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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Tu en conviens donc?

Oui.

Tu avoues donc que tu as t bien mchante?

Bien mchante! Oh! oui. Mais tu me pardonnes, nest-ce pas?

Je te pardonnerai quand tu mauras expliqu cet trange mystre contre lequel je lutte depuis que je te connais.

coute, Balsamo. Cest quil y a en moi deux Lorenza bien distinctes: une qui taime et une qui te dteste, comme il y a en moi deux existences opposes: lune pendant laquelle jabsorbe toutes les joies du paradis, lautre pendant laquelle jprouve tous les tourments de lenfer.

Et ces deux existences sont, lune, le sommeil, nest-ce pas, et lautre, la veille?

Oui.

Et tu maimes quand tu dors, et tu me dtestes quand tu veilles?

Oui.

Pourquoi cela?

Je ne sais.

Tu dois le savoir.

Non.

Cherche bien, regarde en toi-mme, sonde ton propre cur.

Ah! oui Je comprends maintenant.

Parle.

Quand Lorenza veille, cest la Romaine, cest la fille superstitieuse de lItalie; elle croit que la science est un crime et lamour un pch. Alors elle a peur du savant Balsamo, elle a peur du beau Joseph. Son confesseur lui a dit quen taimant elle perdrait son me, et elle te fuira, toujours, sans cesse, jusquau bout du monde.

Et quand Lorenza dort?

Oh! cest autre chose alors; elle nest plus romaine, elle nest plus superstitieuse, elle est femme. Alors elle voit dans le cur et dans lesprit de Balsamo; elle voit que ce gnie rve des choses sublimes. Alors elle comprend combien elle est peu de chose, compare lui. Et elle voudrait vivre et mourir prs de lui, afin que lavenir pronont tout bas le nom de Lorenza, en mme temps quil prononcera tout haut le nom de Cagliostro!

Cest donc sous ce nom que je deviendrai clbre?

Oui, oui, cest sous ce nom.

Chre Lorenza! tu aimeras donc ce nouveau logement?

Il est bien plus riche que tous ceux que tu mas dj donns; mais ce nest pas pour cela que je laime.

Et pourquoi laimes-tu?

Parce que tu promets de lhabiter avec moi.

Ah! quand tu dors, tu sais donc bien que je taime ardemment, avec passion?

La jeune femme ramena contre elle ses deux genoux quelle prit dans ses bras, et, tandis quun ple sourire effleurait ses lvres:

Oui, je le vois, dit-elle. Oui, je le vois, et cependant, cependant, ajouta-t elle avec un soupir, il y a quelque chose que tu aimes plus que Lorenza.

Et quoi donc? demanda Balsamo en tressaillant.

Ton rve.

Dis mon uvre.

Ton ambition.

Dis ma gloire.

Oh! mon Dieu! mon Dieu!

Le cur de la jeune femme soppressa, des larmes silencieuses coulrent travers ses paupires fermes.

Que vois-tu donc? demanda Balsamo, tonn de cette effrayante lucidit qui parfois lpouvantait lui-mme.

Oh! je vois des tnbres parmi lesquelles glissent des fantmes; il y en a qui tiennent la main leurs ttes couronnes, et toi, toi, tu es au milieu de tout cela, comme un gnral au milieu de la mle. Il me semble que tu as les pouvoirs de Dieu, tu commandes, et lon obit.

Eh bien, dit Balsamo avec joie, cela ne te rend pas fire de moi?

Oh! tu es assez bon pour ne pas tre grand. Dailleurs, je me cherche dans tout ce monde qui tentoure, et je ne me vois pas. Oh! je ny serai plus Je ny serai plus, murmura-t-elle tristement.

Et o seras-tu?

Je serai morte.

Balsamo frissonna.

Toi morte, ma Lorenza? scria-t-il. Non, non, nous vivrons ensemble et pour nous aimer.

Tu ne maimes pas.

Oh! si fait.

Pas assez, du moins, pas assez! scria-t-elle en saisissant de ses deux bras la tte de Joseph. Pas assez, ajouta-t-elle en appuyant sur son front des lvres ardentes qui multipliaient leurs caresses.

Que me reproches-tu?

Ta froideur. Vois, tu te recules. Est-ce que je te brle avec mes lvres, que tu fuis devant mes baisers? Oh! rends-moi ma tranquillit de jeune fille, mon couvent de Subiaco, les nuits de ma cellule solitaire. Rends-moi les baisers que tu menvoyais sur laile des brises mystrieuses, et que, dans mon sommeil, je voyais venir moi comme des sylphes aux ailes dor, et qui fondaient mon me dans les dlices.

Lorenza! Lorenza!

Oh! ne me fuis pas, Balsamo, ne me fuis pas, je ten supplie; donne-moi ta main, que je la presse, tes yeux, que je les embrasse; je suis ta femme, enfin!

Oui, oui, ma Lorenza chrie, oui, tu es ma femme bien-aime.

Et tu souffres que je passe ainsi prs de toi, inutile, dlaisse! Tu as une fleur chaste et solitaire dont le parfum tappelle, et tu repousses son parfum! Ah! je le sens bien, je ne suis rien pour toi.

Tu es tout, au contraire, ma Lorenza, puisque cest toi qui fais ma force, ma puissance, mon gnie, puisque sans toi je ne pourrais plus rien. Cesse donc de maimer de cette fivre insense qui trouble les nuits des femmes de ton pays. Aime-moi comme je taime, moi.

Oh! ce nest pas de lamour, ce nest pas de lamour que tu as pour moi.

Cest au moins tout ce que je demande de toi; car tu me donnes tout ce que je dsire, car cette possession de lme me suffit pour tre heureux.

Heureux! dit Lorenza dun air de mpris; tu appelles cela tre heureux?

Oui, car, pour moi, tre heureux, cest tre grand.

Lorenza poussa un long soupir.

Oh! si tu savais ce que cest, ma douce Lorenza, que de lire dcouvert dans le cur des hommes pour les dominer avec leurs propres passions!

Oui, je vous sers cela, je le sais bien.

Ce nest pas tout. Tes yeux lisent pour moi dans le livre ferm de lavenir. Ce que je nai pu apprendre avec vingt annes de labeurs et de misres, toi, ma douce colombe, innocente et pure, quand tu veux, tu me lapprends. Mes pas, sur lesquels tant dennemis jettent des embches, tu les claires; mon esprit, dont dpendent ma vie, ma fortune, ma libert, tu le dilates comme lil du lynx qui voit pendant la nuit. Tes beaux yeux, en se fermant au jour de ce monde, souvrent une clart surhumaine! Ils veillent pour moi. Cest toi qui me fais libre, qui me fais riche, qui me fais puissant.

Et toi, en change, tu me fais malheureuse! scria Lorenza tout perdue damour.

Et, plus avide que jamais, elle entoura de ses deux bras Balsamo, qui, lui-mme, tout imprgn de la flamme lectrique, ne rsistait plus que faiblement.

Il fit cependant un effort, et dnoua le lien vivant qui lenveloppait.

Lorenza! Lorenza! dit-il, par piti!

Je suis ta femme, scria-t-elle, et non ta fille! Aime-moi comme un poux aime sa femme, et non comme mon pre maimait.

Lorenza, dit Balsamo tout frmissant lui-mme de dsirs, ne me demande pas, je ten supplie, un autre amour que celui que je te puis donner.

Mais, scria la jeune femme en levant ses deux bras dsesprs au ciel, ce nest point de lamour, cela, ce nest point de lamour!

Oh! si, cest de lamour mais de lamour saint et pur, comme on le doit une vierge.

La jeune femme fit un brusque mouvement qui droula les longues nattes de ses cheveux noirs. Son bras, si blanc et si nerveux la fois, slana presque menaant vers le comte.

Oh! que signifie donc cela? dit-elle dune voix brve et dsole. Et pourquoi mas-tu fait abandonner mon pays, mon nom, ma famille, tout, jusqu mon Dieu? Car ton Dieu ne ressemble pas au mien. Pourquoi as-tu pris sur moi cet empire absolu, qui fait de moi ton esclave, qui fait de ma vie ta vie, de mon sang ton sang? Entends-tu bien? Pourquoi as-tu fait toutes ces choses, si cest pour mappeler la vierge Lorenza?

Balsamo soupira son tour, cras sous limmense douleur de cette femme au cur bris.

Hlas! dit-il, cest ta faute, ou plutt la faute de Dieu. Pourquoi Dieu a-t-il fait de toi cet ange au regard infaillible laide duquel je soumettrai lunivers? Pourquoi lis-tu dans tous les curs au travers de leur enveloppe matrielle comme on lit une page derrire une vitre? Cest parce que tu es lange de puret, Lorenza! cest parce que tu es le diamant sans tache, cest parce que rien ne fait ombre en ton esprit; cest que Dieu, voyant cette forme immacule, pure et radieuse, comme celle de sa sainte Mre, veut bien y laisser descendre, quand je linvoque, au nom des lments quil a faits, son Saint-Esprit, qui dordinaire plane au-dessus des tres vulgaires et sordides, faute de trouver en eux une place sans souillure sur laquelle il puisse se reposer. Vierge, tu es voyante, ma Lorenza; femme, tu ne serais plus que matire.

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