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Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]

Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:

Les cavernes d’acier sont les villes souterraines du futur. Là, bien que privés d’air et de lumière naturels, des millions d’hommes vivent à un rythme étourdissant.
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
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— Je parlais d’émigration dans de nouvelles planètes, monsieur le commissaire !

Mais cette fois, Enderby se borna, pour toute réponse, à lancer à son subordonné un regard incrédule. Baley laissa passer un moment, puis il reprit, d’un ton brusque :

— Qu’est-ce que la cérébroanalyse, monsieur le commissaire ? En avez-vous déjà entendu parler ?

Le visage rondelet d’Enderby demeura impassible ; il ne cilla pas, et ce fut d’une voix très calme qu’il répondit :

— Non. Qu’est-ce que c’est censé être ?

— Oh ! rien d’important !… J’en ai simplement entendu parler.

Baley quitta la pièce, et, revenu à son bureau, il continua à réfléchir : le commissaire principal ne pouvait certainement pas jouer la comédie à ce point-là… Alors ?

A 16 h 15, il téléphona à Jessie qu’il ne rentrerait pas coucher chez lui ce soir-là, ni probablement les nuits suivantes ; et il eut du mal à mettre un terme à l’entretien.

— As-tu des ennuis, Lije ? Es-tu en danger ? demanda-t-elle.

Il répondit d’un ton léger que le métier de détective comportait toujours un certain danger, mais cela ne satisfit pas son épouse.

— Où vas-tu passer la nuit ? reprit-elle.

Il ne le lui dit pas, et se contenta de lui conseiller :

— Si tu te sens trop seule sans moi, va coucher chez ta mère.

Et il coupa brusquement la communication : c’était ce qu’il avait de mieux à faire.

A 16 h 20, il demanda Washington ; il mit un certain temps à joindre l’homme qu’il cherchait, et il lui en fallut autant pour le convaincre de prendre le lendemain matin l’avion pour New York, mais, à 16 h 40, il réussit à le décider.

A 16 h 55, le commissaire principal quitta son bureau, et lui jeta au passage un sourire indéfinissable. Les employés travaillant de jour s’en allèrent en masse, et les équipes, moins importantes, qui les remplaçaient dans la soirée, et pour la nuit, entrèrent à leur tour, le saluant d’un air surpris.

R. Daneel vint le rejoindre ; il tenait à la main une liasse de papiers.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Baley.

— Une liste d’hommes et de femmes susceptibles de faire partie d’une organisation médiévaliste.

— Combien en avez-vous trouvé ?

— Plus d’un million, et ceci n’est qu’une partie de l’ensemble.

— Comptez-vous les contrôler tous, Daneel ?

— Ce serait évidemment impossible, Elijah.

— Voyez-vous, Daneel, presque tous les Terriens sont, d’une façon ou d’une autre, des Médiévalistes : ainsi, le commissaire, Jessie, ou moi-même. Prenez, par exemple, le commissaire…

Il fut sur le point de parler des lunettes de son chef, mais il se rappela que les Terriens devaient se tenir les coudes, et qu’il ne fallait surtout pas qu’Enderby perdît la face, tant au sens propre qu’au sens figuré. Aussi reprit-il, après avoir marqué un temps :

— Regardez ce qu’il met sur son nez… devant ses yeux…

— Oui, répliqua R. Daneel. J’ai déjà remarqué ces ornements, mais j’ai pensé que ce serait impoli de lui en parler. Je n’ai vu aucun autre New-Yorkais en porter.

— C’est un objet très vieux jeu.

— Est-ce que cela sert à quelque chose ?

Mais Baley changea brusquement de sujet en lui demandant :

— Comment vous êtes-vous procuré ces listes ?

— C’est une machine qui me les a fournies. On la règle pour un type de délit déterminé, et elle fait le reste. Je l’ai donc laissée trier toutes les condamnations prononcées, au cours des vingt-cinq dernières années, contre des gens ayant troublé l’ordre public à propos des robots. Une autre machine a trié dans le même esprit tous les journaux publiés à New York pendant la même période, pour y relever les noms de toutes les personnes ayant fait des déclarations contre les robots et contre les hommes des Mondes Extérieurs. C’est incroyable ce que l’on peut obtenir, en l’espace de trois heures ! Car cette machine-là a même éliminé des listes les noms des suspects décédés !

— Cela vous stupéfie ? Mais voyons, vous avez sûrement des machines à calculer dans les Mondes Extérieurs ?

— Bien sûr ! Nous en avons de toutes sortes, et des plus perfectionnées ; et cependant aucune n’est aussi massive et complexe que les vôtres. Il ne faut pas oublier, d’ailleurs, qu’aucun des Mondes Extérieurs, même le plus important, n’a de population approchant en nombre celle de vos villes, en sorte qu’il n’y a pas besoin de machines extrêmement complexes.

— Avez-vous déjà été sur la planète Aurore, Daneel ?

— Non, répliqua le robot. J’ai été construit ici, sur Terre.

— Alors, comment connaissez-vous les machines en usage dans les Mondes Extérieurs ?

— Mais voyons, Elijah, c’est l’évidence même ! Les connaissances qui m’ont été inculquées correspondent à celles du regretté Dr Sarton. Vous pouvez donc considérer comme certain qu’elles abondent en données sur les Mondes Extérieurs.

— Je vous comprends… Dites-moi, Daneel, pouvez-vous manger ?

— Je suis alimenté par énergie nucléaire, Elijah. Je croyais que vous le saviez.

— Je le sais en effet. Aussi bien, ne vous ai-je pas demandé si vous aviez besoin de manger, mais si vous pouviez manger, autrement dit, si vous pouviez mettre des aliments dans votre bouche, les mâcher, et les avaler. Jose dire que c’est un élément essentiel de cette ressemblance humaine que l’on a cherché à réaliser en vous construisant.

— Je vois ce que vous voulez dire, Elijah. Je peux en effet exécuter les opérations mécaniques consistant à mâcher et à avaler des aliments. Mais ma capacité est, naturellement, très limitée, et, à plus ou moins bref délai, je suis obligé de vider les aliments absorbés par ce que vous pourriez appeler mon estomac.

— Parfait. Vous pourrez à loisir régurgiter – ou peu importe comment vous appelez l’opération – ce soir, dans le secret de notre chambre. Pour l’instant, ce qui me préoccupe, c’est que j’ai faim. Vous ne vous rendez peut-être pas compte qu’avec tout cela je n’ai pas déjeuné ; je désire donc que vous dîniez avec moi. Or, vous ne pouvez vous asseoir au restaurant sans manger, car cela attirerait aussitôt l’attention sur vous. Mais, du moment que vous pouvez manger, c’est tout ce que je désirai savoir. Alors, allons-y !

Les restaurants communautaires de la ville étaient tous semblables ; bien plus, Baley qui, pour son service, avait été à Washington, à Toronto, à Los Angeles, à Londres et à Budapest, avait pu y constater que, là aussi, ils étaient pareils. A l’époque médiévale, peut-être en avait-il été tout autrement, parce que l’on parlait sur Terre diverses langues, et que la nourriture variait suivant les pays. Mais maintenant les produits à base de levure étaient les mêmes, de Shanghai à Tachkent, et de Winnipeg à Buenos Aires ; quant à « l’anglais » que l’on parlait, ce n’était certes pas celui de Shakespeare ou de Churchill, mais une sorte de pot-pourri de diverses langues ; on l’utilisait sur tous les continents terrestres, sans beaucoup de variations de l’un à l’autre, et l’on s’en servait aussi dans les Mondes Extérieurs.

Mais s’ils ne différaient les uns des autres, ni par la langue qu’on y parlait, ni par les menus qu’on y servait, ces restaurants présentaient bien des similitudes encore plus accusées. On y respirait toujours une odeur particulière, indéfinissable mais caractéristique. Une triple queue de consommateurs y pénétrait lentement, se rétrécissait pour en franchir la porte, et s’ouvrait aussitôt après en trois tronçons, se dirigeant à droite, à gauche et au centre d’une immense salle. Le grouillement de la foule, piétinant et jacassant, le claquement sec de la vaisselle en matière plastique, l’aspect luisant des longues tables en bois synthétique ultra-verni et à dessus de verre, l’éclairage intense, la légère humidité de l’air, tout cela ne changeait jamais d’un restaurant à un autre.

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