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Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]

Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:

Les cavernes d’acier sont les villes souterraines du futur. Là, bien que privés d’air et de lumière naturels, des millions d’hommes vivent à un rythme étourdissant.
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
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Baley s’avança pas à pas suivant la queue ; il fallait toujours compter sur une attente de dix minutes environ avant de trouver une place. Tout à coup, il demanda à R. Daneel, dans un murmure :

— Est-ce que vous pouvez sourire ?

Le robot, qui examinait froidement la salle, répliqua :

— Que voulez-vous dire, Elijah ?

— Oh ! je me demandais simplement si vous pouviez sourire…

R. Daneel sourit. Ce fut subit et surprenant. Ses lèvres s’arrondirent et se plissèrent aux commissures ; mais la bouche seule sourit, et le reste du visage ne subit aucune modification.

Baley secoua la tête et reprit, sur le même ton :

— Ne vous en donnez pas la peine, Daneel. Ca ne vous va pas !

Ils arrivèrent au guichet de distribution, où chaque convive plaçait sa carte dans un logement déterminé, pour qu’elle fût contrôlée automatiquement avec un bruit sec. Quelqu’un avait calculé un jour qu’un restaurant fonctionnant sans à-coup pouvait permettre l’entrée de deux cents personnes à la minute ; chacune était l’objet d’une vérification complète, afin de l’empêcher de prendre plus d’un repas, ou une nourriture à laquelle elle n’avait pas droit. On avait aussi calculé quelle devait être la longueur maximum des trois queues pour obtenir le meilleur débit des rations, ainsi que le temps perdu par suite des menus exceptionnels auxquels certains consommateurs privilégiés avaient droit.

C’était en effet une calamité d’interrompre la distribution des rations normales, comme le firent Baley et R. Daneel, en présentant à l’employé de service une carte donnant droit à un repas spécial. Jessie, qui connaissait bien la question pour avoir longtemps travaillé dans un tel restaurant, avait expliqué à son mari ce qui se produisait en pareil cas :

— Ca bouleverse tout, avait-elle dit. Ca chambarde les prévisions de consommation et les calculs de stocks. Il faut faire des contrôles spéciaux, et se mettre en rapport avec les autres restaurants pour s’assurer que ces repas exceptionnels ne compromettent pas l’équilibre des approvisionnements et des rations servies. Chaque semaine, en effet, on fait le bilan de chaque restaurant, et si jamais la balance des entrées et des sorties est fausse, on s’en prend toujours aux employés ; jamais, en effet, les services de la Cité n’admettent qu’ils ont trop distribué de cartes spéciales, ou favorisé telle ou telle personne. Mais, quand nous sommes obligés d’annoncer aux clients qu’on ne peut plus leur servir de repas spéciaux, quel potin se mettent alors à faire les privilégiés ! Et bien entendu, c’est toujours la faute du personnel !

Connaissant l’histoire en détail, Baley comprit pourquoi l’employée de service au guichet lui jeta un regard venimeux, tout en griffonnant quelques notes sur la qualité des détectives et leur droit à un traitement spécial ; le motif « service officiel » était, certes, pour elle irréfutable, mais il ne l’en irrita pas moins. Elle passa les cartes dans une machine à calculer qui les avala, digéra les renseignements qu’elles contenaient, et les restitua. Puis la femme se tourna vers R. Daneel ; mais Baley, prenant les devants, lui dit :

— Mon ami n’est pas d’ici. Vous débiterez la Préfecture de Police. Inutile de donner des détails. Service officiel.

Elle eut un geste d’énervement, et couvrit en hâte de signes mystérieux deux fiches.

— Pendant combien de temps prendrez-vous vos repas ici ? demanda-t-elle.

— Jusqu’à nouvel ordre.

— Alors, mettez vos index là ! ordonna-t-elle, en poussant vers eux les deux fiches.

Baley eut un petit pincement au cœur, en voyant les doigts lisses aux ongles luisants de R. Daneel se poser sur le carton. Mais aussitôt il se dit qu’on avait sûrement doté le robot d’empreintes digitales. La femme reprit les fiches et les introduisit dans la machine à contrôler située à côté d’elle ; un instant plus tard, celle-ci restitua les cartons sans incident, et Baley respira plus librement. L’employée leur remit de petites plaques métalliques rouge vif, qui signifiaient « provisoire », et déclara :

— Pas de menu spécial. Nous sommes à court cette semaine. Prenez la table DF.

Tandis qu’ils gagnaient leurs places, R. Daneel dit à Baley :

— J’ai l’impression que la majorité de vos compatriotes prend ses repas dans des restaurants comme celui-ci.

— Oui. Naturellement, ce n’est pas très agréable de manger dans un restaurant auquel on n’est pas habitué. On n’y connaît personne, tandis que, dans le restaurant où l’on est connu, c’est tout différent. On est toujours à la même place, avec sa famille, à côté d’amis qu’on voit tous les jours. Surtout pour les jeunes, les repas sont les moments les plus agréables de la journée.

Baley, en disant cela, sourit au souvenir de ces heures de détente.

La table DF se trouvait dans une partie de la salle réservée aux clients de passage. Les consommateurs déjà attablés avaient le nez dans leur assiette, et, paraissant peu à leur aise, ils ne se parlaient pas. De temps à autre, ils glissaient des regards d’envie vers les tables voisines, où les conversations et les rires allaient leur train. Et Baley se dit une fois de plus qu’il n’y avait rien de plus désagréable que de manger n’importe où : si simple que fût son propre restaurant, il n’en justifiait pas moins le vieux dicton, affirmant « qu’il n’y a rien de tel pour être heureux que de dîner chez soi ». La nourriture même avait meilleur goût, quoi que pussent dire les chimistes qui affirmaient qu’elle était la même à New York et à Johannesburg…

Il s’assit sur un tabouret, et R. Daneel prit place à côté de lui.

— Pas de menu spécial ! fit-il avec un geste négligent. Alors, tournez le commutateur qui est devant vous, et attendez !

Cela demanda deux minutes. Un disque occupant le milieu de la table s’enfonça soudain, pour remonter peu après, portant une assiette garnie.

— Purée de pommes de terre, sauce de veau synthétique et abricots séchés. Ca ne change pas ! fit Baley.

Une fourchette et deux tranches de pain complet de levure apparurent, dans une cavité située devant chacune des deux places, légèrement au-dessus de la table.

— Si cela vous fait plaisir, dit R. Daneel à voix basse, vous pouvez manger ma ration.

Sur le moment, Baley fut scandalisé ; puis, réagissant, il grommela :

— Cela ne se fait pas ! Allons, mangez !

Il absorba sa nourriture de bon appétit, mais sans l’agrément habituel que procure la détente du repas. De temps à autre, il jetait un regard furtif vers R. Daneel, qui mastiquait en remuant ses mâchoires avec précision, avec trop de précision d’ailleurs, car cela manquait de naturel.

Quelle étrange chose ! Maintenant qu’il était sûr d’avoir affaire à un véritable robot, Baley remarquait une quantité de petits détails qui le lui prouvaient encore mieux. Par exemple, quand R. Daneel avalait, on ne voyait pas sa pomme d’Adam bouger. Et cependant le détective n’en éprouvait plus autant de gêne. S’habituait-il donc, en fait, à cette créature ? Et voici qu’il se remit à penser aux théories et aux plans du Dr Fastolfe. Si vraiment certains New-Yorkais partaient pour de nouveaux mondes afin d’y édifier une nouvelle civilisation, si Bentley, par exemple, son propre fils, quittait ainsi la Terre un jour, arriverait-il à travailler et à vivre en compagnie de robots sans en être gêné ? Pourquoi pas, puisque les Spaciens vivaient eux-mêmes de cette façon-là ?…

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