Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— L’ennui, reprit le savant, c’est que j’ai raté la correspondance de Chester à Philadelphie, ce qui m’a fait perdre du temps. Et puis, en arrivant, j’ai eu un peu de mal à obtenir une chambre, ce qui a achevé de me mettre en retard.
— Ne vous faites pas de souci à ce sujet, docteur. Ce que vous venez de me dire est fort intéressant. A propos de votre aversion pour l’aviation, que diriez-vous de sortir de la ville, à pied ?
— Je ne vois pas pourquoi vous me posez cette question, répliqua Gerrigel, qui parut très surpris et un peu inquiet.
— Oh ! c’est une demande purement théorique ! Je n’ai pas du tout l’intention de vous emmener ainsi dans la campagne, mais je voulais savoir ce que vous pensiez d’une telle éventualité.
— Je la trouve fort déplaisante.
— Imaginez que vous soyez obligé de quitter la ville en pleine nuit, et de traverser la campagne, à pied, sur une distance d’un ou deux kilomètres : qu’en diriez-vous ?
— Je ne crois pas… je ne crois pas qu’on arriverait à me persuader de le faire.
— Quelle que soit l’importance du motif de ce déplacement ?
— S’il s’agissait de sauver ma vie ou celle de ma famille, peut-être me risquerais-je à le tenter… Mais, ajouta-t-il, gêné, puis-je vous demander la raison de ces questions, monsieur Baley ?
— Je vais vous la donner. Un crime grave a été commis, un crime particulièrement troublant. Je ne suis pas autorisé à vous en donner les détails. Toutefois, certaines personnes prétendent que l’assassin, pour exécuter son coup, a fait exactement ce que nous venons de dire : il aurait traversé seul, à pied, et de nuit, la campagne. C’est pourquoi je vous demande quelle sorte d’homme pourrait accomplir un tel acte.
— Pour ma part, dit le Dr Gerrigel, je n’en connais aucun. J’en suis certain. Bien entendu, parmi des millions d’individus, je suppose que l’on pourrait trouver quelques exceptions.
— Mais vous ne pensez pas qu’un être humain normal puisse faire une chose pareille ?
— Non, certainement pas.
— En fait, on peut donc dire que, s’il existe une autre explication de ce crime, une explication plausible, il faut l’étudier.
Le Dr Gerrigel eut l’air encore plus mal à l’aise, et demeura figé sur son siège, en gardant, jointes sur ses genoux, ses mains méticuleusement soignées.
— Une autre explication vous est-elle venue à l’esprit ? dit-il.
— Oui. J’ai pensé qu’un robot, par exemple, n’aurait aucune peine à traverser ainsi seul la campagne.
Le Dr Gerrigel se leva d’un bond, et s’écria :
— Voyons, monsieur Baley, quelle idée !
— Qu’a-t-elle donc d’anormal ?
— Vous prétendez qu’un robot pourrait avoir commis ce meurtre ?
— Pourquoi pas ?
— Un assassinat ? Celui d’un homme ?
— Oui. Asseyez-vous, je vous prie, docteur !
Le savant obtempéra et répliqua :
— Monsieur Baley, votre hypothèse implique deux actes distincts : la traversée à pied de la campagne et l’assassinat. Un être humain pourrait facilement commettre le second, mais n’accomplirait pas le premier sans grande difficulté. En revanche, un robot pourrait aisément traverser la campagne, mais il lui serait absolument impossible de tuer quelqu’un. Si donc vous tentez de remplacer une thèse invraisemblable par une autre impossible…
— Impossible est un terme terriblement catégorique, docteur !
— Voyons, monsieur Baley, vous connaissez bien sur, la Première Loi de la Robotique ?
— Je peux même vous la citer : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » Mais, voulez-vous me dire, ajouta-t-il aussitôt, en tendant vers le savant un impérieux index, qu’est-ce qui empêche la construction de robots non conformes à la Première Loi ? En quoi celle-ci serait-elle inviolable et sacrée ?
Le Dr Gerrigel parut déconcerté, et se borna à bredouiller :
— Oh ! monsieur Baley !…
— Eh bien, qu’avez-vous à répondre ?
— Si vous avez quelques notions de Robotique, monsieur Baley, vous devez savoir que construire un cerveau positronique exige un travail gigantesque, tant au point de vue mathématique qu’électronique.
— J’en ai, en effet, une idée assez précise, dit le détective.
Il avait visité, pour les besoins de son service, une usine de fabrication de robots et s’en souvenait très bien. Il avait vu la bibliothèque des livres filmés, dont chaque ouvrage, fort long, contenait l’analyse mathématique d’un seul type de cerveau positronique. Il fallait plus d’une heure en moyenne pour examiner un seul de ces exemplaires, si condensées que fussent les formules symboliques dont il était plein. Et l’on n’avait jamais affaire à deux cerveaux semblables, même s’ils avaient été conçus à partir de données rigoureusement identiques. Ce fait, avait-on expliqué à Baley, était la conséquence du principe d’Incertitude, énoncé par Heisenberg ; et il impliquait l’obligation d’ajouter à chaque ouvrage des appendices, eux-mêmes sujets à modifications. Oh, c’était un travail formidable, et Baley n’en disconvenait pas !…
— Eh bien, dans ce cas, reprit le Dr Gerrigel, vous devez comprendre que dresser les plans d’un nouveau type de cerveau positronique, même s’il ne s’agit que d’y apporter des modifications relativement peu importantes, n’est pas l’affaire d’une nuit de travail. Cela exige le concours de tout le service des recherches d’une usine normale, pendant un minimum d’une année. Et encore, cette somme énorme de travail serait loin de suffire, si l’on ne bénéficiait pas d’un grand nombre d’éléments de base, aujourd’hui standardisés, qui s’appliquent à la création de tout cerveau positronique, quel qu’il soit. Ces éléments de base sont eux-mêmes la conséquence pratique des trois Lois fondamentales de la Robotique. La première, vous venez de la citer vous-même. La seconde déclare que « un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. « Enfin la troisième précise que « un robot doit protéger son existence, dans la mesure où cette protection n’est pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi «. Comprenez-vous bien ce que cela signifie, monsieur Baley ?
A ce moment R. Daneel, qui avait suivi l’entretien avec la plus grande attention, intervint :
— Si vous me le permettez, Elijah, dit-il, j’aimerais voir si j’ai bien suivi la pensée du Dr Gerrigel. Je crois que ce que vous avez en tête, docteur, c’est ceci : si l’on tentait de construire un robot dont le cerveau positronique ne serait pas basé sur les trois Lois fondamentales, il faudrait commencer par élaborer une nouvelle loi fondamentale, et cela seul exigerait des années de travail.
Le savant eut l’air très reconnaissant de cette remarque et répliqua :
— C’est en effet, et très exactement exprimé, ce que je voulais dire, monsieur…
Baley attendit quelques secondes avant de présenter avec circonspection son associé :
— Je ne vous ai pas encore présenté mon collègue Daneel Olivaw, docteur.
— Enchanté, monsieur Olivaw, fit le visiteur qui tendit la main et serra sans sourciller celle du robot. A mon avis, reprit-il aussitôt, il faudrait au moins cinquante ans de recherches pour mettre au point une nouvelle Loi fondamentale, destinée à créer un cerveau positronique affranchi des obligations contenues dans les trois Lois actuelles, et pour construire des robots de ce genre aussi perfectionnés que ceux utilisés de nos jours.