Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Cette cour int�rieure �tait la bo�te qui renfermait et cachait � tous les yeux la seconde maison.
La chambre � laquelle conduisait cet escalier �tait �videmment une chambre d�homme. Les descentes de lit et les tapis plac�s devant les fauteuils et les canap�s �taient des plus magnifiques fourrures que fournissent l�Afrique et l�Inde. C��taient des peaux de lion, de tigre et de panth�re, aux yeux �tincelants et aux dents encore mena�antes; les murailles, tendues en cuir de Cordoue, du dessin le plus large et le plus harmonieux, �taient d�cor�es d�armes de toute esp�ce, depuis le tomahawk du Huron jusqu�au criss du Malais, depuis l��p�e en croix des anciens chevaliers jusqu�au cangiar de l�Arabe, depuis l�arquebuse incrust�e d�ivoire du XVIe jusqu�au fusil damasquin� d�or du XVIIIe.
On e�t inutilement cherch� � cette chambre une issue autre que celle de l�escalier; peut-�tre y en avait-il une ou plusieurs, mais inconnues, mais invisibles.
Un domestique allemand, de vingt-cinq � trente ans, le seul qu�on e�t vu depuis plusieurs jours errer dans la vaste maison, referma au verrou la porte coch�re, et, ouvrant la porte de la voiture pendant que le cocher impassible d�telait d�j� les chevaux, il tira du carrosse Lorenza endormie et la porta entre ses bras jusqu�� l�antichambre; l�, il la d�posa sur une table couverte d�un tapis rouge et abaissa sur ses pieds, avec discr�tion, le long voile blanc qui enveloppait la jeune femme.
Puis il sortit pour aller allumer aux lanternes de la voiture un chandelier � sept branches qu�il rapporta tout enflamm�.
Mais, pendant cet intervalle, si court qu�il e�t �t�, Lorenza avait disparu.
En effet, derri�re le valet de chambre, le comte de F�nix �tait entr�; il avait pris Lorenza entre ses bras � son tour; il l�avait port�e par la porte d�rob�e et par l�escalier secret dans la chambre des armes, apr�s avoir avec soin referm� les deux portes derri�re lui.
Une fois l�, du bout du pied, il pressa un ressort plac� dans l�angle de la chemin�e � haut manteau. Aussit�t une porte, qui n��tait autre que la plaque de cette chemin�e, roula sur deux gonds silencieux, et le comte, passant sous le chambranle, disparut, refermant avec le pied, comme il l�avait ouverte, cette porte myst�rieuse.
De l�autre c�t� de la chemin�e, il avait trouv� un second escalier, et, apr�s avoir mont� quinze marches tapiss�es de velours d�Utrecht, il avait atteint le seuil d�une chambre �l�gamment tendue de satin broch� de fleurs aux couleurs si vives et aux formes si bien dessin�es, qu�on e�t pu les prendre pour des fleurs naturelles.
Le meuble pareil �tait de bois dor�; deux grandes armoires d��caille incrust�es de cuivre, un clavecin et une toilette en bois de rose, un beau lit tout diapr�, des porcelaines de S�vres, composaient la partie indispensable du mobilier; des chaises, des fauteuils et des sofas, dispos�s avec sym�trie, dans un espace de trente pieds carr�s, ornaient le reste de l�appartement, qui, au reste, ne se composait que d�un cabinet de toilette et d�un boudoir attenant � la chambre.
Deux fen�tres masqu�es par d��pais rideaux donnaient le jour � cette chambre; mais, comme il faisait nuit � cette heure, les rideaux n�avaient rien � cacher.
Le boudoir et le cabinet de toilette n�avaient aucune ouverture. Des lampes consumant une huile parfum�e les �clairaient le jour comme la nuit, et, s�enlevant � travers le plafond, �taient entretenues par des mains invisibles.
Dans cette chambre, pas un bruit, pas un souffle; on e�t dit �tre � cent lieues du monde. Seulement, l�or y brillait de tous c�t�s, de belles peintures souriaient sur les murailles, et de longs cristaux de Boh�me, aux facettes chatoyantes, s�illuminaient comme des yeux ardents, lorsque, apr�s avoir d�pos� Lorenza sur un sofa, le comte, mal satisfait de la lumi�re tremblante du boudoir, fit jaillir le feu de cet �tui d�argent qui avait tant pr�occup� Gilbert, et alluma sur la chemin�e deux cand�labres charg�s de bougies roses.
Alors il revint vers Lorenza, et, mettant sur une pile de coussins un genou en terre devant elle:
� Lorenza! dit-il.
La jeune femme, � cet appel, se souleva sur un coude, quoique ses yeux restassent ferm�s. Mais elle ne r�pondit point.
� Lorenza, r�p�ta-t-il, dormez-vous de votre sommeil ordinaire ou du sommeil magn�tique?
� Je dors du sommeil magn�tique, r�pondit Lorenza.
� Alors, si je vous interroge, vous pourrez r�pondre?
� Je crois que oui.
� Bien.
Il se fit un instant de silence; puis le comte de F�nix continua:
� Regardez dans la chambre de Madame Louise que nous venons de quitter, il y a trois quarts d�heure � peu pr�s.
� J�y regarde, r�pondit Lorenza.
� Et y voyez-vous?
� Oui.
� Le cardinal de Rohan s�y trouve-t-il encore?
� Je ne l�y vois pas.
� Que fait la princesse?
� Elle prie avant de se mettre au lit.
� Regardez dans les corridors et dans les cours du couvent si vous voyez Son �minence?
� Je ne la vois pas.
� Regardez � la porte si sa voiture y est encore.
� Elle n�y est plus.
� Suivez la route que nous avons suivie.
� Je la suis.
� Voyez-vous des carrosses sur la route?
� Oh! oui, plusieurs.
� Et dans ces carrosses reconnaissez-vous le cardinal?
� Non.
� Rapprochez-vous de Paris.
� Je m�en rapproche.
� Encore.
� Oui.
� Encore.
� Ah! je le vois.
� O� cela?
� � la Barri�re.
� Est-il arr�t�?
� Il s�arr�te en ce moment. Un valet de pied descend de derri�re la voiture.
� Il lui parle?
� Il va lui parler.
� �coutez, Lorenza. Il est important que je sache ce que le cardinal a dit � cet homme.
� Vous ne m�avez pas ordonn� d��couter � temps. Mais attendez, attendez, le valet de chambre parle au cocher.
� Que lui dit-il?
� Rue Saint-Claude, au Marais, par le boulevard.
� Bien, Lorenza, merci.
Le comte �crivit quelques mots sur un papier, plia le papier autour d�une petite plaque de cuivre, destin�e sans doute � lui donner du poids, tira le cordon d�une sonnette, poussa un bouton au-dessous duquel s�ouvrit une gueule, laissa glisser le billet dans l�ouverture, qui se referma apr�s l�avoir englouti.
C��tait la mani�re dont le comte, lorsqu�il �tait enferm� dans les chambres int�rieures, correspondait avec Fritz.
Puis, revenant � Lorenza:
� Merci, r�p�ta-t-il.
� Tu es donc content de moi? demanda la jeune femme.
� Oui, ch�re Lorenza!
� Eh bien, ma r�compense alors!
Balsamo sourit et approcha ses l�vres de celles de Lorenza, dont tout le corps frissonna au voluptueux contact.
� Oh! Joseph! Joseph! murmura-t-elle avec un soupir presque douloureux. Joseph! que je t�aime!
Et la jeune femme �tendit ses deux bras pour serrer Balsamo contre son c�ur.
Chapitre 56. La double existence � Le sommeil
Balsamo se recula vivement, les deux bras de Lorenza ne saisirent que l�air et retomb�rent en croix sur sa poitrine.
� Lorenza, dit Balsamo, veux-tu causer avec ton ami?
� Oh! oui, dit-elle; mais parle-moi toi-m�me souvent� j�aime tant ta voix!
� Lorenza, tu m�as dit souvent que tu serais bien heureuse si tu pouvais vivre avec moi, s�par�e du monde entier.
� Oui, ce serait le bonheur.
� Eh bien, j�ai r�alis� ton v�u, Lorenza. Dans cette chambre, nul ne peut nous poursuivre, nul ne peut nous atteindre; nous sommes seuls, bien seuls.
� Ah! tant mieux.
� Dis-moi si cette chambre est de ton go�t.
� Ordonne-moi de voir alors.
� Vois!
� Oh! la charmante chambre! dit-elle.
� Elle te pla�t donc? demanda le comte avec douceur.
� Oh! oui: voil� mes fleurs favorites, mes h�liotropes vanille, mes roses pourpres, mes jasmins de la Chine. Merci, mon tendre Joseph; que tu es bon!
� Je fais ce que je peux pour te plaire, Lorenza.
� Oh! tu fais cent fois plus que je ne m�rite.