Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
De plus en plus sûr de lui, il eut l’impression de se retrouver au temps de sa jeunesse ; la sensation que procurait ce sport était faite en partie du plaisir d’accomplir une sorte de rite mystique auquel la foule ne participait pas ; il s’y ajoutait la joie grisante du vent qui vous fouettait le visage et vous sifflait dans les cheveux ; enfin la certitude de courir un certain danger rendait la chose d’autant plus passionnante.
— On appelle cela le changement de sens, dit-il à voix basse.
Il reprit sa marche à grandes enjambées et passa sur un tapis voisin, qu’utilisaient de nombreux voyageurs ; il se glissa parmi eux, et, restant un long moment sur le même tapis, il parvint sans trop de mal à se faufiler parmi la foule, dépassant ainsi des centaines de gens, et se rapprochant insensiblement du bord du tapis.
Tout d’un coup, sans avoir marqué le moindre temps d’arrêt, il fit un bond de côté et sauta sur le tapis accélérateur voisin ; le mouvement fut si brusque qu’il eut de la peine à conserver son équilibre, et sentit une douleur dans les muscles de ses cuisses. Il actionna aussitôt les manettes d’accélération, et un instant plus tard, il filait à une vitesse de soixante-dix kilomètres à l’heure.
— Et maintenant, Daneel ? demanda-t-il au robot, toujours derrière lui.
— Il est encore là, répliqua l’autre calmement.
Baley pinça les lèvres. S’il en était ainsi, il fallait alors opérer sur l’express ; cela exigeait un gros entraînement, et peut-être n’en serait-il plus capable… Regardant rapidement autour de lui, pour situer sa position, il vit passer comme un éclair la rue B. 22. Il fit un petit calcul, puis d’un saut prit place sur l’express. Les hommes et les femmes qui l’occupaient, manifestement peu satisfaits de se déplacer ainsi, se montrèrent indignés quand Baley et R. Daneel, faisant irruption parmi eux, jouèrent des coudes pour s’efforcer de gagner l’autre bord du tapis.
— Eh là ! Faites donc attention ! glapit une femme, en retenant non sans peine son chapeau qu’elle manqua perdre.
— Excusez-moi bredouilla Baley, à court de souffle.
Ayant réussi à gagner l’autre côté de l’express, il sauta de nouveau sur le tapis voisin ; mais, au dernier moment, un voyageur, furieux d’avoir été bousculé, lui lança un coup de poing dans le dos, ce qui le fit trébucher. Il fit un effort désespéré pour retrouver son équilibre, car, pris de panique, il eut soudain la vision de ce qui allait se passer, s’il n’y parvenait pas : en tombant, il risquait de faire tomber d’autres gens, qui s’écrouleraient comme un château de cartes, et ces sortes de « marmelades de voyageurs », assez fréquentes sur les tapis roulants, avaient toujours pour résultat d’envoyer des douzaines de blessés à l’hôpital, avec des membres cassés. La différence de vitesse des deux tapis ne fit pourtant qu’accentuer son déséquilibre, et il s’effondra, d’abord sur les genoux, ensuite sur le côté. Mais, instantanément, le bras de Daneel le saisit, et il se vit relevé avec une force et une aisance bien supérieures à celles d’un homme.
— Merci, bredouilla-t-il.
Il n’eut certes pas le temps d’en dire plus, car il repartit aussitôt sur le tapis décélérateur, dont le parcours compliqué le mena à un carrefour ; là, deux tapis express de sens opposés se croisaient et correspondaient avec des tapis roulants secondaires. Sans ralentir un instant son allure, il sauta sur un tapis accélérateur, et de là, de nouveau, sur l’express.
— Est-il toujours avec nous, Daneel ?
— Il n’y a personne en vue, Elijah.
— Bon ! Mais quel coureur de tapis roulant vous auriez fait, Daneel ! Allons, maintenant, en route !
Ils repassèrent à toute vitesse sur un autre tapis secondaire, et de là sur un tapis décélérateur, qui les mena jusqu’à une porte dont les imposantes dimensions indiquaient, sans erreur possible, l’entrée d’un bâtiment officiel. D’ailleurs, une sentinelle se leva à leur approche, et Baley se fit aussitôt reconnaître.
— Police ! dit-il.
Et le factionnaire les laissa instantanément passer.
— C’est une centrale d’énergie, dit Baley. De cette façon, on perdra définitivement notre trace.
Il avait déjà visité souvent des centrales d’énergie, y compris celle-là, mais, l’habitude qu’il avait de ce genre d’établissements n’atténuait pas pour autant le sentiment pénible qui ne manquait jamais de l’oppresser quand il s’y trouvait ; c’était une sorte d’angoisse, encore accrue par le souvenir de la situation prépondérante que son père avait jadis occupée dans une telle centrale. Mais il y avait longtemps de cela !…
Au centre de l’usine, on n’entendait que le ronflement des énormes générateurs cachés dans les profondeurs du sol ; l’air sentait fort l’ozone, et l’immense salle était entourée de lignes lumineuses rouges, dont la menace silencieuse signifiait que nul ne devait les franchir sans être protégé par des vêtements spéciaux. Quelque part, au sein de la centrale (Baley ignorait exactement où), on consommait chaque jour une livre de matière atomique que l’on désintégrait. Et, après chacune de ces désintégrations, les résidus de l’opération, que l’on appelait les « cendres chaudes », étaient chassés par de puissantes souffleries dans des tuyaux de plomb, qui aboutissaient, vingt kilomètres au large de l’océan, à des fosses aménagées à mille mètres de profondeur sous les eaux. Baley s’était souvent demandé ce qui se passerait quand ces fosses seraient pleines. Se tournant vers R. Daneel, il lui dit, assez brusquement :
— Ne vous approchez pas des signaux rouges !
Puis, ayant réfléchi, il ajouta, un peu confus :
— Mais, après tout, cela ne vous gêne peut-être pas…
— Est-ce une question de radioactivité ? demanda Daneel.
— Oui.
— Alors, il faut que j’y fasse attention. Les rayons gamma détruisent en effet le délicat équilibre d’un cerveau positronique. Si je m’y trouvais exposé, ils me feraient beaucoup plus de mal qu’à vous, et bien plus rapidement.
— Voulez-vous dire qu’ils pourraient vous tuer ?
— Il faudrait alors me doter d’un nouveau cerveau positronique. Or, comme il ne peut en exister deux identiques, il s’ensuit que je deviendrais dans ce cas un nouvel individu. Le Daneel à qui vous parlez actuellement serait, à proprement parler, mort.
Baley le regarda d’un air sceptique.
— J’ignorais complètement cela, dit-il. Grimpons là-haut !
— On n’insiste jamais sur ce point. Ce que Spacetown désire faire connaître, c’est l’utilité de robots tels que moi, et non pas nos défectuosités.
— Alors, pourquoi m’en faites-vous part ?
— Parce que, dit R. Daneel en regardant Baley bien en face, vous êtes mon associé, Elijah, et il est bon que vous connaissiez mes faiblesses et mes lacunes.
Baley se racla la gorge, et ne trouva rien à ajouter.
Un peu plus tard, il indiqua au robot une sortie proche, et lui dit :
— Par ici ! Nous sommes à cinq cents mètres de l’appartement.
C’était un logement très modeste, un des plus ordinaires que l’on pût trouver : il se composait d’une petite chambre à deux lits, comportant pour tout mobilier deux fauteuils repliables, et d’un cabinet.
Un récepteur de télévision était encastré dans un des panneaux, mais l’appareil ne pouvait être manœuvré à volonté ; il transmettait à heures fixes un programme donné et fonctionnait automatiquement à ces heures-là, qu’on le voulût ou non. Il n’y avait ni lavabo – même sans eau courante – ni prise de courant pour faire de la cuisine, voire pour chauffer de l’eau. Un petit vide-ordures occupait un coin de la pièce ; il était raccordé à un tuyau affreux qui contribuait à donner à l’ensemble un aspect fort déplaisant. Baley, à la vue de ce logis, haussa les épaules.