Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Vous �tes ma femme, cependant.
� Oh! voil� o� est l��uvre du d�mon.
� Pauvre insens�e! dit Balsamo avec un tendre regard.
� Mais je suis romaine, murmura Lorenza, et un jour, un jour je me vengerai.
Balsamo secoua doucement la t�te.
� N�est-ce pas que vous dites cela pour m�effrayer, Lorenza? demanda-t-il en souriant.
� Non, non, je le ferai comme je le dis.
� Femme chr�tienne, que dites-vous? s��cria Balsamo avec une autorit� surprenante. Votre religion, qui dit de rendre le bien pour le mal, n�est donc qu�hypocrisie, puisque vous pr�tendez suivre cette religion et que vous rendez, vous, le mal pour le bien?
Lorenza parut un instant frapp�e de ces paroles.
� Oh! dit-elle, ce n�est pas une vengeance que de d�noncer � la soci�t� ses ennemis, c�est un devoir.
� Si vous me d�noncez comme un n�croman, comme un sorcier, ce n�est pas la soci�t� que j�offense, c�est Dieu que je brave. Pourquoi alors, si je brave Dieu, Dieu, qui n�a qu�un signe � faire pour me foudroyer, ne se donne-t-il pas la peine de me punir, et laisse-t-il ce soin aux hommes, faibles comme moi, soumis � l�erreur comme moi?
� Il oublie, il tol�re, murmura la jeune femme; il attend que vous vous r�formiez.
Balsamo sourit.
� Et, en attendant, dit-il, il vous conseille de trahir votre ami, votre bienfaiteur, votre �poux.
� Mon �poux? Ah! Dieu merci, jamais votre main n�a touch� la mienne sans me faire rougir ou frissonner.
� Et, vous le savez, j�ai toujours g�n�reusement cherch� � vous �pargner ce contact.
� C�est vrai, vous �tes chaste, et c�est la seule compensation qui soit accord�e � mes malheurs. Oh! s�il m�e�t fallu subir votre amour!
� Oh! myst�re, myst�re imp�n�trable! murmura Balsamo, qui semblait suivre sa pens�e plut�t que r�pondre � celle de Lorenza.
� Terminons, dit Lorenza; pourquoi me prenez-vous ma libert�?
� Pourquoi, apr�s me l�avoir donn�e volontairement, voulez-vous la reprendre? Pourquoi fuyez-vous celui qui vous prot�ge? Pourquoi allez-vous demander appui � une �trang�re contre celui qui vous aime? Pourquoi menacez-vous sans cesse celui qui ne vous menace jamais de r�v�ler des secrets qui ne sont point � vous, et dont vous ignorez la port�e?
� Oh! dit Lorenza sans r�pondre � l�interrogation, le prisonnier qui veut fermement redevenir libre le redevient toujours, et vos barreaux ne m�arr�teront pas plus que ne l�a fait votre cage ambulante.
� Ils sont solides� heureusement pour vous, Lorenza! dit Balsamo avec une mena�ante tranquillit�.
� Dieu m�enverra quelque orage comme celui de la Lorraine, quelque tonnerre qui les brisera!
� Croyez-moi, priez Dieu de n�en rien faire; croyez-moi, d�fiez-vous de ces exaltations romanesques, Lorenza; je vous parle en ami, �coutez-moi.
Il y avait tant de col�re concentr�e dans la voix de Balsamo, tant de feu sombre couvait dans ses yeux, sa main blanche et musculeuse se crispait d�une fa�on si �trange � chacune des paroles qu�il pronon�ait lentement et presque solennellement, que Lorenza, �tourdie au plus fort de sa r�bellion, �couta malgr� elle.
� Voyez-vous, mon enfant, continua Balsamo sans que sa voix e�t rien perdu de sa mena�ante douceur, j�ai t�ch� de rendre cette prison habitable pour une reine; fussiez-vous reine, rien ne vous y manquera. Calmez donc cette exaltation folle. Vivez ici comme vous eussiez v�cu dans votre couvent. Habituez-vous � ma pr�sence; aimez-moi comme un ami, comme un fr�re. J�ai de grands chagrins, je vous les confierai; d�effroyables d�ceptions, parfois un sourire de vous me consolera. Plus je vous verrai bonne, attentive, patiente, plus j�amincirai les barreaux de votre cellule. Qui sait? dans un an, dans six mois, peut-�tre serez vous aussi libre que moi, en ce sens que vous ne voudrez plus me voler votre libert�.
� Non, non, s��cria Lorenza, qui ne pouvait comprendre qu�une r�solution si terrible s�alli�t avec une si douce voix, non, plus de promesses, plus de mensonges: vous m�avez enlev�e, enlev�e violemment; je suis � moi et � moi seule; rendez-moi donc au moins � Dieu, si vous ne voulez pas me rendre � moi-m�me. Jusqu�ici, j�ai tol�r� votre despotisme, parce que je me souviens que vous m�avez arrach�e � des brigands qui allaient me d�shonorer, mais d�j� cette reconnaissance s�affaiblit. Encore quelques jours de cette prison qui me r�volte, et je ne serai plus votre oblig�e, et plus tard, plus tard, prenez garde, j�en arriverai peut-�tre � croire que vous aviez avec ces brigands des rapports myst�rieux.
� Me feriez-vous l�honneur de voir en moi un chef de bandits? demanda ironiquement Balsamo.
� Je ne sais, mais tout au moins, ai-je surpris des signes, des paroles.
� Vous avez surpris des signes, des paroles? s��cria Balsamo en p�lissant.
� Oui, oui, dit Lorenza, je les ai surpris, je les sais, je les connais.
� Mais vous ne les direz jamais? Vous ne les redirez � �me qui vive, vous les enfermerez au plus profond de votre souvenir, afin qu�ils y meurent �touff�s?
� Oh! tout au contraire! s��cria Lorenza, heureuse comme on l�est dans la col�re, de trouver enfin l�endroit vuln�rable de son antagoniste. Je les garderai pr�cieusement dans ma m�moire, ces mots! Je les redirai tout bas tant que je serai seule, et tout haut � la premi�re occasion; je les ai d�j� dits.
� Et � qui? demanda Balsamo.
� � la princesse.
� Eh bien! Lorenza, �coutez bien ceci, dit Balsamo en enfon�ant ses doigts dans sa chair pour en �teindre l�effervescence et pour refouler son sang r�volt�, si vous les avez dits, vous ne les redirez plus; vous ne les redirez plus, parce que je tiendrai les portes closes, parce que j�aiguiserai les pointes de ces barreaux, parce que j��l�verai, s�il le faut, les murs de cette cour aussi haut que ceux de Babel.
� Je vous l�ai dit, Balsamo, s��cria Lorenza, on sort de toute prison, surtout quand l�amour de la libert� se renforce de la haine du tyran.
� � merveille, sortez-en donc, Lorenza; mais �coutez ceci: vous n�avez plus que deux fois � en sortir: � la premi�re je vous ch�tierai si cruellement que vous r�pandrez toutes les larmes de votre corps; � la seconde, je vous frapperai si impitoyablement que vous r�pandrez tout le sang de vos veines.
� Mon Dieu! mon Dieu! il m�assassinera! hurla la jeune femme arriv�e au dernier paroxysme de la col�re, en s�arrachant les cheveux et en se roulant sur le tapis.
Balsamo la consid�ra un instant avec un m�lange de col�re et de piti�. Enfin, la piti� parut l�emporter sur la col�re.
� Voyons, Lorenza, dit-il, revenez � vous, soyez calme; un jour viendra o� vous serez grandement r�compens�e de ce que vous aurez souffert ou cru souffrir.
� Enferm�e! enferm�e! criait Lorenza sans �couter Balsamo.
� Patience.
� Frapp�e!
� C�est un temps d��preuve.
� Folle! Folle!
� Vous gu�rirez.
� Oh! jetez-moi tout de suite dans un h�pital de fous! Enfermez-moi tout � fait dans une vraie prison!
� Non pas! vous m�avez trop bien pr�venu de ce que vous feriez contre moi.
� Eh bien! hurla Lorenza, la mort alors! la mort tout de suite!
Et, se relevant avec la souplesse et la rapidit� d�une b�te fauve, elle s��lan�a pour se briser la t�te contre la muraille.
Mais Balsamo n�eut qu�� �tendre la main vers elle et � prononcer du fond de sa volont�, bien plus encore que des l�vres, un seul mot pour l�arr�ter en route: Lorenza, lanc�e, s�arr�ta tout � coup, chancela et tomba endormie dans les bras de Balsamo.
L��trange enchanteur, qui semblait s��tre soumis tout le c�t� mat�riel de cette femme, mais qui luttait en vain contre le c�t� moral, souleva Lorenza entre ses bras et la porta sur son lit; alors il d�posa sur ses l�vres un long baiser, tira les rideaux de son lit, puis ceux des fen�tres, et sortit.
Quant � Lorenza, un sommeil doux et bienfaisant l�enveloppa comme le manteau d�une bonne m�re enveloppe l�enfant volontaire qui a beaucoup souffert, beaucoup pleur�.
Chapitre 58. La visite
Lorenza ne s��tait pas tromp�e: une voiture, apr�s �tre entr�e par la barri�re Saint-Denis, apr�s avoir suivi dans toute sa longueur le faubourg du m�me nom, avait tourn� entre la porte et l�angle form� par la derni�re maison, et longeait le boulevard.