Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— Dis donc, papa, s’écria le garçon, il n’y a donc pas d’eau dans cet endroit ? M. Olivaw dit que je ne peux pas aller aux Toilettes.
— Il a raison. Je ne veux pas que tu y ailles. Remets ça dans ton œil ; pour une nuit, tu peux très bien les garder ; ça ne t’empêchera pas de dormir.
— Ah, bon ! fit Ben, qui obéit et grimpa dans un des deux lits. Oh, là, là ! ajouta-t-il. Quel matelas !
— Je pense que cela ne vous gênera pas de passer la nuit assis ? demanda Baley à R. Daneel.
— Non, bien sûr ! Mais dites-moi, Elijah, puis-je vous poser une question ? Les curieux petits verres que votre fils vient de mettre dans ses yeux m’ont intrigué. Est-ce que tous les Terriens en portent ?
— Non, répliqua Baley, d’un air distrait. Quelques uns seulement. Ainsi moi, je n’en ai pas.
— A quoi servent-ils ?
Mais Baley était bien trop absorbé par ses propres pensées pour répondre, et ces pensées n’avaient rien d’agréable.
Après avoir éteint la lumière, il demeura longtemps éveillé. Tout près de lui, la respiration de Ben se fit plus profonde et plus régulière, mais un peu rauque ; le garçon dormait paisiblement. De l’autre côté de son lit, Baley aperçut vaguement R. Daneel assis sur une chaise, face à la porte, dans une immobilité impressionnante.
Il finit par s’endormir, et bientôt il eut un cauchemar. Il rêva que Jessie tombait dans la salle de désintégration atomique d’une centrale d’énergie nucléaire. Elle tombait, tombait, tombait toujours, comme dans un puits colossal. Elle hurlait, et tendait les bras vers lui, mais il ne pouvait que se tenir, pétrifié, au-delà d’une ligne rouge, et regarder fixement la silhouette contorsionnée de sa femme qui s’enfonçait dans les profondeurs du puits, et finissait par y disparaître. Et l’horreur de ce rêve venait surtout de ce que cette effroyable chute de Jessie, c’était lui, son époux, qui l’avait provoquée ; c’était lui qui avait poussé sa femme dans le vide…
12
Avis d’un expert
Elijah Baley leva les yeux vers le commissaire Enderby, quand celui-ci passa devant son bureau, et il le salua d’un signe de tête empreint d’une certaine lassitude. Le commissaire principal regarda la pendule et grommela :
— Vous n’allez tout de même pas me dire que vous avez passé la nuit ici !
— Je n’en ai aucunement l’intention.
— Pas d’ennuis, cette nuit ? reprit Enderby à voix basse.
Baley secoua négativement la tête.
— J’ai réfléchi, poursuivit le commissaire, que je n’ai peut-être pas attaché assez d’importance à l’éventualité d’une émeute. Si je peux faire quelque chose…
— Oh ! je vous en prie, monsieur le commissaire ! répliqua Baley d’un ton sec. Vous savez très bien que, s’il y avait quelque chose à craindre, je vous en aviserais. Quant à hier soir, je n’ai pas eu le moindre ennui.
— Parfait !
Le commissaire principal continua son chemin et disparut derrière la porte de son bureau personnel, symbole du haut rang qu’il occupait. Et Baley, le regardant avec quelque envie, se dit :
« Lui, au moins, il a dormi, cette nuit ! »
Il se pencha sur un rapport d’activités banales et routinières, qu’il rédigeait pour masquer le réel emploi du temps des deux dernières journées ; mais les mots que sa main traçait machinalement dansaient devant ses yeux, et il ne réussit pas à se concentrer sur ce travail. Soudain, il se rendit compte que quelqu’un se tenait près de sa table.
— Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il en levant la tête vers R. Sammy.
« Garçon de courses automatique ! songea-t-il. Ca rapporte d’être commissaire principal ! »
— Le commissaire vous demande, Lije, fit le robot, toujours souriant. Il a dit : tout de suite !
— Je viens de le voir, fit Baley en faisant signe au messager de s’en aller. Dis-lui que je viendrai tout à l’heure.
— Il a dit : tout de suite ! répéta R. Sammy.
— C’est bon, c’est bon ! Fous le camp !
Mais le robot resta planté sur place, et redit pour la troisième fois :
— Le commissaire veut vous voir tout de suite, Lije. Il a dit : tout de suite !
— Mille tonnerres ! gronda Baley. J’y vais, j’y vais !
Se levant brusquement, il gagna à grandes enjambées le bureau de son chef, suivi du robot silencieux, et, dès qu’il fut entré, il déclara :
— Il faut donc, monsieur le commissaire, que je vous le demande une fois de plus : ne m’envoyez plus chercher par cette machine !
Mais Enderby se borna à répondre :
— Asseyez-vous, Lije. Asseyez-vous !
Baley s’exécuta et regarda droit devant lui, fixement. Après tout, peut-être avait-il mal jugé le pauvre vieux Julius, car celui-ci pouvait fort bien ne pas avoir dormi non plus : il avait en effet l’air très contrarié. Il tapota un papier qui se trouvait sur son bureau.
— J’ai là, dit-il, un rapport concernant une communication confidentielle que vous avez eue hier avec un certain A. Gerrigel, à Washington.
— C’est exact, monsieur le commissaire.
— On ne m’a naturellement pas rendu compte de votre entretien, puisqu’il n’a pu être contrôlé. De quoi s’agissait-il ?
— De renseignements dont j’ai besoin.
— C’est un spécialiste en Robotique, n’est-ce pas ?
— En effet.
Le commissaire fit la moue avançant sa lèvre inférieure comme un enfant boudeur.
— Mais qu’est-ce qui vous tracasse ? Quel genre de renseignement cherchez-vous à obtenir ?
— Je ne saurais exactement vous le dire, monsieur le commissaire. Mais j’ai la conviction que, dans une enquête comme celle-là, il pourrait m’être utile de posséder une documentation plus complète sur les robots.
Baley se refusa à lui en dire davantage. Il entendait garder pour lui ses intentions, et ne pas en démordre.
— Ce n’est pas mon avis, Lije, pas du tout. Je crois que vous avez eu tort de faire cette démarche.
— Et pourquoi donc, monsieur le commissaire ?
— Moins il y aura de gens au courant, mieux cela vaudra.
— Je lui en dirai le moins possible, naturellement.
— Je persiste à penser que vous avez tort.
Baley sentit l’exaspération le gagner, et, perdant patience, il rétorqua :
— Me donnez-vous l’ordre de ne pas voir ce savant ?
— Non, non. Faites comme il vous plaira, puisque vous êtes responsable de l’enquête. Seulement…
— Seulement quoi ?
— Oh rien !… fit Enderby en hochant la tête. En attendant où est-il ?… Vous savez qui je veux dire ?…
Certes, Baley le savait ! Il répondit :
— Daneel est encore en train d’examiner nos fichiers.
Le commissaire principal demeura un long moment silencieux, puis il dit :
— Nous ne faisons guère de progrès, vous savez !
— Nous n’en avons encore fait aucun ; mais ça peut changer…
— Alors, c’est parfait ! murmura Enderby.
Mais Baley ne lui trouva pas du tout la physionomie d’un homme satisfait.
Quand le détective revint à sa table de travail, R. Daneel l’y attendait.
— Eh bien, demanda-t-il rudement au robot, qu’est-ce que vous avez trouvé, vous ?
— J’ai complété mes premières recherches, un peu trop hâtives, Elijah ; grâce à votre fichier, j’ai pu identifier deux des gens qui nous ont poursuivis hier soir, et qui, par surcroît, se trouvaient l’autre jour dans le magasin de chaussures.
— Voyons cela !