Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Tu en conviens donc?
� Oui.
� Tu avoues donc que tu as �t� bien m�chante?
� Bien m�chante! Oh! oui. Mais tu me pardonnes, n�est-ce pas?
� Je te pardonnerai quand tu m�auras expliqu� cet �trange myst�re contre lequel je lutte depuis que je te connais.
� �coute, Balsamo. C�est qu�il y a en moi deux Lorenza bien distinctes: une qui t�aime et une qui te d�teste, comme il y a en moi deux existences oppos�es: l�une pendant laquelle j�absorbe toutes les joies du paradis, l�autre pendant laquelle j��prouve tous les tourments de l�enfer.
� Et ces deux existences sont, l�une, le sommeil, n�est-ce pas, et l�autre, la veille?
� Oui.
� Et tu m�aimes quand tu dors, et tu me d�testes quand tu veilles?
� Oui.
� Pourquoi cela?
� Je ne sais.
� Tu dois le savoir.
� Non.
� Cherche bien, regarde en toi-m�me, sonde ton propre c�ur.
� Ah! oui� Je comprends maintenant.
� Parle.
� Quand Lorenza veille, c�est la Romaine, c�est la fille superstitieuse de l�Italie; elle croit que la science est un crime et l�amour un p�ch�. Alors elle a peur du savant Balsamo, elle a peur du beau Joseph. Son confesseur lui a dit qu�en t�aimant elle perdrait son �me, et elle te fuira, toujours, sans cesse, jusqu�au bout du monde.
� Et quand Lorenza dort?
� Oh! c�est autre chose alors; elle n�est plus romaine, elle n�est plus superstitieuse, elle est femme. Alors elle voit dans le c�ur et dans l�esprit de Balsamo; elle voit que ce g�nie r�ve des choses sublimes. Alors elle comprend combien elle est peu de chose, compar�e � lui. Et elle voudrait vivre et mourir pr�s de lui, afin que l�avenir pronon��t tout bas le nom de Lorenza, en m�me temps qu�il prononcera tout haut le nom de� Cagliostro!
� C�est donc sous ce nom que je deviendrai c�l�bre?
� Oui, oui, c�est sous ce nom.
� Ch�re Lorenza! tu aimeras donc ce nouveau logement?
� Il est bien plus riche que tous ceux que tu m�as d�j� donn�s; mais ce n�est pas pour cela que je l�aime.
� Et pourquoi l�aimes-tu?
� Parce que tu promets de l�habiter avec moi.
� Ah! quand tu dors, tu sais donc bien que je t�aime ardemment, avec passion?
La jeune femme ramena contre elle ses deux genoux qu�elle prit dans ses bras, et, tandis qu�un p�le sourire effleurait ses l�vres:
� Oui, je le vois, dit-elle. Oui, je le vois, et cependant, cependant, ajouta-t elle avec un soupir, il y a quelque chose que tu aimes plus que Lorenza.
� Et quoi donc? demanda Balsamo en tressaillant.
� Ton r�ve.
� Dis mon �uvre.
� Ton ambition.
� Dis ma gloire.
� Oh! mon Dieu! mon Dieu!
Le c�ur de la jeune femme s�oppressa, des larmes silencieuses coul�rent � travers ses paupi�res ferm�es.
� Que vois-tu donc? demanda Balsamo, �tonn� de cette effrayante lucidit� qui parfois l��pouvantait lui-m�me.
� Oh! je vois des t�n�bres parmi lesquelles glissent des fant�mes; il y en a qui tiennent � la main leurs t�tes couronn�es, et toi, toi, tu es au milieu de tout cela, comme un g�n�ral au milieu de la m�l�e. Il me semble que tu as les pouvoirs de Dieu, tu commandes, et l�on ob�it.
� Eh bien, dit Balsamo avec joie, cela ne te rend pas fi�re de moi?
� Oh! tu es assez bon pour ne pas �tre grand. D�ailleurs, je me cherche dans tout ce monde qui t�entoure, et je ne me vois pas. Oh! je n�y serai plus� Je n�y serai plus, murmura-t-elle tristement.
� Et o� seras-tu?
� Je serai morte.
Balsamo frissonna.
� Toi morte, ma Lorenza? s��cria-t-il. Non, non, nous vivrons ensemble et pour nous aimer.
� Tu ne m�aimes pas.
� Oh! si fait.
� Pas assez, du moins, pas assez! s��cria-t-elle en saisissant de ses deux bras la t�te de Joseph. Pas assez, ajouta-t-elle en appuyant sur son front des l�vres ardentes qui multipliaient leurs caresses.
� Que me reproches-tu?
� Ta froideur. Vois, tu te recules. Est-ce que je te br�le avec mes l�vres, que tu fuis devant mes baisers? Oh! rends-moi ma tranquillit� de jeune fille, mon couvent de Subiaco, les nuits de ma cellule solitaire. Rends-moi les baisers que tu m�envoyais sur l�aile des brises myst�rieuses, et que, dans mon sommeil, je voyais venir � moi comme des sylphes aux ailes d�or, et qui fondaient mon �me dans les d�lices.
� Lorenza! Lorenza!
� Oh! ne me fuis pas, Balsamo, ne me fuis pas, je t�en supplie; donne-moi ta main, que je la presse, tes yeux, que je les embrasse; je suis ta femme, enfin!
� Oui, oui, ma Lorenza ch�rie, oui, tu es ma femme bien-aim�e.
� Et tu souffres que je passe ainsi pr�s de toi, inutile, d�laiss�e! Tu as une fleur chaste et solitaire dont le parfum t�appelle, et tu repousses son parfum! Ah! je le sens bien, je ne suis rien pour toi.
� Tu es tout, au contraire, ma Lorenza, puisque c�est toi qui fais ma force, ma puissance, mon g�nie, puisque sans toi je ne pourrais plus rien. Cesse donc de m�aimer de cette fi�vre insens�e qui trouble les nuits des femmes de ton pays. Aime-moi comme je t�aime, moi.
� Oh! ce n�est pas de l�amour, ce n�est pas de l�amour que tu as pour moi.
� C�est au moins tout ce que je demande de toi; car tu me donnes tout ce que je d�sire, car cette possession de l��me me suffit pour �tre heureux.
� Heureux! dit Lorenza d�un air de m�pris; tu appelles cela �tre heureux?
� Oui, car, pour moi, �tre heureux, c�est �tre grand.
Lorenza poussa un long soupir.
� Oh! si tu savais ce que c�est, ma douce Lorenza, que de lire � d�couvert dans le c�ur des hommes pour les dominer avec leurs propres passions!
� Oui, je vous sers � cela, je le sais bien.
� Ce n�est pas tout. Tes yeux lisent pour moi dans le livre ferm� de l�avenir. Ce que je n�ai pu apprendre avec vingt ann�es de labeurs et de mis�res, toi, ma douce colombe, innocente et pure, quand tu veux, tu me l�apprends. Mes pas, sur lesquels tant d�ennemis jettent des emb�ches, tu les �claires; mon esprit, dont d�pendent ma vie, ma fortune, ma libert�, tu le dilates comme l��il du lynx qui voit pendant la nuit. Tes beaux yeux, en se fermant au jour de ce monde, s�ouvrent � une clart� surhumaine! Ils veillent pour moi. C�est toi qui me fais libre, qui me fais riche, qui me fais puissant.
� Et toi, en �change, tu me fais malheureuse! s��cria Lorenza tout �perdue d�amour.
Et, plus avide que jamais, elle entoura de ses deux bras Balsamo, qui, lui-m�me, tout impr�gn� de la flamme �lectrique, ne r�sistait plus que faiblement.
Il fit cependant un effort, et d�noua le lien vivant qui l�enveloppait.
� Lorenza! Lorenza! dit-il, par piti�!�
� Je suis ta femme, s��cria-t-elle, et non ta fille! Aime-moi comme un �poux aime sa femme, et non comme mon p�re m�aimait.
� Lorenza, dit Balsamo tout fr�missant lui-m�me de d�sirs, ne me demande pas, je t�en supplie, un autre amour que celui que je te puis donner.
� Mais, s��cria la jeune femme en levant ses deux bras d�sesp�r�s au ciel, ce n�est point de l�amour, cela, ce n�est point de l�amour!
� Oh! si, c�est de l�amour� mais de l�amour saint et pur, comme on le doit � une vierge.
La jeune femme fit un brusque mouvement qui d�roula les longues nattes de ses cheveux noirs. Son bras, si blanc et si nerveux � la fois, s��lan�a presque mena�ant vers le comte.
� Oh! que signifie donc cela? dit-elle d�une voix br�ve et d�sol�e. Et pourquoi m�as-tu fait abandonner mon pays, mon nom, ma famille, tout, jusqu�� mon Dieu? Car ton Dieu ne ressemble pas au mien. Pourquoi as-tu pris sur moi cet empire absolu, qui fait de moi ton esclave, qui fait de ma vie ta vie, de mon sang ton sang? Entends-tu bien? Pourquoi as-tu fait toutes ces choses, si c�est pour m�appeler la vierge Lorenza?
Balsamo soupira � son tour, �cras� sous l�immense douleur de cette femme au c�ur bris�.
� H�las! dit-il, c�est ta faute, ou plut�t la faute de Dieu. Pourquoi Dieu a-t-il fait de toi cet ange au regard infaillible � l�aide duquel je soumettrai l�univers? Pourquoi lis-tu dans tous les c�urs au travers de leur enveloppe mat�rielle comme on lit une page derri�re une vitre? C�est parce que tu es l�ange de puret�, Lorenza! c�est parce que tu es le diamant sans tache, c�est parce que rien ne fait ombre en ton esprit; c�est que Dieu, voyant cette forme immacul�e, pure et radieuse, comme celle de sa sainte M�re, veut bien y laisser descendre, quand je l�invoque, au nom des �l�ments qu�il a faits, son Saint-Esprit, qui d�ordinaire plane au-dessus des �tres vulgaires et sordides, faute de trouver en eux une place sans souillure sur laquelle il puisse se reposer. Vierge, tu es voyante, ma Lorenza; femme, tu ne serais plus que mati�re.