Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— Prêt, Daneel ? demanda-t-il brusquement.
— Prêt, Elijah.
— Eh bien, en route !
Ils sortirent du restaurant, et Baley se dit que, désormais, leur salut allait uniquement dépendre de son astuce et de son adresse.
Il y a un jeu que les jeunes adorent pratiquer et qu’ils nomment la « course aux tapis roulants ». Ses règles varient de ville en ville, mais le principe demeure éternellement le même, en sorte qu’un garçon de San Francisco n’aura aucune peine à participer à une partie qui se joue au Caire. Il consiste en ceci : un « meneur » doit se rendre d’un point A à un point B, en utilisant le réseau des tapis roulants, de telle façon qu’il réussisse à distancer le plus grand nombre possible de camarades qui lui donnent la chasse. Un meneur qui arrive tout seul au but est vraiment adroit, et le poursuivant qui parvient à ne jamais perdre le meneur ne l’est pas moins.
On pratique d’habitude ce jeu pendant les heures d’affluence de fin d’après-midi, quand une foule de gens se déplace et rend la partie plus risquée et plus difficile. Le meneur part avec une légère avance, sur un tapis roulant accélérateur ; il fait de son mieux pour agir de la façon la plus inattendue, et reste par exemple très longtemps sur le même tapis, avant de bondir sur un autre, dans une direction différente ; il passe alors très vite d’un tapis au tapis suivant, puis s’arrête tout d’un coup.
Malheur au poursuivant qui se laisse imprudemment entraîner trop loin ! Avant de s’être aperçu de son erreur, il se trouvera, à moins d’être extrêmement habile, bien au-delà du meneur, ou au contraire, très en deçà. Le meneur, s’il est intelligent, en profitera aussitôt pour filer dans une autre direction.
Une tactique qui accroît dix fois la difficulté du jeu consiste à prendre place sur les tapis roulants secondaires, ou sur l’express, mais à les quitter aussitôt de l’autre côté. On admet que les éviter complètement est aussi peu sportif que les utiliser trop fréquemment.
L’intérêt d’un tel jeu est difficile à comprendre pour un adulte, surtout pour quelqu’un n’ayant jamais été lui-même, dans son adolescence, un adepte de ce sport. Les joueurs sont malmenés par les voyageurs, dont ils troublent les déplacements en les trouvant sur le parcours de leur course. La police est très sévère pour eux, et leurs parents les punissent. On dénonce leur activité comme troublant l’ordre public, aussi bien dans les écoles qu’au cinéma. Il ne se passe d’ailleurs pas d’année sans que quatre ou cinq jeunes gens trouvent la mort dans des accidents causés par ce jeu, tandis que des douzaines d’autres garçons y sont blessés, et que d’innocents passants se voient soudain placés, par la faute de ces jeunes, dans des situations plus ou moins tragiques.
Et cependant on n’a jamais pu trouver le moyen de supprimer ce sport, ni de mettre les équipes qui s’y livrent hors d’état de le pratiquer. Plus il devient dangereux, plus ses adeptes sont sûrs de conquérir le plus précieux des prix, à savoir la gloriole qu’ils en tirent aux yeux de leurs camarades. Tout le monde admet qu’un champion a le droit de se pavaner, et quant aux meneurs connus pour leur adresse, ils font aisément figure de coq de village.
Ainsi, par exemple, Elijah Baley se rappelait avec une réelle satisfaction, même à son âge, que jadis il avait été classé parmi les meilleurs coureurs de tapis roulant. Un jour, il avait semé vingt poursuivants dans une course mémorable, pendant laquelle, à trois reprises, il avait traversé l’express ; en deux heures de poursuite sans répit, il était parvenu, sans faiblir, à disperser certains des meilleurs joueurs de son quartier, et à atteindre seul le but. Et, pendant des mois, on avait parlé de cette performance.
Maintenant qu’il avait dépassé la quarantaine, il y avait plus de vingt ans qu’il ne se livrait plus à ce genre de jeu, mais il se souvenait de certaines astuces. Ce qu’il avait perdu en agilité, il le compensait par son expérience. Et puis, il était un policier, et nul mieux que lui ne connaissait la ville, sinon peut-être quelque collègue encore plus expérimenté ; bref, pour Baley, le dédale de ces avenues aux murailles d’acier n’avait pour ainsi dire pas de secret.
Il sortit du restaurant d’un pas alerte mais pas trop rapide. A tout moment, il s’attendait à entendre pousser derrière lui les cris de : « Robot ! Robot ! » Ce début de leur fuite était, à son avis, le moment le plus risqué, et il compta ses pas avant de sentir sous ses pieds le premier mouvement du tapis accélérateur. Il s’arrêta un instant, et laissa R. Daneel venir tranquillement à sa hauteur.
— Sont-ils toujours derrière nous, Daneel ? murmura-t-il.
— Oui. Ils se rapprochent.
— Ca ne va pas durer ! dit Baley, très sûr de lui.
Il jeta un regard vers les tapis normaux qui s’étendaient de chaque côté de l’accélérateur ; ils étaient chargés de passants, qui disparurent de plus en plus vite derrière lui, à mesure qu’il accélérait son allure. Certes, il utilisait presque quotidiennement les tapis roulants pour ses déplacements, mais il s’amusa à calculer qu’il n’avait pas plié les genoux pour y faire une course depuis plus de sept mille jours. Et, soudain repris par l’ardente et familière joie que lui procurait jadis ce sport, il sentit sa respiration devenir plus rapide. En cet instant, il oublia complètement qu’un jour, ayant surpris son fils Ben en train de faire une telle course, il l’avait chapitré pendant des heures, et menacé de le signaler à la police.
D’un pas rapide et léger, il accéléra jusqu’à atteindre une vitesse double de celle dite « de sécurité », et se pencha de plus en plus en avant, pour lutter contre la résistance de l’air. Il fit semblant de vouloir sauter sur un tapis roulant secondaire progressant dans le même sens, mais, tout d’un coup, il bondit sur celui qui allait en sens inverse, se mêla à la foule qui l’encombrait, et passa un instant plus tard sur le tapis décélérateur, ralentissant jusqu’à une vitesse de vingt kilomètres à l’heure environ.
— Combien en reste-t-il derrière nous, Daneel ? demanda-t-il au robot, qui, sans aucun signe d’essoufflement ni de difficulté, était revenu à sa hauteur.
— Un seul, Elijah.
— Il devait, lui aussi, être un bon coureur dans son jeune temps !… Mais il ne va pas tenir longtemps !