Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— Nous y voilà ! Enfin… c’est supportable.
R. Daneel marcha droit au vide-ordures sur un geste qu’il fit, sa chemise s’ouvrit en deux, révélant un buste à la peau douce, et apparemment musclé.
— Qu’est-ce que vous faites ? lui demanda Baley.
— Je me débarrasse de la nourriture que j’ai absorbée. Si je la gardais en moi, elle se gâterait, et je sentirais mauvais.
Il plaça soigneusement deux doigts en des points déterminés de sa poitrine, exerça une brève mais énergique pression, et aussitôt son buste s’ouvrit de haut en bas. Il enfonça alors sa main droite à l’intérieur d’une masse métallique brillante ; il en retira un petit sac en tissu mince et translucide, à moitié plein ; il l’ouvrit, tandis que Baley, horrifié, l’observait ; puis, après quelque hésitation, il dit au détective :
— Ces aliments sont d’une propreté absolue. Je ne salive pas et ne mâche pas non plus. La nourriture que j’absorbe est attirée dans ce sac par succion, et elle est encore consommable.
— Merci, répondit doucement Baley. Je n’ai pas faim. Débarrassez-vous-en, tout simplement.
Baley estima que le sac était en matière plastique au fluorocarbone, car les aliments ne collaient pas après ; et le robot n’eut aucun mal à les faire glisser du sac dans le conduit du vide-ordures.
« Il n’empêche que voilà une excellente nourriture gaspillée ! » se dit Baley, en s’asseyant sur l’un des lits, et en ôtant sa chemise.
— Je propose, ajouta-t-il tout haut, que demain matin nous partions de bonne heure.
— Avez-vous une raison particulière pour cela ?
— Nos bons amis ne connaissent pas encore cet appartement, tout au moins je l’espère. En partant tôt, nous courrons moins de risques. Et quand nous serons à l’Hôtel de Ville, il vous faudra décider si notre association est encore praticable et utile.
— Vous croyez qu’elle ne l’est plus ?
— Vous devez bien comprendre, dit Baley en haussant les épaules, que nous ne pouvons pas nous livrer tous les jours à des acrobaties comme celles de ce soir.
— Mais il me semble que…
R. Daneel ne put achever sa phrase : une lampe rouge vif venait de s’allumer au-dessus de la porte. Baley se leva sans bruit et saisit son revolver. Le signal rouge, qui s’était éteint, se ralluma, et le détective, s’approchant à pas de loup de la porte, tourna un commutateur ; il actionna ainsi un écran translucide, qui permettait de voir de l’intérieur vers l’extérieur de la pièce. L’appareil ne fonctionnait pas très bien ; il était trop petit et usagé, et l’image qu’il donnait n’était pas nette ; mais elle l’était bien assez pour permettre à Baley de reconnaître, debout devant la porte, son fils Ben.
Ce qui suivit fut rapide, et même un peu brutal. Baley ouvrit brusquement la porte, saisit Ben par le poignet au moment où celui-ci allait, pour la troisième fois, actionner le signal, et le tira dans la pièce. Le garçon, ahuri et effrayé de cet accueil, s’adossa, un peu essoufflé, contre un mur, et frotta longuement son poignet meurtri, avant de s’écrier :
— Mais voyons, papa, pourquoi me bouscules-tu comme ça ?
Baley ne lui répondit pas tout de suite ; après avoir refermé la porte, il continua à regarder par l’écran translucide, et il lui sembla que le couloir était vide.
— As-tu remarqué quelqu’un, là dehors, Ben ? fit-il.
— Non. Ecoute, papa, je suis juste venu voir comment tu allais.
— Pourquoi n’irais-je pas bien ?
— Je n’en sais rien, moi ! C’est maman. Elle pleurait et faisait un tas d’histoires ; elle a dit qu’il fallait que je te trouve, et que, si je n’y allais pas, elle irait elle-même, mais que, dans ce cas, il pouvait arriver n’importe quoi. Alors, elle m’a obligé à filer, papa.
— Bon. Comment m’as-tu trouvé ? Ta mère savait-elle où j’étais ?
— Non. J’ai téléphoné à ton bureau.
— Et ils t’ont donné le renseignement ?
Le ton véhément de Baley effraya son fils, qui répondit à voix basse :
— Bien sûr ! Ils ne devaient pas le faire ?
Baley et Daneel se regardèrent, et le détective, se levant pesamment, demanda à son fils :
— Où est-elle en ce moment, ta mère ? Dans l’appartement ?
— Non. Nous avons dîné chez grand-mère, et nous y sommes restés. C’est là que je dois revenir tout à l’heure, si tu n’as pas besoin de moi, papa.
— Tu vas rester ici, Ben. Daneel, avez-vous remarqué où se trouve le téléphone public de l’étage ?
— Oui, dit le robot. Avez-vous l’intention de sortir pour vous en servir ?
— J’y suis bien obligé. Il faut que je parle à Jessie.
— Ne croyez-vous pas qu’il vaudrait mieux laisser Ben téléphoner ? Pour vous, c’est plus risqué que pour lui, et il est moins précieux.
Baley eut tout d’abord envie de se mettre en colère mais, comprenant aussitôt que ce serait stupide, il répondit calmement :
— Vous ne pouvez pas comprendre, Daneel. Nous autres hommes, nous n’avons pas l’habitude d’envoyer nos enfants à notre place, quand il s’agit d’accomplir un acte dangereux, même au cas où il semblerait logique de le faire.
— Un acte dangereux ? s’écria Ben, ravi de se trouver mêlé à une aventure passionnante. Oh ! papa, qu’est-ce qui se passe ?
— Rien, Ben. Rien qui te regarde, en tout cas. Alors, couche-toi. Je veux te trouver au lit quand je vais rentrer. Tu m’entends ?
— Oh ! zut. Tu pourrais tout de même me mettre au courant ! Je ne le dirai à personne !
— Non. Au lit ! Allons, ouste !…
— Oh ! quelle barbe !
Dès qu’il fut dans la cabine téléphonique, Baley se plaça de façon à pouvoir, le cas échéant, se servir sur-le-champ de son arme. Il commença par donner au microphone son numéro d’identification policière, et attendit un instant ; ce délai permit à une machine à contrôler, située à vingt kilomètres, de s’assurer que la communication serait immédiate. L’opération ne dura comme prévu que très peu de temps, car un détective devait pouvoir demander pour les besoins de son service un nombre illimité de communications. Dès qu’il eut la réponse du contrôle, il demanda le numéro de sa belle-mère. Un petit écran situé au pied de l’appareil s’éclaira alors, et le visage de la mère de Jessie apparut.
— Passez-moi Jessie, dit-il à voix basse.
Sa femme devait l’attendre car, à son tour, elle apparut instantanément. Baley la regarda un instant, puis il actionna une manette pour assombrir l’écran.
— Bon, Jessie. Ben est ici. Alors, qu’est-ce qui ne va pas ?
Tout en parlant, il ne cessait de regarder autour de lui si personne n’approchait.
— Comment vas-tu ? N’as-tu pas d’ennuis ? répliqua sa femme.
— Tu peux constater toi-même que je vais très bien, Jessie. Et maintenant, fais-moi le plaisir de cesser toutes ces histoires !
— Oh ! Lije, je me suis tellement tourmentée !
— A quel sujet ? répliqua-t-il sèchement.
— Tu le sais bien ! Ton ami…
— Eh bien ?
— Je te l’ai dit hier soir. Ca va mal tourner.
— Non. Tu dis des bêtises. Je garde Ben ici cette nuit, et toi, va te coucher ! Bonsoir, ma chérie !
Il coupa la communication et respira profondément avant de quitter la cabine. Son visage était décomposé, tant il avait peur. Quand il rentra chez lui, il trouva Ben debout au milieu de la pièce ; le jeune homme avait retiré d’un de ses yeux la lentille correctrice, et l’avait soigneusement placée dans une coupe, pour la nettoyer. L’autre lentille était encore dans son autre œil.