L'assommoir
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #7
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:
-Madame! madame! cria Clemence, faites-le tenir tranquille, a la fin!... Je m'en vais, si ca continue. Je ne veux pas etre insultee.
Gervaise venait de poser le bonnet de madame Boche sur un champignon garni d'un linge, et en tuyautait les dentelles, minutieusement, au petit fer. Elle leva les yeux juste au moment ou le zingueur envoyait encore les mains, fouillant dans la chemise.
-Decidement, Coupeau, tu n'es pas raisonnable, dit-elle d'un air d'ennui, comme si elle avait gronde un enfant s'entetant a manger des confitures sans pain. Tu vas venir te coucher.
-Oui, allez vous coucher, monsieur Coupeau, ca vaudra mieux, declara madame Putois.
-Ah bien! begaya-t-il sans cesser de ricaner, vous etes encore joliment toc!... On ne peut plus rigoler, alors? Les femmes, ca me connait, je ne leur ai jamais rien casse. On pince une dame, n'est-ce pas? mais on ne va pas plus loin; on honore simplement le sexe... Et puis, quand on etale sa marchandise, c'est pour qu'on fasse son choix, pas vrai? Pourquoi la grande blonde montre-t-elle tout ce qu'elle a? Non, ce n'est pas propre...
Et, se tournant vers Clemence:
-Tu sais, ma biche, tu as tort de faire ta poire... Si c'est parce qu'il y a du monde...
Mais il ne put continuer. Gervaise, sans violence l'empoignait d'une main et lui posait l'autre main sur la bouche. Il se debattit, par maniere de blague, pendant qu'elle le poussait au fond de la boutique, vers la chambre. Il degagea sa bouche, il dit qu'il voulait bien se coucher, mais que la grande blonde allait venir lui chauffer les petons. Puis, on entendit Gervaise lui oter ses souliers. Elle le deshabillait, en le bourrant un peu, maternellement. Lorsqu'elle tira sur sa culotte, il creva de rire, s'abandonnant, renverse, vautre au beau milieu du lit; et il gigottait, il racontait qu'elle lui faisait des chatouilles. Enfin, elle l'emmaillotta avec soin, comme un enfant. Etait-il bien, au moins? Mais il ne repondit pas, il cria a Clemence:
-Dis donc, ma biche, j'y suis, je t'attends.
Quand Gervaise retourna dans la boutique, ce louchon d'Augustine recevait decidement une claque de Clemence. C'etait venu a propos d'un fer sale, trouve sur la mecanique par madame Putois; celle-ci, ne se mefiant pas, avait noirci toute une camisole; et comme Clemence, pour se defendre de ne pas avoir nettoye son fer, accusait Augustine, jurait ses grands dieux que le fer n'etait pas a elle, malgre la plaque d'amidon brule restee dessous, l'apprentie lui avait crache sur la robe, sans se cacher, par devant, outree d'une pareille injustice. De la, une calotte soignee. Le louchon rentra ses larmes, nettoya le fer, en le grattant, puis en l'essuyant, apres l'avoir frotte avec un bout de bougie; mais, chaque fois qu'elle devait passer derriere Clemence, elle gardait de la salive, elle crachait, riant en dedans, quand ca degoulinait le long de la jupe.
Gervaise se remit a tuyauter les dentelles du bonnet. Et, dans le calme brusque qui se fit, on distingua, au fond de l'arriere-boutique, la voix epaisse de Coupeau. Il restait bon enfant, il riait tout seul, en lachant des bouts de phrases.
-Est-elle bete, ma femme!... Est-elle bete de me coucher!... Hein! c'est trop bete, en plein midi, quand on n'a pas dodo!
Mais, tout d'un coup, il ronfla. Alors, Gervaise eut un soupir de soulagement, heureuse de le savoir enfin en repos, cuvant sa soulographie sur deux bons matelas. Et elle parla dans le silence, d'une voix lente et continue, sans quitter des yeux le petit fer a tuyauter, qu'elle maniait vivement.
-Que voulez-vous? il n'a pas sa raison, on ne peut pas se facher. Quand je le bousculerais, ca n'avancerait a rien. J'aime mieux dire comme lui et le coucher; au moins, c'est fini tout de suite et je suis tranquille... Puis, il n'est pas mechant, il m'aime bien. Vous avez vu tout a l'heure, il se serait fait hacher pour m'embrasser. C'est encore tres gentil, ca; car il y en a joliment, lorsqu'ils ont bu, qui vont voir les femmes... Lui, rentre tout droit ici. Il plaisante bien avec les ouvrieres, mais ca ne va pas plus loin. Entendez-vous, Clemence, il ne faut pas vous blesser. Vous savez ce que c'est, un homme soul; ca tuerait pere et mere, et ca ne s'en souviendrait seulement pas... Oh! je lui pardonne de bon coeur. Il est comme tous les autres, pardi!
Elle disait ces choses mollement, sans passion, habituee deja aux bordees de Coupeau, raisonnant encore ses complaisances pour lui, mais ne voyant deja plus de mal a ce qu'il pincat, chez elle, les hanches des filles. Quand elle se tut, le silence retomba, ne fut plus trouble. Madame Putois, a chaque piece qu'elle prenait, tirait la corbeille, enfoncee sous la tenture de cretonne qui garnissait l'etabli; puis, la piece repassee, elle haussait ses petits bras et la posait sur une etagere. Clemence achevait de plisser au fer sa trente-cinquieme chemise d'homme. L'ouvrage debordait; on avait calcule qu'il faudrait veiller jusqu'a onze heures, en se depechant. Tout l'atelier, maintenant, n'ayant plus de distraction, buchait ferme, tapait dur. Les bras nus allaient, venaient, eclairaient de leurs taches roses la blancheur des linges. On avait encore empli de coke la mecanique, et comme le soleil, glissant entre les draps, frappait en plein sur le fourneau, on voyait la grosse chaleur monter dans le rayon, une flamme invisible dont le frisson secouait, l'air. L'etouffement devenait tel, sous les jupes et les nappes sechant au plafond, que ce louchon d'Augustine, a bout de salive, laissait passer un coin de langue au bord des levres. Ca sentait la fonte surchauffee, l'eau d'amidon aigrie, le roussi des fers, une fadeur tiede de baignoire ou les quatre ouvrieres, se demanchant les epaules, mettaient l'odeur plus rude de leurs chignons et de leurs nuques trempees; tandis que le bouquet de grands lis, dans l'eau verdie de son bocal, se fanait, en exhalant un parfum tres pur, tres fort. Et, par moments, au milieu du bruit des fers et du tisonnier grattant la mecanique, un ronflement de Coupeau roulait, avec la regularite d'un tic-tac enorme d'horloge, reglant la grosse besogne de l'atelier.
Les lendemains de culotte, le zingueur avait mal aux cheveux, un mal aux cheveux terrible qui le tenait tout le jour les crins defrises, le bec empeste, la margoulette enflee et de travers. Il se levait tard, secouait ses puces sur les huit heures seulement; et il crachait, trainaillait dans la boutique, ne se decidait pas a partir pour le chantier. La journee etait encore perdue. Le matin, il se plaignait d'avoir des guibolles de coton, il s'appelait trop bete de gueuletonner comme ca, puisque ca vous demantibulait le temperament. Aussi, on rencontrait un tas de gouapes, qui ne voulaient pas vous lacher le coude; on gobelottait malgre soi, on se trouvait dans toutes sortes de fourbis, on finissait par se laisser pincer, et raide! Ah! fichtre non! ca ne lui arriverait plus; il n'entendait pas laisser ses bottes chez le mastroquet, a la fleur de l'age. Mais, apres le dejeuner, il se requinquait, poussant des hum! hum! pour se prouver qu'il avait encore un bon creux. Il commencait a nier la noce de la veille, un peu d'allumage peut-etre. On n'en faisait plus de comme lui, solide au poste, une poigne du diable, buvant tout ce qu'il voulait sans cligner un oeil. Alors, l'apres-midi entiere, il flanochait dans le quartier. Quand il avait bien embete les ouvrieres, sa femme lui donnait vingt sous pour qu'il debarrassat le plancher. Il filait, il allait acheter son tabac a la Petite Civette, rue des Poissonniers, ou il prenait generalement une prune, lorsqu'il rencontrait un ami. Puis, il achevait de casser la piece de vingt sous chez Francois, au coin de la rue de la Goutte-d'Or, ou il y avait un joli vin, tout jeune, chatouillant le gosier. C'etait un mannezingue de l'ancien jeu, une boutique noire, sous un plafond bas, avec une salle enfumee, a cote, dans laquelle on vendait de la soupe. Et il restait la jusqu'au soir, a jouer des canons au tourniquet; il avait l'oeil chez Francois, qui promettait formellement de ne jamais presenter la note a la bourgeoise. N'est-ce pas? il fallait bien se rincer un peu la dalle, pour la debarrasser des crasses de la veille. Un verre de vin en pousse un autre. Lui, d'ailleurs, toujours bon zigue, ne donnant pas une chiquenaude au sexe, aimant la rigolade, bien sur, et se piquant le nez a son tour, mais gentiment, plein de mepris pour ces saloperies d'hommes tombes dans l'alcool, qu'on ne voit pas dessouler! Il rentrait gai et galant comme un pinson.