Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
Baley ne s’étonnait plus maintenant de s’être vu confier par le commissaire principal une telle enquête. Ce brave Baley ! Ce vieux, loyal, et fidèle collaborateur ! Ce modèle de discrétion ! Ce camarade de classe ! Pas de danger qu’il fît du grabuge, si jamais il découvrait la vérité sur ce petit incident !…
Et soudain, Baley se demanda en quoi pouvait consister une cérébroanalyse. Il s’imagina de grosses électrodes, des pantographes traçant fébrilement des courbes sur du papier à graphique, des engrenages automatiques s’enclenchant avec un bruit sec, de temps à autre…
Pauvre Julius ! Il avait sans aucun doute des raisons d’être bouleversé ; si tel était réellement son état d’esprit, sans doute se voyait-il d’ores et déjà au bout de sa carrière, et recevant des mains du maire la lettre de démission qu’il lui faudrait obligatoirement signer…
Tout en méditant ainsi, Baley avait atteint, presque sans s’en apercevoir, le quartier des ministères. Il était 14 h 30 quand il s’assit à son bureau. Le commissaire principal était parti, et R. Sammy, toujours souriant, déclara ne pas savoir où le patron se trouvait. Baley resta un long moment tranquille, à réfléchir, sans se rendre compte qu’il avait faim. A 15 h 20, R. Sammy vint lui dire qu’Enderby était de retour.
— Merci, répliqua-t-il.
Et, pour la première fois de sa vie, l’intervention de R. Sammy ne l’agaça pas. Après tout, ce robot était une sorte de parent de R. Daneel, et celui-ci, de toute évidence, n’avait rien d’agaçant. Tout naturellement, Baley en vint à se demander comment les choses se passeraient, si des hommes et des robots entreprenaient ensemble d’édifier une nouvelle civilisation dans une nouvelle planète ; et il envisagea cette éventualité sans aucune passion.
Quand Baley pénétra dans le bureau de son chef, celui-ci examinait quelques documents, sur lesquels il inscrivait, par moments, quelques annotations.
— Vous avez vraiment fait une gaffe gigantesque à Spacetown, Lije ! dit le commissaire.
Tout le duel verbal qu’il avait soutenu contre Fastolfe revint à l’esprit de Baley, et son long visage prit une expression particulièrement lugubre.
— Je le reconnais, monsieur le commissaire, dit-il, et j’en suis désolé.
Enderby leva les yeux vers son subordonné ; à travers ses lunettes, son regard semblait étonnamment clair ; à n’en pas douter, le commissaire paraissait beaucoup plus sûr de lui qu’à aucun moment des trente dernières heures.
— Oh ! cela n’a pas grande importance, répliqua-t-il. Comme Fastolfe n’a pas paru en être offusqué, nous n’en parlerons plus. Ces Spaciens sont vraiment des gens déconcertants, et vous ne méritez pas votre veine, Lije ! Mais la prochaine fois que vous voudrez jouer les Don Quichotte, vous commencerez par m’en parler !
Baley acquiesça de la tête. Il se désintéressait complètement de l’incident. Il avait tenté un coup sensationnel, mais cela n’avait pas réussi. Tant pis ! Il éprouva une réelle surprise à constater qu’il pouvait accepter si simplement son échec : et pourtant telle était bien la vérité !
— Ecoutez, monsieur le commissaire, dit-il. Je désire que vous me fassiez affecter un appartement de deux pièces, pour Daneel et pour moi, car je ne le ramènerai pas chez moi, ce soir.
— En voilà une idée !
— Le bruit court qu’il est un robot : vous vous en souvenez, je pense. Il se peut que rien de grave ne se produise, mais, s’il y avait une émeute, je ne veux pas que ma famille s’y trouve mêlée.
— Ca ne tient pas debout, Lije ! J’ai fait contrôler la chose. Aucun bruit de ce genre ne circule en ville.
— Jessie l’a tout de même appris quelque part, monsieur le commissaire.
— Il n’y a pas de rumeurs systématiques. Rien de dangereux. Depuis le moment où j’ai cessé d’être en communication avec Fastolfe, je n’ai pas fait autre chose que contrôler ce point, et c’est pour cela que j’ai renoncé à participer à votre discussion. Il était essentiel de remonter aux sources, et rapidement. De toutes manières, voici les rapports qu’on m’a adressés, en particulier celui de Doris Gillid. Elle a enquêté dans une douzaine de Toilettes de femmes. Vous connaissez Doris : elle est très sérieuse. Eh bien, elle n’a rien constaté d’anormal, nulle part !
— Alors, comment expliquez-vous que Jessie ait appris la chose ?
— Ce n’est pas invraisemblable. R. Daneel s’est trop mis en avant dans le magasin de chaussures. A-t-il réellement sorti son arme de son étui, Lije, ou bien est-ce vous qui la lui avez passée ?
— C’est lui qui l’a brandie contre les émeutiers.
— Bon. Eh bien, quelqu’un a dû reconnaître qu’il était un robot.
— Allons donc ! s’écria Baley avec indignation. Personne ne pourrait s’en apercevoir !…
— Et pourquoi pas ?
— Vous le pourriez, vous ? Moi, certainement pas !
— Qu’est-ce que cela prouve ? Nous ne sommes pas des experts, ni vous ni moi. Mais supposez qu’un technicien des usines de Westchester, où l’on construit des robots, se soit trouvé parmi la foule, un professionnel, passant sa vie à dessiner et à fabriquer des robots. Il peut fort bien avoir remarqué des anomalies en R. Daneel, soit dans son élocution, soit dans ses gestes. En y réfléchissant, peut-être en a-t-il parlé à sa femme, laquelle a mis des amies au courant, et puis on n’en a plus parlé parce que c’était trop incroyable. Les gens ne peuvent pas admettre une telle histoire. Le seul ennui, c’est que, avant de s’éteindre, ce bruit soit parvenu à Jessie.
— C’est possible, fit Baley sceptique. En attendant, que décidez-vous pour l’appartement que je vous ai demandé ?
Haussant les épaules, le commissaire principal saisit son téléphone, et, un instant plus tard, il répondit :
— Section Q. 27. C’est tout ce qu’on peut vous donner. Ce n’est pas un quartier très recommandable.
— Ca va, dit Baley.
— A propos, où est donc R. Daneel en ce moment ?
— Il étudie le fichier des agitateurs médiévalistes.
— Eh bien, je lui souhaite du plaisir ! Ils sont des millions !
— Je le sais, mais c’est une idée…
Baley avait presque atteint la porte quand, presque sans réfléchir, il fit soudain volte-face :
— Monsieur le commissaire, dit-il, est-ce que le Dr Sarton vous a jamais parlé du programme de Spacetown, concernant l’instauration d’une civilisation C/Fe ?
— Une civilisation quoi ?
— L’introduction des robots sur Terre.
— Quelquefois, oui, dit Enderby qui ne parut pas particulièrement intéressé par la question.
— Vous a-t-il expliqué où Spacetown voulait en venir ?
— Oh ! il s’agissait d’améliorer l’état sanitaire et le standard de vie de la population ! C’est toujours la même histoire, et elle ne m’impressionne plus. Bien entendu, j’ai répondu que j’étais d’accord, et opiné du bonnet. Qu’y avait-il d’autre à faire ? Je ne pouvais que chercher à ne pas les contrarier, en espérant qu’ils s’en tiendraient à des applications raisonnables de leurs théories. Peut-être qu’un jour…
Baley attendit la suite ; mais son chef ne lui dit pas ce que ce jour, proche ou lointain, apporterait peut-être.
— A-t-il jamais fait allusion devant vous à des émigrations nouvelles ?
— Des émigrations ? Non, jamais ! Envoyer un Terrien dans un des Mondes Extérieurs ne serait pas une entreprise moins insensée que de vouloir trouver un astéroïde de diamant dans les cercles de Saturne.