celle qui conduit au ciel que celle qui m�ne � l�enfer.
Et elle appuya furieusement ses poings d�licats sur les tringles.
� Si vous �tiez plus raisonnable, Lorenza, vous ne trouveriez � votre fen�tre que des fleurs sans barreaux.
� N��tais-je pas raisonnable quand vous m�enfermiez dans cette autre prison roulante avec ce vampire que vous appelez Althotas? Non, et cependant vous ne me perdiez pas de vue; cependant j��tais votre prisonni�re; cependant, quand vous me quittiez, vous souffliez en moi cet esprit qui me poss�de et que je ne puis combattre! O� est-il cet effrayant vieillard qui me fait mourir de terreur? L�, dans quelque coin, n�est-ce pas? Taisons-nous tous deux, et nous entendrons sortir de terre sa voix de fant�me!
� Vous vous frappez l�imagination comme un enfant, madame, dit Balsamo. Althotas, mon pr�cepteur, mon ami, mon second p�re, est un vieillard inoffensif, qui ne vous a jamais vue, jamais approch�e, ou qui, s�il vous a approch�e ou vue, n�a pas m�me fait attention � vous, lanc� qu�il est � la poursuite de son �uvre.
� Son �uvre! murmura Lorenza; et quelle est son �uvre? Dites.
� Il cherche l��lixir de vie, ce que tous les esprits sup�rieurs ont cherch� depuis six mille ans.
� Et vous, que cherchez-vous?
� Moi? la perfection humaine.
� Oh! les d�mons! les d�mons! dit Lorenza en levant les mains au ciel.
� Bon! dit Balsamo en se levant, voil� votre acc�s qui va vous reprendre.
� Mon acc�s?
� Oui, votre acc�s; il y a une chose que vous ignorez, Lorenza: c�est que votre vie est s�par�e en deux p�riodes �gales; pendant l�une, vous �tes douce, bonne et raisonnable; pendant l�autre, vous �tes folle.
� Et c�est sous le vain pr�texte de cette folie que vous m�enfermez?
� H�las! il le faut bien.
� Oh! soyez cruel, barbare, sans piti�; emprisonnez-moi, tuez-moi, mais ne soyez pas hypocrite, et n�ayez pas l�air de me plaindre en me d�chirant.
� Voyons, dit Balsamo sans se f�cher et m�me avec un sourire bienveillant, est-ce une torture que d�habiter une chambre �l�gante, commode?
� Des grilles, des grilles de tous les c�t�s; des barreaux, des barreaux, pas d�air!
� Ces grilles sont l� dans l�int�r�t de votre vie, entendez-vous, Lorenza?
� Oh! s��cria-t-elle, il me fait mourir � petit feu, et il me dit qu�il songe � ma vie, qu�il prend int�r�t � ma vie!
Balsamo s�approcha de la jeune femme, et avec un geste amical il lui voulut prendre la main; mais elle, se reculant comme si un serpent l�e�t effleur�e:
� Oh! ne me touchez point! dit-elle.
� Vous me ha�ssez donc, Lorenza?
� Demandez au patient s�il hait son bourreau.
� Lorenza, Lorenza, c�est parce que je ne veux pas le devenir que je vous �te un peu de votre libert�. Si vous pouviez aller et venir � votre volont�, qui peut savoir ce que vous feriez dans un de vos instants de folie?
� Ce que je ferais? Oh! que je sois libre un jour, et vous verrez!
� Lorenza, vous traitez mal l��poux que vous avez choisi devant Dieu.
� Moi, vous avoir choisi? Jamais!
� Vous �tes ma femme, cependant.
� Oh! voil� o� est l��uvre du d�mon.
� Pauvre insens�e! dit Balsamo avec un tendre regard.
� Mais je suis romaine, murmura Lorenza, et un jour, un jour je me vengerai.
Balsamo secoua doucement la t�te.
� N�est-ce pas que vous dites cela pour m�effrayer, Lorenza? demanda-t-il en souriant.
� Non, non, je le ferai comme je le dis.
� Femme chr�tienne, que dites-vous? s��cria Balsamo avec une autorit� surprenante. Votre religion, qui dit de rendre le bien pour le mal, n�est donc qu�hypocrisie, puisque vous pr�tendez suivre cette religion et que vous rendez, vous, le mal pour le bien?
Lorenza parut un instant frapp�e de ces paroles.
� Oh! dit-elle, ce n�est pas une vengeance que de d�noncer � la soci�t� ses ennemis, c�est un devoir.
� Si vous me d�noncez comme un n�croman, comme un sorcier, ce n�est pas la soci�t� que j�offense, c�est Dieu que je brave. Pourquoi alors, si je brave Dieu, Dieu, qui n�a qu�un signe � faire pour me foudroyer, ne se donne-t-il pas la peine de me punir, et laisse-t-il ce soin aux hommes, faibles comme moi, soumis � l�erreur comme moi?
� Il oublie, il tol�re, murmura la jeune femme; il attend que vous vous r�formiez.
Balsamo sourit.
� Et, en attendant, dit-il, il vous conseille de trahir votre ami, votre bienfaiteur, votre �poux.
� Mon �poux? Ah! Dieu merci, jamais votre main n�a touch� la mienne sans me faire rougir ou frissonner.
� Et, vous le savez, j�ai toujours g�n�reusement cherch� � vous �pargner ce contact.
� C�est vrai, vous �tes chaste, et c�est la seule compensation qui soit accord�e � mes malheurs. Oh! s�il m�e�t fallu subir votre amour!
� Oh! myst�re, myst�re imp�n�trable! murmura Balsamo, qui semblait suivre sa pens�e plut�t que r�pondre � celle de Lorenza.
� Terminons, dit Lorenza; pourquoi me prenez-vous ma libert�?
� Pourquoi, apr�s me l�avoir donn�e volontairement, voulez-vous la reprendre? Pourquoi fuyez-vous celui qui vous prot�ge? Pourquoi allez-vous demander appui � une �trang�re contre celui qui vous aime? Pourquoi menacez-vous sans cesse celui qui ne vous menace jamais de r�v�ler des secrets qui ne sont point � vous, et dont vous ignorez la port�e?
� Oh! dit Lorenza sans r�pondre � l�interrogation, le prisonnier qui veut fermement redevenir libre le redevient toujours, et vos barreaux ne m�arr�teront pas plus que ne l�a fait votre cage ambulante.
� Ils sont solides� heureusement pour vous, Lorenza! dit Balsamo avec une mena�ante tranquillit�.
� Dieu m�enverra quelque orage comme celui de la Lorraine, quelque tonnerre qui les brisera!
� Croyez-moi, priez Dieu de n�en rien faire; croyez-moi, d�fiez-vous de ces exaltations romanesques, Lorenza; je vous parle en ami, �coutez-moi.
Il y avait tant de col�re concentr�e dans la voix de Balsamo, tant de feu sombre couvait dans ses yeux, sa main blanche et musculeuse se crispait d�une fa�on si �trange � chacune des paroles qu�il pronon�ait lentement et presque solennellement, que Lorenza, �tourdie au plus fort de sa r�bellion, �couta malgr� elle.
� Voyez-vous, mon enfant, continua Balsamo sans que sa voix e�t rien perdu de sa mena�ante douceur, j�ai t�ch� de rendre cette prison habitable pour une reine; fussiez-vous reine, rien ne vous y manquera. Calmez donc cette exaltation folle. Vivez ici comme vous eussiez v�cu dans votre couvent. Habituez-vous � ma pr�sence; aimez-moi comme un ami, comme un fr�re. J�ai de grands chagrins, je vous les confierai; d�effroyables d�ceptions, parfois un sourire de vous me consolera. Plus je vous verrai bonne, attentive, patiente, plus j�amincirai les barreaux de votre cellule. Qui sait? dans un an, dans six mois, peut-�tre serez vous aussi libre que moi, en ce sens que vous ne voudrez plus me voler votre libert�.
� Non, non, s��cria Lorenza, qui ne pouvait comprendre qu�une r�solution si terrible s�alli�t avec une si douce voix, non, plus de promesses, plus de mensonges: vous m�avez enlev�e, enlev�e violemment; je suis � moi et � moi seule; rendez-moi donc au moins � Dieu, si vous ne voulez pas me rendre � moi-m�me. Jusqu�ici, j�ai tol�r� votre despotisme, parce que je me souviens que vous m�avez arrach�e � des brigands qui allaient me d�shonorer, mais d�j� cette reconnaissance s�affaiblit. Encore quelques jours de cette prison qui me r�volte, et je ne serai plus votre oblig�e, et plus tard, plus tard, prenez garde, j�en arriverai peut-�tre � croire que vous aviez avec ces brigands des rapports myst�rieux.
� Me feriez-vous l�honneur de voir en moi un chef de bandits? demanda ironiquement Balsamo.
� Je ne sais, mais tout au moins, ai-je surpris des signes, des paroles.
� Vous avez surpris des signes, des paroles? s��cria Balsamo en p�lissant.
� Oui, oui, dit Lorenza, je les ai surpris, je les sais, je les connais.
� Mais vous ne les direz jamais? Vous ne les redirez � �me qui vive, vous les enfermerez au plus profond de votre souvenir, afin qu�ils y meurent �touff�s?
� Oh! tout au contraire! s��cria Lorenza, heureuse comme on l�est dans la col�re, de trouver enfin l�endroit vuln�rable de son antagoniste. Je les garderai pr�cieusement dans ma m�moire, ces mots! Je les redirai tout bas tant que je serai seule, et tout haut � la premi�re occasion; je les ai d�j� dits.
� Et � qui? demanda Balsamo.
� � la princesse.
� Eh bien! Lorenza, �coutez bien ceci, dit Balsamo en enfon�ant ses doigts dans sa chair pour en �teindre l�effervescence et pour refouler son sang r�volt�, si vous les avez dits, vous ne les redirez plus; vous ne les redirez plus, parce que je tiendrai les portes closes, parce que j�aiguiserai les pointes de ces barreaux, parce que j��l�verai, s�il le faut, les murs de cette cour aussi haut que ceux de Babel.
� Je vous l�ai dit, Balsamo, s��cria Lorenza, on sort de toute prison, surtout quand l�amour de la libert� se renforce de la haine du tyran.
� � merveille, sortez-en donc, Lorenza; mais �coutez ceci: vous n�avez plus que deux fois � en sortir: � la premi�re je vous ch�tierai si cruellement que vous r�pandrez toutes les larmes de votre corps; � la seconde, je vous frapperai si impitoyablement que vous r�pandrez tout le sang de vos veines.
� Mon Dieu! mon Dieu! il m�assassinera! hurla la jeune femme arriv�e au dernier paroxysme de la col�re, en s�arrachant les cheveux et en se roulant sur le tapis.
Balsamo la consid�ra un instant avec un m�lange de col�re et de piti�. Enfin, la piti� parut l�emporter sur la col�re.
� Voyons, Lorenza, dit-il, revenez � vous, soyez calme; un jour viendra o� vous serez grandement r�compens�e de ce que vous aurez souffert ou cru souffrir.
� Enferm�e! enferm�e! criait Lorenza sans �couter Balsamo.
� Patience.
� Frapp�e!
� C�est un temps d��preuve.
� Folle! Folle!
� Vous gu�rirez.
� Oh! jetez-moi tout de suite dans un h�pital de fous! Enfermez-moi tout � fait dans une vraie prison!
� Non pas! vous m�avez trop bien pr�venu de ce que vous feriez contre moi.
� Eh bien! hurla Lorenza, la mort alors! la mort tout de suite!
Et, se relevant avec la souplesse et la rapidit� d�une b�te fauve, elle s��lan�a pour se briser la t�te contre la muraille.
Mais Balsamo n�eut qu�� �tendre la main vers elle et � prononcer du fond de sa volont�, bien plus encore que des l�vres, un seul mot pour l�arr�ter en route: Lorenza, lanc�e, s�arr�ta tout � coup, chancela et tomba endormie dans les bras de Balsamo.
L��trange enchanteur, qui semblait s��tre soumis tout le c�t� mat�riel de cette femme, mais qui luttait en vain contre le c�t� moral, souleva Lorenza entre ses bras et la porta sur son lit; alors il d�posa sur ses l�vres un long baiser, tira les rideaux de son lit, puis ceux des fen�tres, et sortit.
Quant � Lorenza, un sommeil doux et bienfaisant l�enveloppa comme le manteau d�une bonne m�re enveloppe l�enfant volontaire qui a beaucoup souffert, beaucoup pleur�.