L'assommoir
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #7
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:
-C'est ca, j'aime mieux ca, gardez votre argent!... Je prends maman Coupeau, entendez-vous i J'ai ramasse un chat l'autre soir, je peux bien ramasser votre mere. Et elle ne manquera de rien, et elle aura son cafe et sa goutte!... Mon Dieu! quelle sale famille!
Madame Lorilleux, du coup, s'etait retournee. Elle brandissait la casserole, comme si elle allait jeter l'eau seconde a la figure de sa belle-soeur. Elle bredouillait:
-Fichez le camp, ou je fais un malheur!... Et ne comptez pas sur les cent sous, parce que je ne donnerai pas un radis! non, pas un radis!... Ah bien! oui, cent sous! Maman vous servirait de domestique, et vous vous gobergeriez avec mes cent sous! Si elle va chez vous, dites-lui ca, elle peut crever, je ne lui enverrai pas un verre d'eau... Allons, houp! debarrassez le plancher!
-Quel monstre de femme! dit Gervaise en refermant la porte avec violence.
Des le lendemain, elle prit maman Coupeau chez elle. Elle mit son lit dans le grand cabinet ou couchait Nana, et qui recevait le jour par une lucarne ronde, pres du plafond. Le demenagement ne fut pas long, car maman Coupeau, pour tout mobilier, avait ce lit, une vieille armoire de noyer qu'on placa dans la chambre au linge sale, une table et deux chaises; on vendit la table, on fit rempailler les deux chaises. Et la vieille femme, le soir meme de son installation, donnait un coup de balai, lavait la vaisselle, enfin se rendait utile, bien contente de se tirer d'affaire. Les Lorilleux rageaient a crever, d'autant plus que madame Lerat venait de se remettre avec les Coupeau. Un beau jour, les deux soeurs, la fleuriste et la chainiste, avaient echange des torgnoles, au sujet de Gervaise; la premiere s'etait risquee a approuver la conduite de celle-ci, vis-a-vis de leur mere; puis, par un besoin de taquinerie, voyant l'autre exasperee, elle en etait arrivee a trouver les yeux de la blanchisseuse magnifiques, des yeux auxquels on aurait allume des bouts de papier; et la-dessus toutes deux, apres s'etre giflees, avaient jure de ne plus se revoir. Maintenant, madame Lerat passait ses soirees dans la boutique, ou elle s'amusait en dedans des cochonneries de la grande Clemence.
Trois annees se passerent. On se facha et on se raccommoda encore plusieurs fois. Gervaise se moquait pas mal des Lorilleux, des Boche et de tous ceux qui ne disaient point comme elle. S'ils n'etaient pas contents, n'est-ce pas? ils pouvaient aller s'asseoir. Elle gagnait ce qu'elle voulait, c'etait le principal. Dans le quartier, on avait fini par avoir pour elle beaucoup de consideration, parce que, en somme, on ne trouvait pas des masses de pratiques aussi bonnes, payant recta, pas chipoteuse, pas raleuse. Elle prenait son pain chez madame Coudeloup, rue des Poissonniers, sa viande chez le gros Charles, un boucher de la rue Polonceau, son epicerie, chez Lehongre, rue de la Goutte-d'Or, presque en face de sa boutique. Francois, le marchand de vin du coin de la rue, lui apportait son vin par paniers de cinquante litres. Le voisin Vigouroux, dont la femme devait avoir les hanches bleues, tant les hommes la pincaient, lui vendait son coke au prix de la Compagnie du gaz. Et, l'on pouvait le dire, ses fournisseurs la servaient en conscience, sachant bien qu'il y avait tout a gagner avec elle, en se montrant gentil. Aussi, quand elle sortait dans le quartier, en savates et en cheveux, recevait-elle des bonjours de tous les cotes; elle restait la chez elle, les rues voisines etaient comme les dependances naturelles de son logement, ouvert de plain-pied sur le trottoir. Il lui arrivait maintenant de faire trainer une commission, heureuse d'etre dehors, au milieu de ses connaissances. Les jours ou elle n'avait pas le temps de mettre quelque chose au feu, elle allait chercher des portions, elle bavardait chez le traiteur, qui occupait la boutique de l'autre cote de la maison, une vaste salle avec de grands vitrages poussiereux, a travers la salete desquels on apercevait le jour terni de la court au fond. Ou bien, elle s'arretait et causait, les mains chargees d'assiettes et de bols, devant quelque fenetre du rez-de-chaussee, un interieur de savetier entrevu, le lit defait, le plancher encombre de loques, de deux berceaux eclopes et de la terrine a la poix pleine d'eau noire. Mais le voisin qu'elle respectait le plus etait encore, en face, l'horloger, le monsieur en redingote, l'air propre, fouillant continuellement des montres avec des outils mignons; et souvent elle traversait la rue pour le saluer, riant d'aise a regarder, dans la boutique etroite comme une armoire, la gaiete des petits coucous dont les balanciers se depechaient, battant l'heure a contre-temps, tous a la fois.
VI
Une apres-midi d'automne, Gervaise, qui venait de reporter du linge chez une pratique, rue des Portes-Blanches, se trouva dans le bas de la rue des Poissonniers comme le jour tombait. Il avait plu le matin, le temps etait tres doux, une odeur s'exhalait du pave gras; et la blanchisseuse, embarrassee de son grand panier, etouffait un peu, la marche ralentie, le corps abandonne, remontant la rue avec la vague preoccupation d'un desir sensuel, grandi dans sa lassitude. Elle aurait volontiers mange quelque chose de bon. Alors, en levant les yeux, elle apercut la plaque de la rue Marcadet, elle eut tout d'un coup l'idee d'aller voir Goujet a sa forge. Vingt fois, il lui avait dit de pousser une pointe, un jour qu'elle serait curieuse de regarder travailler le fer. D'ailleurs, devant les autres ouvriers, elle demanderait Etienne, elle semblerait s'etre decidee a entrer uniquement pour le petit.
La fabrique de boulons et de rivets devait se trouver par la, dans ce bout de la rue Marcadet, elle ne savait pas bien ou; d'autant plus que les numeros manquaient souvent, le long des masures espacees par des terrains vagues. C'etait une rue ou elle n'aurait pas demeure pour tout l'or du monde, une rue large, sale, noire de la poussiere de charbon des manufactures voisines, avec des paves defonces et des ornieres, dans lesquelles des flaques d'eau croupissaient. Aux deux bords, il y avait un defile de hangars, de grands ateliers vitres, de constructions grises, comme inachevees, montrant leurs briques et leurs charpentes, une debandade de maconneries branlantes, coupees par des trouees sur la campagne, flanquees degarnis borgnes et de gargotes louches. Elle se rappelait seulement que la fabrique etait pres d'un magasin de chiffons et de ferraille, une sorte de cloaque ouvert a ras de terre, ou dormaient pour des centaines de mille francs de marchandises, a ce que racontait Goujet. Et elle cherchait a s'orienter, au milieu du tapage. des usines: de minces tuyaux, sur les toits, soufflaient violemment des jets de vapeur; une scierie mecanique avait des grincements reguliers, pareils a de brusques dechirures dans une piece de calicot; des manufactures de boutons secouaient le sol du roulement et du tic tac de leurs machines. Comme elle regardait vers Montmartre, indecise, ne sachant pas si elle devait pousser plus loin, un coup de vent rabattit la suie d'une haute cheminee, empesta la rue; et elle fermait les yeux, suffoquee, lorsqu'elle entendit un bruit cadence de marteaux: elle etait, sans le savoir, juste en face de la fabrique, ce qu'elle reconnut au trou plein de chiffons, a cote.
Cependant, elle hesita encore, ne sachant par ou entrer. Une palissade crevee ouvrait un passage qui semblait s'enfoncer au milieu des platras d'un chantier de demolitions. Comme une mare d'eau bourbeuse barrait le chemin, on avait jete deux planches en travers. Elle finit par se risquer sur les planches, tourna a gauche, se trouva perdue dans une etrange foret de vieilles charrettes renversees les brancards en l'air, de masures en ruines dont les carcasses de poutres restaient debout. Au fond, trouant la nuit salie d'un reste de jour, un feu rouge luisait. Le bruit des marteaux avait cesse. Elle s'avancait prudemment, marchant vers la lueur, lorsqu'un ouvrier passa pres d'elle, la figure noire de charbon, embroussaillee d'une barbe de bouc, avec un regard oblique de ses yeux pales.