L'assommoir
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #7
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:
-Mais qu'a-t-elle donc sur elle, cette infirme, pour se faire aimer! Est-ce qu'on m'aime, moi!
Puis, c'etaient des potins interminables avec les voisines. Elle racontait toute l'histoire. Allez, le jour du mariage, elle avait fait une drole de tete! Oh! elle avait le nez creux, elle sentait deja comment ca devait tourner. Plus tard, mon Dieu! la Banban s'etait montree si douce, si hypocrite, qu'elle et son mari, par egard pour Coupeau, avaient consenti a etre parrain et marraine de Nana; meme que ca coutait bon, un bapteme comme celui-la. Mais maintenant, voyez-vous! la Banban pouvait etre a l'article de la mort et avoir besoin d'un verre d'eau, ce ne serait pas elle, bien sur, qui le lui donnerait. Elle n'aimait pas les insolentes, ni les coquines, ni les devergondees. Quant a Nana, elle serait toujours bien recue, si elle montait voir son parrain et sa marraine; la petite, n'est-ce pas? n'etait point coupable des crimes de la mere. Coupeau, lui, n'avait pas besoin de conseil; a sa place, tout homme aurait trempe le derriere de sa femme dans un baquet, en lui allongeant une paire de claques; enfin, ca le regardait, on lui demandait seulement d'exiger du respect pour sa famille. Jour de Dieu! si Lorilleux l'avait trouvee, elle, madame Lorilleux, en flagrant delit! ca ne se serait pas passe tranquillement, il lui aurait plante ses cisailles dans le ventre.
Les Boche, pourtant, juges severes des querelles de la maison, donnaient tort aux Lorilleux. Sans doute, les Lorilleux etaient des personnes comme il faut, tranquilles, travaillant toute la sainte journee, payant leur terme recta. Mais la, franchement, la jalousie les enrageait. Avec ca, ils auraient tondu un oeuf. Des pingres, quoi! des gens qui cachaient leur litre, quand on montait, pour ne pas offrir un verre de vin; enfin, du monde pas propre. Un jour, Gervaise venait de payer aux Boche du cassis avec de l'eau de Seltz, qu'on buvait dans la loge, quand madame Lorilleux etait passee, tres raide, en affectant de cracher devant la porte des concierges. Et, depuis lors, chaque samedi, madame Boche, lorsqu'elle balayait les escaliers et les couloirs, laissait les ordures devant la porte des Lorilleux.
-Parbleu! criait madame Lorilleux, la Banban les gorge, ces goinfres! Ah! ils sont bien tous les memes!... Mais qu'ils ne m'embetent pas! J'irais me plaindre au proprietaire... Hier encore, j'ai vu ce sournois de Boche se frotter aux jupes de madame Gaudron. S'attaquer a une femme de cet age, qui a une demi-douzaine d'enfants, hein? c'est de la cochonnerie pure!... Encore une salete de leur part, et je previens la mere Boche, pour qu'elle flanque une tripotee a son homme... Dame! on rirait un peu.
Maman Coupeau voyait toujours les deux menages, disant comme tout le monde, arrivant meme a se faire retenir plus souvent a diner, en ecoutant complaisamment sa fille et sa belle-fille, un soir chacune. Madame Lerat, pour le moment, n'allait plus chez les Coupeau, parce qu'elle s'etait disputee avec la Banban, un sujet d'un zouave qui venait de couper le nez de sa maitresse d'un coup de rasoir; elle soutenait le zouave, elle trouvait le coup de rasoir tres amoureux, sans donner ses raisons. Et elle avait encore exaspere les coleres de madame Lorilleux, en lui affirmant que la Banban, dans la conversation, devant des quinze et des vingt personnes, l'appelait Queue-de-vache sans se gener. Mon Dieu! oui, les Boche, les voisins maintenant l'appelaient Queue-de-vache.
Au milieu de ces cancans, Gervaise, tranquille, souriante, sur le seuil de sa boutique, saluait les amis d'un petit signe de tete affectueux. Elle se plaisait a venir la, une minute, entre deux coups de fer, pour rire a la rue, avec le gonflement de vanite d'une commercante, qui a un bout de trottoir a elle. La rue de la Goutte-d'Or lui appartenait, et les rues voisines, et le quartier tout entier. Quand elle allongeait la tete, en camisole blanche, les bras nus, ses cheveux blonds envoles dans le feu du travail, elle jetait un regard a gauche, un regard a droite, aux deux bouts, pour prendre d'un trait les passants, les maisons, le pave et le cieclass="underline" a gauche, la rue de la Goutte-d'Or s'enfoncait, paisible, deserte, dans un coin de province, ou des femmes causaient bas sur les portes; a droite, a quelques pas, la rue des Poissonniers mettait un vacarme de voitures, un continuel pietinement de foule, qui refluait et faisait de ce bout un carrefour de cohue populaire. Gervaise aimait la rue, les cahots des camions dans les trous du gros pave bossue, les bousculades des gens le long des minces trottoirs, interrompus par des cailloutis en pente raide; ses trois metres de ruisseau, devant sa boutique, prenaient une importance enorme, un fleuve large, qu'elle voulait tres-propre, un fleuve etrange et vivant, dont la teinturerie de la maison colorait les eaux des caprices les plus tendres, au milieu de la boue noire. Puis, elle s'interessait a des magasins, une vaste epicerie, avec un etalage de fruits secs garanti par des filets a petites mailles, une lingerie et bonneterie d'ouvriers, balancant au moindre souffle des cottes et des blouses bleues, pendues les jambes et les bras ecartes. Chez la fruitiere, chez la tripiere, elle apercevait des angles de comptoir, ou des chats superbes et tranquilles ronronnaient. Sa voisine, madame Vigouroux, la charbonniere, lui rendait son salut, une petite femme grasse, la face noire, les yeux luisants, faineantant a rire avec des hommes, adossee contre sa devanture, que des buches peintes sur un fond lie de vin decoraient d'un dessin complique de chalet rustique. Mesdames Cudorge, la mere et la fille, ses autres voisines qui tenaient la boutique de parapluies, ne se montraient jamais, leur vitrine assombrie, leur porte close, ornee de deux petites ombrelles de zinc enduites d'une epaisse couche de vermillon vif. Mais Gervaise, avant de rentrer, donnait toujours un coup d'oeil, en face d'elle, a un grand mur blanc, sans une fenetre, perce d'une immense porte cochere, par laquelle on voyait le flamboiement d'une forge, dans une cour encombree de charrettes et de carrioles, les brancards en l'air. Sur le mur, le mot: Marechalerie, etait ecrit en grandes lettres, encadre d'un eventail de fers a cheval. Toute la journee, les marteaux sonnaient sur l'enclume, des incendies d'etincelles eclairaient l'ombre blafarde de la cour. Et, au bas de ce mur, au fond d'un trou, grand comme une armoire, entre une marchande de ferraille et une marchande de pommes de terre frites, il y avait un horloger, un monsieur en redingote, l'air propre, qui fouillait continuellement des montres avec des outils mignons, devant un etabli ou des choses delicates dormaient sous des verres; tandis que, derriere lui, les balanciers de deux ou trois douzaines de coucous tout petits battaient a la fois, dans la misere noire de la rue et le vacarme cadence de la marechalerie.
Le quartier trouvait Gervaise bien gentille. Sans doute, on clabaudait sur son compte, mais il n'y avait qu'une voix pour lui reconnaitre de grands yeux, une bouche pas plus longue que ca, avec des dents tres blanches. Enfin, c'etait une jolie blonde, et elle aurait pu se mettre parmi les plus belles, sans le malheur de sa jambe. Elle etait dans ses vingt-huit ans, elle avait engraisse. Ses traits fins s'empataient, ses gestes prenaient une lenteur heureuse. Maintenant, elle s'oubliait parfois sur le bord d'une chaise, le temps d'attendre son fer, avec un sourire vague, la face noyee d'une joie gourmande. Elle devenait gourmande; ca, tout le monde le disait; mais ce n'etait pas un vilain defaut, au contraire. Quand on gagne de quoi se payer de fins morceaux, n'est-ce pas? on serait bien bete de manger des pelures de pommes de terre. D'autant plus qu'elle travaillait toujours dur, se mettant en quatre pour ses pratiques, passant elle-meme les nuits, les volets fermes, lorsque la besogne etait pressee. Comme on disait dans le quartier, elle avait la veine; tout lui prosperait. Elle blanchissait la maison, M. Madinier, mademoiselle Remanjou, les Boche; elle enlevait meme a son ancienne patronne, madame Fauconnier, des dames de Paris logees rue du Faubourg-Poissonniere. Des la seconde quinzaine, elle avait du prendre deux ouvrieres, madame Putois et la grande Clemence, cette fille qui habitait autrefois au sixieme; ca lui faisait trois personnes chez elle, avec son apprentie, ce petit louchon d'Augustine, laide comme un derriere de pauvre homme. D'autres auraient pour sur perdu la tete dans ce coup de fortune. Elle etait bien pardonnable de fricoter un peu le lundi, apres avoir trime la semaine entiere. D'ailleurs, il lui fallait ca; elle serait restee gnangnan, a regarder les chemises se repasser toutes seules, si elle ne s'etait pas colle un velours sur la poitrine, quelque chose de bon dont l'envie lui chatouillait le jabot.